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Mères toxiques ou l’ultime choix du matricide

  1. Mères toxiques ou l’ultime choix du matricide

     

     

    Je suis à un moment de ma vie où l’équation se réduit sur un plan psychanalytique en ce choix cornélien ou plutôt gordien entre tuer l’enfant que je suis ou tuer la mère.

    Tuer au sens de ne plus permettre l’emprise.

     

    C’est ce qui m’apparaît comme l’ultime de l’enfant face à la mère toxique.

     

    Le syndrome de la mère toxique peut être défini comme le fait pour la mère de reporter son propre malheur sur son enfant, comme s'il en était la cause et d’entretenir cette relation indéfiniment.

     

    Se crée un lien particulièrement ambigüe sinon incestueux en ce qu’il crée d’effraction, de viol psychique entre l’enfant et sa mère.

     

    Un lien qui ne se dénoue ou pas que dans l’extrême violence, à l’instar de la nature de ce lien.

     

    Ce rapport mortifère de l’enfant à sa mère et de la mère à son enfant trouve sa source dans l’incapacité de la mère à affronter son réel conscient et inconscient. Celui qu’elle ne peut que rejeter que sur l’enfant qui devient objet de l’emprise et du désarroi maternel.

     

    L’enfant perd toute qualité de sujet, à ses yeux comme à ceux de sa mère.

    Il est réceptacle et se limite à se concevoir comme réceptacle.

     

    Il sert la mère dont les défenses psychiques sont insuffisantes à porter ses propres démons et traumas, souvent produits de son enfance.

     

    La mère ne peut ni reconnaître, ni accepter, ni cloisonner, ni gérer son traumatisme, et le transpose sur l’autre, en l’occurrence son enfant, en miroir de l’enfant qu’elle était.

     

    L’enfant se voit inconsciemment comme la cause du mal-être de sa mère. Il en porte la culpabilité et n’a de cesse de vouloir s’amender de cette faute qui ne lui appartient pas mais qu’il éprouve pourtant couple étant sienne.

    La manipulation perverse  est ici en ce déplacement du trauma et en ses conséquences chez l’enfant qui ne se pense plus ni ne se projette hors le sein maternel.

    La mater familias comme matrice de déséquilibre chez l’enfant.

     

    Ce déséquilibre peut se manifester de façon ostensible et s’exprimer notamment par le langage du corps.

    L’anorexie, la boulimie, les scarifications, l’auto mutilation, ..., sont quelques unes des manifestations les plus fréquentes.

     

    Tout se joue sur un fondement dépressif latent.

     

    Une autre manifestation moins visible est dans le repli de l’enfant sur le tout de sa mère, puisse t’elle le rejeter. L’enfant se construit en fonction de ce rejet et accepte inconsciemment le fait d’être exclu, et en vient à s’exclure lui-même.

     

     

    Parfois chez l’enfant qui a acquis la conscience de ce phénomène, arrive l’instant où devant son impossible dilemme, l’enfant est pour la première fois décideur de son destin qui jusqu’alors était dicté par la mère en sa toute puissance castratrice.

     

    En bout de chemin l’enfant se retrouve face à ce choix : mourir pour laisser vivre sa mère, tuer sa mère pour enfin vivre.

     

    C’est la dernière phase de la relation.

    Celle qui autorise ou interdit la vie de l’un ou de l’autre.

     

     

    L’enfant peut-il tuer sa mère ?

     

    Pour se faire, il doit au préalable avoir la conscience que de ce meurtre psychique entraînera une inversion de la relation telle qu’elle a toujours été, d’asservissement de l’enfant à sa mère, et d’objet contenant une douleur.

     

    Il doit également savoir que la culpabilité que ce schéma pourra entraîner, et être suffisamment armé pour la contrer.

    C’est en cette faculté à dépasser la culpabilité autour de laquelle l’enfant s’est construit que celui-ci pourra ou non s’absoudre de l’acte criminel.

     

    Sans armure, l’enfant en tuant sa mère, se suicidera avec elle.

     

     

    Plus que tout l’enfant peut-il s’autoriser à tuer celle-là même qui lui a donné la vie ?

     

    Si cette vie contraint l’enfant à ne vivre qu’au travers de ce qu’il attend de sa mère ou de ce que sa mère attend de lui, alors il peut franchir la pas du matricide.

     

    Si à l’inverse l’enfant entrevoit la mort de la mère comme sa propre mort, il ne peut la tuer sans mourir lui-même.

     

     

     

    Là où tout est amour, tout devient non pas haine mais l’extrême passionnel d’un crime.

     

    La violence du lien originel se retrouve dans celle de la rupture comme accomplissement.

     

     

     

    J’ignore si j’ai ainsi répondu à ma question et à ce choix qui s’impose aujourd’hui à moi.

    Je ne suis pas psychanalyste.

    J’essaye de comprendre comment le processus s’est ancré en moi et comment aujourd’hui je peux m’en abstraire ou non.

    Alors je pose mon raisonnement et je l’expose.

    Je précise qu’en aucun cas je n’en veux à ma mère. Je ne peux que lui pardonner et l’aimer malgré tout....

     

     

    Merci.

     

    Richardeau Gaylor

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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