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La pêche, gravement touchée par la crise sanitaire du Covid-19

Les cours se sont effondrés pendant le confinement. Le bulot est particulièrement touché avec des prix en criée variant de 54 à 90 centimes le kilo, contre environ 2,50 euros en temps normal. Un «monde d'après» pour la pêche est peut-être souhaitable, avec un système de vente réinventé, qui privilégierait les circuits courts. Mais au fait, qui sait à quel point cette pêche est difficile ?
  1. 13 juin, 05:17. Il y a quelques années, j'embarquais à bord d'un bulotier à Erquy, en Bretagne.
    Sur Les Alizés, je rencontrais Olivier, le patron du bateau et l'équipage composé d'Éric et d'Aymeric.
    La pêche est un métier difficile et dangereux, mais ce que j'ai vu ce jour-là, je ne l'oublierai jamais.

  2. 05:32. Le bulot est pêché au casier. Chaque casier est gréé sur une filière, il y en a 50 sur chacune. Les Alizés va virer 15 filières. Sachant qu'un casier vide pèse 10 kilos, ce sont donc 7,5 tonnes qui vont transiter par les bras des 2 matelots. Il convient d'y ajouter le poids de la pêche : environ une tonne ce jour-là.

  3. 05:43. Avant chaque remise à l'eau d'une filière, le matelot attend l'aval du patron. Le filage se fait en fonction des coordonnées GPS qui permettront de la retrouver à la prochaine marée.

  4. 05:45. La pêche se déroule en 4 étapes : les casiers sont virés (remontés), vidés, boëttés (appâtés), puis alignés pour une remise à l'eau aussi dangereuse qu'impressionnante. Le tout doit se faire aussi vite que possible. Les matelots sur Les Alizés ont de la chance, la remise à l'eau est automatisée. Ce n'est pas le cas sur certains bateaux où celle-ci se fait à la force des bras. Le dernier élément d'une filière est la bouée qui permettra de la repérer en mer.

  5. 05:48. La préparation à l'effort se lit sur les visages.

  6. 06:08, lever du soleil en mer. Cela fait 2 heures que l'équipage est au travail. La première filière a été virée à 05:00. On distingue ici le plan de travail sur lequel sont triés les bulots, une calibreuse renvoie les plus petits à la mer. À gauche, se trouve le vire-filière hydraulique, sur lequel sont glissées par le côté les filières de casiers. À droite, se trouvent les paniers de boëtte, l'appât inséré dans les casiers avant leurs remise à l'eau.

  7. 06:33. Entre le virage et le filage des 50 casiers, il s'écoule environ 15 minutes. Et entre 2 filières, les matelots n'ont que quelques instants de répit. La cadence est plus que soutenue !

  8. 07:04. Aymeric au virage.

  9. 07:57. Éric au filage. Le plus dangereux dans le filage, outre le poids du casier qui est propulsé à vive allure à la mer, est l'enchevêtrement des cordages. S'il se trouve un pied coincé ou posé dessus, le risque d'y perdre une jambe ou même la vie est bien réel. Une attention et une concentration sont donc nécessaires à chaque instant.

  10. 07:58. Un casier vide pèse 10 kilos. Sa base est en ciment et le corps en plastique avec, à son sommet, une ouverture par laquelle pénètrent les bulots attirés par un appât. Cet engin est très sélectif et il n'existe quasiment pas de prises accessoires. La boëtte se compose de restes de poissons et crustacés. Carnivore, le bulot est essentiellement nécrophage.

  11. 08:02, entre le filage et le virage.

  12. 08:04.

  13. 11:06, fin de marée. Éric récupère ces affaires.

  14. 11:10, retour au port.

  15. 11:42, la débarque. Les Alizés est un caseyeur fileyeur à la coque en polyester, construit en 1988. Son port d'attache est Saint-Brieuc. Ses caractéristiques sont les suivantes : 176Kw - 9.17tjb - 7.83GT Longueur : 11.97m - Largeur : 3.57m

  16. 11:54, la pesée. Ce jour-là, l'équipage a ramené environ une tonne de bulots. Ils seront vendus à un prix de retrait d'environ 3 euros le kilo. Les parts sont généralement de 60% pour l'armement et 40% pour l'équipage. Il faut en déduire des frais communs, gasoil, nourriture ou autres...

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