Turbulence à la FUAJ

La Fédération Unie des Auberges de Jeunesse , F.U.A.J., vit aujourd’hui une crise démocratique et managériale sans précédent. Son Assemblée Générale, qui devait se tenir les 10 et 11 juin 2016 à Paris, n’a pas eu lieu, faute de quorum.

Cette Assemblée élective faisait suite à celle de janvier 2016 qui avait rejeté le rapport moral, ainsi qu'une modification statutaire et mis le Comité Directeur sortant en minorité, fait inédit après plusieurs décennies d’une gouvernance sans partage de l’équipe en place.

Ce désaveu a mis à jour une opposition forte qui a présenté une liste candidate à l’élection du prochain comité directeur.

Devant cette situation, le Comité Directeur, pour tenter de modifier un rapport de force lui étant défavorable, a imposé, d’une manière totalement arbitraire et anti statutaire, aux associations  membres, de refaire leurs propres Assemblées Générales.

10 des 24 associations membres ayant  refusé ce diktat et décidé de ne pas se soumettre à cette injonction totalement contraire à leurs statuts,  se sont vu invalidées, d’où cette absence de quorum le 10 juin 2016.

Aujourd’hui, la direction de la FUAJ ,s’apprête à réunir une nouvelle Assemblée Générale, cette fois, sans nécessité de quorum et sans opposition effective puisque les associations invalidées en sont écartées.

Comment une association porteuse de valeurs universelles et inscrite dans le paysage associatif français depuis si longtemps, telle que la FUAJ, a-t-elle pu en arriver là ? (pdf, 2.2 MB)

L’auberge de jeunesse est en effet un symbole fort et ancien de paix, de liberté, d'échanges sans frontière ; il est souvent ignoré que les auberges de jeunesse ont été fondées en Allemagne au début du XX ème siècle par Richard SCHIRRMANN, instituteur allemand humaniste ; ses idées, considérées comme essentielles pour la formation démocratique de la jeunesse, ont servi de modèle dans le monde entier, et elles ont connu un essor planétaires ; en France Marc SANGNIER, journaliste et homme politique, crée en 1929 la première auberge française et œuvre à développer ce mouvement pour conjurer les nationalismes émergeants et consolider les forces de paix, dans un souci de neutralité politique et religieuse en accueillant toute les populations, sans distinction sociale ou raciale. Les auberges françaises atteindront leur age d’or en 1936, avec le front populaire, et  Léo LAGRANGE, avocat et ministre des sports et loisirs  de Léon BLUM, dont le programme est clairement défini :

-      une auberge dans chaque commune où les jeunes apprendront à se connaître et à mieux s’aimer dans le cadre d’une vie saine, radieuse et honnête.

-      Des auberges à proximité immédiate pour accueillir les familles dans le cadre des « congés payés »

Elles ont survécu au 2ème conflit mondial, dans un esprit proche du scoutisme, des mouvements d’éducation populaire, et grâce à l’internationalisation  des échanges, en s’ouvrant sur le monde à travers la  constitution de réseaux nationaux et internationaux et en se modernisant.

Dans les années 50, plusieurs fédérations d’auberges de jeunesse se sont regroupées au sein de la FUAJ (Fédération Unie des Auberges de Jeunesse) qui est devenue en France le réseau le plus important numériquement, grace notamment à un maillage territorial unique, couvrant la quasi-totalité du pays et le mieux implanté dans la vie de leur territoire, grâce à l’action des associations locales, chargées de gérer, sous concession de label, le fonctionnement des auberges de jeunesse. Elle est depuis lors un acteur majeur du tourisme social et de l’éducation populaire. Elle fédère des associations locales regroupant une à plusieurs auberges de jeunesse sur un même zone géographique. Elle génère nationalement un chiffre d’affaire de 27 M d’euros et emploie 3OO salariés (chiffre 2014)

Aujourd’hui,  dans un secteur soumis à la marchandisation à outrance où il est nécessaire de récréer un lien social fort,  il est important de rappeler les valeurs des Auberges de jeunesse qui sont toujours d'actualité, et plus que jamais au cœur de leur projet associatif  : la solidarité, la lutte contre le racisme et la xénophobie, la défense de la laîcité et de la mixité sociale,  le dialogue interculturel et inter générationnel, la démocratie participative, l’invitation au voyage essentiel à la compréhension du monde ; toutes ces valeurs sont au cœur du concept des auberges de jeunesse et nous différencient  de toutes ces nouvelles structures qui  fleurissent dans le domaine marchand.

