Portfolio

Nos oubliés

À eux ...
  1. Focus sur les oubliés de la psychiatrie en ce tragique d’une épidémie.

    On ne les voit plus.
    On ne veut plus les voir.
    Ils n’existent plus et pourtant ils sont.

    Relégués d’une société aliénée à une normalisation inhumaine.

    Qui sont les fous ?
    Ceux que nous désignons comme tels ou ceux qui les jugent sous-Hommes?

    Parqués comme des bêtes dans des hôpitaux ou centres qui ne répondent à aucune norme sanitaire sinon l’oubli et l’humiliation imposés aux patients.

    Car qui connaît ce monde de l’extrême inhumanité, sait la douleur de ces lieux, la souffrance et les cris.
    Ceux-là pourtant savent plus que nous ne saurons jamais.
    Il est une connaissance qui ne s’acquiert que dans l’intimité de chacun.

    Créatures entravées de camisole chimique en perfusions de valium.
    Créatures ignorées en leur intelligence du cœur.
    Créatures telles que ce que nous ne sommes plus: humains.

    Leur errance est notre espérance.
    Si seulement nous osions errer avec eux ....

    Errances d'une démence

    "Démentielles errances que nos folies
    Capitonnées sous perfusion de nos schizophrénies
    Aliénation de l'esprit ou point de rupture ?
    En isolement de soi-même cette voix qui murmure
    Entravée aux barreaux de lits de barbelés
    Le coeur sanglants d'électrochocs de mal-aimés
    Placebos de vie en rose et opiacés des ordonnances
    Morphine d'une douleur de pilules de l'absence
    Allongée sur le divan cracher un passé décomposé
    Conjugaison à l'imparfait de maux et de plaies
    Le cerveau lobotomisé de trop de souvenirs
    Et dans nos veines le sang souillé d'un soupir
    Écrire à bout d'ongles sur les murs de sa cellule
    Bien loin de leur réalité juste dans nos bulles
    Obscurcir le béton des non-dits qui nous rongent
    Ici et maintenant avant que l'on ne plonge
    Parfois on peut y lire des mots désespérés
    Et d'autres qui dessinent des contours écorchés
    Rien ne transpire que l'odeur de l'incompris
    De ces âmes cloîtrées hurlant à l'infini
    Telle une foule humaine jugée par contumace
    Sur les bancs de l'indifférence un ange passe
    Silence est d'or quand nos paroles résonnent
    De cette tonalité d'opium de cet autre automne
    Mais qu'importent les saisons , l'heure et l'instant
    Tout est gravé à l'encre de nos sanglots de sang
    Internement d'office de nos pensées
    Fol est celui d'entre nous qui tenterait de s'évader
    Pour un brin de ciel bleu noir de suie
    Ou une courbe de lune au clair de l'oubli
    Échappe t on jamais à ce que l'on est ?
    Sinon dans nos cauchemars la nuit éveillée
    Cyclothymique, psychopathe, asocial , dépressif
    Entrons dans les cases du QCM des définitifs
    Étiquette au poignet nous sommes numéros
    Numerus clausus des damnés et du chaos
    Mais que savent-ils vraiment de nous ?
    De cet homme qui se tord de n'être qu'un fou
    De cette femme qui se mutile à s'en éventrer
    Leur ignorance n'est que le fruit de leur péché
    Cobayes d'expériences à la moelle non substantifique
    Juste une hystérie de miracles non scientifiques
    Sous camisole "les patients" sont absous
    Malades d'une psyché de peu et de prou
    Fichés I comme incurables à l'existence
    Un dossier dans un tiroir et une hypnotique transe
    Lie de la société sans jamais l'avoir demandé
    Cacher de tous pour ne surtout pas montrer
    Le visage de la normalité est emblème en ce pays
    Valeur éculée des sans identités que l'on honnit
    Nous nommer serait supplice cérémonial
    Le baptême ne sert point les démons du mal
    Injections d'Hadol et tout est calme et volupté
    Le luxe d'un poème de Baudelaire grimé
    Venez hordes de zombies aux yeux de terre
    Que n'avez vous foi en Dieu somnifère ?
    Dormez et que ne vous réveillent vos insomnies
    Que n'avez vous donc vécu que pour notre infamie?"
    ©Gisèle-Luce de Christian -James

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.