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L'urgence de se raconter aux Hivernales

Enfin retrouver les corps, la lumière, l'énergie des artistes. Entendre souffles et silences. Deux représentations du festival Les Hivernales ont ravi ce 18 février les «professionnels», en attendant de pouvoir toucher l’autre public. Une version Covid réduite du festival de danse, non dégradée, avec une réflexion sur la nécessité urgente de transmettre son art. Deux pièces opposées, si proches.
  1. « Un truc d’humains pour les humains » : Dividus de Nacim Battou, dystopie dansée et fictionnalisée, met en jeu sept interprètes en milieu instable, garçons filles aux cheveux longs, l’allure stupéfiante, qui s’interrogent sur l’empreinte à laisser aux générations futures. Ils démont(r)ent derrière leur rideau temporel, leur individualité cachée sous le collectif. Le monde d’avant… Ensemble et en cadence, ils s'inventent dans une gestuelle contemporaine matinée de hip hop, d’acrobatie. Et de mots.

  2. Le monde d’après… Avant de s’incarner, de prendre leurs propres couleurs, de trouver leur rythme, avant de s’aimer à vue et une fois le rideau tombé, les danseurs de la compagnie Ayaghma, virtuoses et concentrés, racontent leurs souvenirs. Quelques-uns. Pour transmettre… « Mon histoire c’est l’histoire d’un amour éternel. » C’est quoi être vivant, être amoureux, c’est quoi être ensemble ? Un truc d’humains pour les humains. Une pièce causante, généreuse, incarnée, qui rapproche l’acte artistique de l’acte d’amour.

  3. Insaisissable, talentueuse et libre Nach, dont la physicalité est à l’image de ses multiples nuances et de sa tendre humilité. Et de son travail acharné. Aux Hivernales, elle a offert une Conférence dansée claire et investie, nous laissant entrevoir en quelques vidéos et solos choisis, un petit bout de son histoire et du développement passionnant de sa danse. Et de son corps, saisissant. Car l’histoire de cette krumpeuse magnifique, performeuse buto, guerrière flamenca, aujourd’hui artiste associée au Centre de Développement Chorégraphique National d’Avignon, après avoir été résidente à la Villa Kujoyama à Kyoto, est remarquable. Sa danse, nourrie, ancrée, élevée, est libre, et sa tête (bien faite) chercheuse.

  4. Après avoir dansé dans l’arène des gladiateurs, ces battle de krumpeurs où elle a fait sa place durant 10 ans, Nach a trouvé sa poésie en solo, son Duende, son souffle : « Mon cercle aujourd’hui c’est le monde entier. » La krumpeuse chercheuse de ponts est allé (se) chercher à travers des ailleurs inspirants. « Je suis multiple. » Nach refuse les cases et ça lui va bien !

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