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Portfolio 8 juin 2021

Baghdad-Hotel ou la scolarité sacrifiée

Le refus d'inscription à l'école de 13 enfants est un bras de fer entre la mairie et la préfecture, dans la ville de Muret (31600). Manque de moyens locaux et notifications préfectorales absurdes : ce sont les enfants qui trinquent.

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  1. ben art core / Hans Lucas

    Ce ne sont pas les conditions déplorables d'hébergement qui sont les mêmes dans les 2 hôtels (Fast-hôtel et le Clément Ader) de la ville de Muret (31600) que je tiens à dénoncer dans ce reportage, mais de mieux comprendre qui sont ces familles et pourquoi 13 enfants, hébergés par le 115, n'ont pas le droit à la scolarité, qui est un droit fondamental reconnu par la Convention internationale des droits de l'enfant (CIDE).

    La mairie (alertée par les associations et syndicats) se doit de scolariser les enfants de manière inconditionnelle mais se défausse sur le rectorat. Il semblerait qu’il n'y ait plus de place dans les établissements scolaires d’après la mairie, alors que dans le même temps, une classe risque une fermeture car elle est en sous-effectif. Les enseignants espèrent de nouveaux élèves de dernière minute pour éviter la fermeture de la classe. Après vérification par une enseignante sur la carte scolaire, les classes des écoles de Muret ne sont en aucun cas surchargées.

    Retour sur la situation :
    Mars 2020, Sophie du Dal 31 (Droit Au Logement) est contactée par les enseignants afin d’assurer les inscriptions pour l’année suivante. En plein confinement, tout est fermé. Les permanences, les rdv avec les assistantes sociales sont difficiles à avoir. La Croix Rouge de Muret et l’association Espoir viennent faire des distributions de matériel scolaire. Sophie est contactée par des "Professeurs Relais école et Précarités" de l'ensemble scolaire Saint Joseph La Salle. L’une de leurs missions est de scolariser les enfants en hébergement d’urgence dans les hôtels, les campements. Les dossiers se remplissent sur le capot d’une voiture garée devant l’hôtel. Un travail titanesque sans moyens. Mais la tâche est accomplie.

    A la rentrée scolaire 2020 tous les enfants sont scolarisés sur la commune de Muret. A peine 2 mois après la rentrée les familles reçoivent des notifications de départ. Elles seront hébergées sur d’autres communes comme Tournefeuille, Cornebarrieu, Toulouse…

    Sans perdre une seconde, le travail d’inscription recommence. Rencontre avec les professeurs relais précarité (débordés) pour inscrire les familles dans leur nouvelle commune.

    Début 2021, pour certaines familles, nouvelle notification d’hébergement sur la commune de Muret.

    Là, c’en est trop. Le refus d'inscription des 13 enfants est donc un bras de fer entre la mairie et la préfecture. Monsieur le Maire a conscience d'être dans l'illégalité vis-à-vis de l'obligation de scolarisation et admet que ce n'est pas acceptable pour ces enfants qu'il "sacrifie".

    Le maire demande (légitimement) plus de moyens, à savoir notamment l’ouverture de classes spécialisées pour l’accueil de primo-arrivants et dispositif UPE2A. Il estime également que la préfecture doit prendre des dispositions pour que les familles ne soient pas déplacées aussi fréquemment, et pour qu'elles soient mieux réparties entre les communes de l'agglomération.

  2. ben art core / Hans Lucas

    Je rencontre à l’étage une première famille. La porte s’ouvre donnant sur une toute petite chambre dans laquelle un lit occupe tout l’espace de la pièce. Sur le lit aligné devant la télé (qui je me doute tourne en boucle sur Gulli toute la journée pour faire passer le temps vu que le gérant ne laisse pas les enfants jouer sur le parking), Eyda 10 ans, Samira 8 ans, Maryam 4 ans et Mohammed 9 mois. Ils sont Tchétchènes même si Maryam est née en Allemagne et Mohammed à Toulouse.

    Cela fait 4 ans que Milana et son mari Ilman sont arrivés en France.         
    Ils ont fui leur pays à la suite de tensions. Visiblement pas considéré comme un « pays à risque » par l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides), la haute autorité du droit d’asile. Pour la France, un pays ou le « crime d’honneur » vient d’être rétabli et ou la communauté internationale porte plainte pour « crime contre l’humanité » (actes de barbarie envers les personnes homosexuelles) est un « pays sûr ». D’ailleurs, ils se sont vu notifier une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français). Pour aller où ? ils ont tout quitté, tout perdu.

    Après avoir passé 1 an à Toulouse, ils ont dû partir en CADA (Commission d'accès aux documents administratifs) le temps de traiter leur situation administrative, puis à l’Ile Jourdain, à Montauban et aujourd’hui ils sont à Muret. Cela fait 3 mois qu’ils sont à l’hôtel où ils se partagent deux chambres.

  3. ben art core / Hans Lucas

    Milana, dort dans une des chambres avec Eyda et Mohammed tandis que Ilman dort dans l’autre avec Samira et Maryam.

    N’ayant pas accès à la cuisine commune, ils sont obligés de cuisiner sur une petite plaque dans leur chambre. Ils ont été envahis de punaises de lit. Alors pour éviter que Mohammed âgé de 9 mois ne se fasse piquer, sa mère veille la nuit et laisse la lumière allumée. « J’ai peur pour Mohammed, c’est dangereux ».

  4. ben art core / Hans Lucas

    Sidorela et ses enfants Lukas (8 ans) et Roan (5 ans) sont originaire d’Albanie. Ils sont à l’hôtel depuis 3 mois alors qu’ils étaient hébergés et scolarisés à Toulouse puis Saint Simon. Aujourd’hui cette famille est sous le coup d’une OQTF.

  5. ben art core / Hans Lucas

    Un couple de 6 enfants vit dans un logement hôtelier de deux chambres. La famille essaye de faire scolariser les enfants, sans succès.
    Les cafards courent les murs, les punaises de lit courent les matelas.

  6. ben art core / Hans Lucas

    Où seront-ils/elles tous et toutes à la prochaine rentrée scolaire ?

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