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J’accuse

"Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour ! J’attends." Zola
  1. J'accuse

    "Lettre à mes contemporains

    De liberté, d'égalité et de fraternité

    Masses ignorantes et moutonneuses,

    En prenant la plume ce jour, mon encre tremble d'une colère indicible qui ne trouvera apaisement, bien que cela soit incertain, dans les assertions qu'ici et maintenant j'assène.

    Qu'il vous plaise de me contredire, la critique est noble réthorique mais que vos arguties soient acérées car les miennes sont aiguisées.

    Le XXI ième siècle sera t'il celui de ces tragédies qui se trament sous vos yeux aveugles de toute chose sinon de votre égoïsme?

    Vous souvenez vous du XXième et des prémices d'une humanité déclinante, ayant permis à l'innommable de se commettre impunément?

    Oui je parle d'une première guerre mondiale où les hommes ont été envoyé fleurs au fusil, pour voir leurs noms inscrits sur des memorials commémoratifs.

    Oui je parle du génocide des Juifs, tsiganes, et autres communautés à la merci d'une folie meurtrière d'un dictateur sans foi ni loi que sa propre démence .

    Oui je parle de la colonisation et des guerres auxquelles on dénie le nom. L'homme blanc civilisé pillant cultures et territoires avant de les abandonner à leur sort et entre les mains sanglantes de messies corrompus riches de la misère de leurs peuples.

    Oui je parle de l'interminable conflit israélo-palestinien qui à causé tant de sang, pour un morceau de terre sacrée.

    Oui je parle de l'Apartheid, de la ghettoïsation, des thèses raciales menant à la division, l'exclusion et la ghettoïsation.

    Oui je parle d'une liberté qui n'aura durée que le temps d'un mai 68 , où sous les pavés coulait la plage.

    Oui je parle d'une Europe noble dans ses fondements pacifiques et humanistes mais qui a renié ses idéaux sur l'autel du tout économique.

    Oui je parle d'une démocratie qui n'a plus les apanages d'une gouvernance pour le peuple et par le peuple, aux relents d'une monarchisation rampante.

    Oui je parle d'un système politique à bout de souffle coupable de la montée des extrémismes de tous bords, semant discorde et violence dans notre pays .

    Oui je parle de la défiance face à toute forme d'Autorité, cause et conséquences de tellement de scandales ayant entaché le respect dû aux institutions dans lesquelles populace ne se reconnaît plus .

    Oui je parle d'un France qui s'égare pour se réunir que le temps d'un soir de coupe du monde, exhibant drapeaux bleu blanc rouge tels fanions d'une fausse unité retrouvée. Ballon rond n'est pas un mode de réflexion mais d'impulsion. Et l'impulsion ne résiste pas à l'éphémère.

    Le siècle dernier fut l'acte premier de cette pièce de théâtre d'un dramaturge à l'inspiration débordante.

    De là à penser que l'Homme n'a que la mémoire de l'instant il n'y a qu'un pas que je franchis.

    Toutes les ignominies que je viens ci-dessus d'énoncer sont d'une actualité effrayante.

    L'an 2000 après avoir résisté aux prédictions d'apocalypse ubuesques de Nostradamus en mal de publicité, annonçait ce que l'on pouvait déjà présager.

    Le retour fulgurant du fait religieux dans la sphère publique, anéantissant la loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, sous couvert d’une laïcité dévoyée par nos politiciens, est à mon sens ce qui menace le plus nos sociétés laïques et occidentales.

    Il en est de même de ces résurgences d’un état en urgence sécuritaire.
    Séparatisme, sécurité globale... haro sur nos droits et libertés individuelles et collectives.

    Que dire du fait politique et de la citoyenneté?

    Le premier est devenu fantasque mascarade,le second ne s'exerce que via les réseaux sociaux dans toute sa virtualité.

    Les discours se ressemblent, les politiciens se rassemblent, les promesses se ressemblent, mais rien de tout cela ne nous ressemble ni ne nous rassemble!

    Quelle place pour le débat démocratique quand le 49-3 est érigé en mode de gouvernance absolue?
    Que dire de l'absence de référendums, seule voie qui se rapproche le plus de la démocratie directe?

    Parce que nous avons perdu le sens des priorités et de la réalité.
    Parce que nous avons perdu le sens de l’Homme.
    Parce que Être n’est plus que l’illusoire du Paraître.

    Au risque d'être ridicule je reprends les mots de Zola: « Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu’il n’a pas commis."

    Il parlait de Dreyfus, je parle de nos errements et de ceux de nos représentants.

    Alors j'accuse l'humanité de n'avoir point la mémoire des choses importantes et de ne souvenir que des futilités.

    Alors j'accuse nos dirigeants de despotisme et d'affabulations qui ne servent que leurs intérêts individuels.

    Alors j'accuse ceux des médias et réseaux sociaux de désinformation et de manipulation des masses.

    Alors j'accuse mes pairs d'abandonner, de se résigner, de subir, par confort personnel ou lâcheté, par ignorance et obscurantisme de ce qui est.

    Une nouvelle fois je cite Zola: "Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour ! J’attends."

    Oui j'attends."

    Merci.

    L’Homme par l’Homme et pour l’Homme!

    Gaylor Richardeau

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