Paris Stalingrad, en salle le 26 mai

Paris Stalingrad, un film documentaire réalisé par Hind Meddeb, en co-réalisation par Thim Naccache, sort le 26 mai dans les salles de cinémas fraichement ré-ouvertes et dont Mediapart est partenaire. Le film retrace l'histoire de Souleymane, jeune de 18 ans, réfugié du Darfour.
  • Date Le 26 mai 2021
  • Lieu Sortie en salle

"Paris, été 2016. Des hommes et des femmes arrivent du Soudan, d’Ethiopie, d’Erythrée, de Somalie, de Guinée, du Nigéria, d’Afghanistan, d’Iran, du Pakistan, avec l’espoir d’échapper à la guerre et aux conflits ethniques qui déchirent leurs pays. À leur arrivée ils n’ont pas d’autre choix que de dormir à la rue. Ils se regroupent sur des campements de fortune autour du métro Stalingrad.

En racontant l’histoire de Souleymane, adolescent de 18 ans, réfugié du Darfour, je retrace aussi l’histoire récente du parcours infernal des exilés dans Paris. Torturé par les milices soudanaises, mis en esclavage par des bandes armées dans les mines d’or au Tchad et au Niger, enfermé dans les prisons libyennes, jusqu’au jour de sa traversée clandestine et de son sauvetage en Méditerranée, l’odyssée de Souleymane aura duré cinq longues années. L’écriture poétique lui donne la force de rester en vie et de surmonter les violences subies tout au long de son périple.

Grâce à un tournage au long cours, je reconstitue dans le film une géographie parisienne de l’exil. En suivant Souleymane, on découvre la vie du quartier Stalingrad, laquelle est indéniablement changée par la présence des exilés : les campements de rue, les interminables files d’attente devant les administrations, les descentes de police, mais aussi la mobilisation de certains habitants du quartier pour les soutenir. Ma caméra témoigne de la transformation d’une ville. À chaque étape de la vie de Souleymane, je mesure combien Paris se ferme aux étrangers."

Bande-annonce Paris Stalingrad.mp4 © La Vingt-Cinquième Heure

Intentions de la réalisatrice

Au début de l’été 2016, je me rends régulièrement avec Thim Naccache sur les campements de réfugiés autour du métro Stalingrad et du jardin d’Eole à Paris. J’engage la conversation avec ceux que je rencontre. Ma maîtrise de l’arabe facilite les échanges.

Avant de pouvoir filmer sur le campement, Thim et moi avons passé des journées entières sur place à discuter avec les gens, à leur expliquer le désir que nous avions de faire ce film, de partager avec d’autres les moments que nous avions passés à leurs côtés. Enfin, nous avons commencé à filmer auprès de ceux qui comprenaient notre démarche.

Ce film est à l’image de ce que nous avons essayé de faire sur le campement de Stalingrad : prendre le temps de la

rencontre, garder une trace, et de cette manière, transmettre, alerter et traduire.

Ce tournage s’inscrit dans la continuité d’une approche que je poursuis depuis plusieurs années dans mes documentaires et par laquelle je veux prendre le temps de la rencontre. Je suis avec ceux que je filme, dans une relation de proximité, il devient alors possible de recueillir des paroles sans filtre qui me sont données avec confiance.

Je rencontre Souleymane un soir de pluie à la fin du mois d’août 2016 sur le campement de Stalingrad, il me demande de l’aider à faire les photos d’identité exigées par la Préfecture pour ouvrir son dossier de demande d’asile. C’est d’abord la langue qui nous rapproche. Nous communiquons sans avoir besoin d’un interprète. Dans nos discussions, quand il est en colère contre les injustices qui frappent les exilés, Souleymane convoque le passé colonial de la France : « Tout ce que tu vois ici, c’est le peuple d’Afrique qui l’a construit. Qui a creusé cette terre ? Ceux qui viennent d’Afrique. » Nous passons de longs aprèsmidi au bord du canal et nous nous retrouvons régulièrement au restaurant soudanais où toute sa communauté se donne rendez-vous. Il partage avec moi ses poèmes et me présente ses amis.

L’équilibre du film se construit autour de trois types de séquences. Les séquences de cinéma direct, les séquences d’errance dans la ville avec Souleymane et ses poèmes, où nous avons essayé d’accorder au montage le rythme de sa voix et de ses déambulations et l’intervention ponctuelle d’une voix off qui articule le récit. Une voix que j’ai voulue discrète, en retrait, qui donne les informations manquantes à l’image pour comprendre la scène qui se déroule sous nos yeux. Une voix à la première personne pour rappeler que le film est tourné de mon point de vue, autant que possible aux côtés des personnes que j’ai rencontrées, mais sans se mettre à leur place. Cette voix, je l’ai tissée en dialogue avec les images, en prenant soin de ne pas trop en dire pour laisser l’image parler d’elle-même. Les scènes de cinéma direct nous plongent dans l’âpreté du quotidien des exilés à Paris. Et enfin, les poèmes ouvrent sur des moments d’introspection et de rêverie, ils sont les respirations du film dans un climat d’indéniable violence.

Le film assume de ne pas tout expliquer, d’avoir ses hors-champs. Il ne s’agit pas d’une enquête sur le parcours des exilés à Paris, mais d’un film qui montre des moments passés à leurs côtés : l’expérience brutale d’une vie à la rue, la persistance de la lutte et les joies de l’amitié.

Je privilégie autant que possible la conversation à l’interview, pour préserver une certaine spontanéité dans les échanges. Dans le montage, j’ai souvent fait le choix de laisser entendre mes questions, de ne pas effacer ma voix qui les pose, car c’est une manière de rappeler ma présence au spectateur et de montrer la relation personnelle que j’entretiens avec ceux que je filme.

En conclusion, je dois avouer qu’en raison de la révolte qui fut souvent la nôtre face aux nombreuses violences et inhumanités qui sont infligées à ces personnes, nous avons parfois pensé que nous faisions un film engagé, pour documenter et alerter. Mais au fil du montage, il est apparu naturellement que le plus puissant contrepoint au sort indigne que les exilés subissent continuellement, c’est la force de vie qui les habite, l’extrême lucidité de leurs analyses et la finesse intellectuelle et poétique de leurs écrits.

Finalement, la brutalité policière et la violence administrative sont à mon sens renvoyées dans ce film au rang de décor et non de sujet ; le sujet réel de ce film, ce sont les personnes qu’il prend pour personnages.

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