Même nom, même concept matériel mais où sont les valeurs ?

Depuis une quinzaine d’années, la situation au sein de la FUAJ s’est sclérosée ; l’équipe dirigeante, par un centralisme bureaucratique, au mépris des statuts et des principes démocratiques élémentaires, a mis en place un pouvoir quasi totalitaire. Peu à peu, elle a confisqué la compétence de gestion des auberges, dont elle a dépouillé les associations locales, qui sont devenues, aujourd’hui, les faire valoir de la fédération auprès des élus locaux. Cette dérive, ajoutée à des défaillances graves de gestion et de management a conduit à une situation considérée comme très critique tant par les associations locales que par le personnel : relations sociales au sein de la structure inexistantes et souvent conflictuelles, pertes d’exploitations constantes depuis plusieurs années, endettement au profit d’institution bancaire mettant en danger le patrimoine associatif, en particulier sur les immeubles, et ce pour payer des frais de gestion, avec une totale absence de vision prospective et globale,  sans considération économique, financière ou politicienne et alors même que l’évolution de la société offre des perspectives nouvelles pour les échanges humains.

Devant cet état de fait et l’urgence de la situation, il y a quelques mois, dix associations d’auberges de jeunesse (ajistes), venant de l’ensemble du territoire français (de CARCASSONNE à l'ISERE, du HAUT RHIN au MORBIHAN) se sont mobilisées avec l’ensemble de leurs membres, pour essayer de donner une nouvelle dynamique aux auberges de jeunesse en restaurant une vie démocratique digne du secteur associatif, en réactivant un dialogue social aujourd’hui indigent et en proposant des solutions de gestion adaptées et respectueuses des valeurs traditionnelles des auberges. Une motion d'orientation comprenant de nombreuses mesures de relance a été déposée par ces 10 associations. Ce projet, décentralisateur, propose une rupture fondamentale avec le business model actuel que l'on sait plus que défaillant ainsi que des réformes indispensables à la sauvegarde de la fédération. Les dirigeants du siège refusent la critique et se cramponnent à leur poste, sans se préoccuper de l’intérêt général et des indispensables mutations auxquelles le mouvement doit participer ; ayant donc été mis en minorité en janvier dernier sur leur rapport moral et un projet de réforme visant à effacer les associations locales du paysage des auberges, le président et la secrétaire générale ont refusé de laisser accéder les délégués des associations contestataires à l’assemblée générale élective convoquée les 10 et 11 juin dernier (élection statutairement prévue tous les 2 ans mais qui n'avaient pas eu lieu depuis janvier 2012), en prétextant que ces délégués ne représentaient pas valablement leurs mandants. En conséquence, le quorum n'étant pas réuni, le comité directeur sortant a pu organiser en catimini une assemblée croupion le 28 juin prochain avec ses seuls affidés.

Compte tenu de cette situation de blocage du processus démocratique, les associations ajistes contestataires ont décidé de se faire communiquer tous les documents sociaux, juridiques et comptables qui ne leur ont pas été remis depuis des années. Elles sont déterminées à faire entendre leur voix à l’assemblée générale du 28 juin prochain et à entreprendre toutes les actions légales pour se faire entendre et recevoir dans leur propositions dynamiques afin de tenter de redresser une situation critique et développer un mouvement dont les objectifs apparaissent aussi indispensables que porteurs d’ouverture dans une société dont il faut regretter l’égoîsme et la radicalisation. 

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