Portfolio

Une aire d'accueil pas très accueillante

Une aire d'accueil des gens du voyage... qui n’accueille pas les gens du voyage, mais elle est bien là. Fermé par des blocs de chantier anti-intrusion en béton, le lieu est totalement inoccupable. Une aire d'accueil construite pour respecter le quota obligatoire mais fermée pour que les gitans ne puissent s'installer.
  1. A la suite de l'expulsion du logement qu'ils occupaient, Teresa, son mari, leurs 4 enfants, les grands-parents et l'arrière-grand-mère se sont retrouvés à la rue du jour au lendemain. Il a fallu trouver une solution d'urgence. Cette solution a été une aire d'accueil pour les gens du voyage non loin de l'école des enfants.

  2. En arrivant sur place, la situation n'était pas celle espérée : deux blocs de béton en interdisent l'accès. La caravane passera la nuit devant l'entrée de l'aire d'accueil.

  3. La gendarmerie passe le soir même et leur demande de partir.
    "On nous dit qu'on est des gitans parce qu'on bouge tout le temps, mais quand on s'installe quelquepart, on nous vire".

  4. Il n'y a pas d'eau sur place. Il faut aller la chercher loin. Juste l’électricité, mais c'est déjà ça vu la chaleur. 
    Les enfants ne sont pas venus sur le terrain. Ils sont hébergés chez une "famille solidaire" pour quelques jours.

  5. Boban :
    Je suis Serbe et ma femme est Tzigane. Ce sont ses parents en Serbie qui sont venus me voir pour me présenter Teresa qui vivait en Espagne. Donc, je suis allé la rencontrer en Espagne. C’était un long voyage.

    On est resté 5 ans en Espagne, ensuite on est allé en Allemagne, en Belgique et finalement on est arrivé ici à Toulouse.

    Mes parents ne l’ont pas acceptée. Ils me disaient que je leur faisais honte, que les gitans ils voyagent partout, ils volent, ... tous les trucs comme ça. Le père de Teresa me disait qu’en Espagne il y avait du travail et qu’on ne galèrerait pas mais en arrivant sur place, ce n’était pas vraiment ça. Je les ai vus, ils travaillaient la ferraille et traficotaient. J’ai essayé un temps, mais avec les enfants, ce n’est pas une vie.

    On dit de nous que nous sommes des gitans, mais on est des humains. Il ne faut pas être raciste. En plus de ça, je ne suis pas gitan. J’ai appris à le parler, mais je ne le suis pas.

  6. La population de cette aire est surtout constituée de familles sédentarisées.

    Il s'agit d’une vieille aire d’accueil construite avant 2003.
    Dans un état lamentable, en 2007, la ville décide de la rénover.

    En 2019 l'aire était déjà fermée. Cette fermeture serait due à un saccage. Les dégradations volontaires arrivent souvent. Les riverains et entreprises cassent les tableaux électriques et les installations sanitaires pour pouvoir prononcer une fermeture administrative.

    Cela fait déjà plusieurs années que cette aire est fermée et depuis la compétence de la gestion des lieux d'accueil ne revient plus aux communes mais aux intercommunalités.

    L’intercommunalité aurait jusqu'à 2025 pour réhabiliter l'aire mais aucun appel d'offre pour les travaux ne sera lancé avant quelques années. La rénovation de l'aire est inscrite au schéma départemental mais les collectivités parviennent toujours à faire traîner les dossiers entre 5 et 10 ans. Aucun marché public n'a été émis cette année encore.

    (Info sur l'aire d'accueil de William Acker)

    A lire : Où sont les « gens du voyage » ?
    Inventaire critique des aires d'accueil
    Parution le 16/04/2021 aux éditions du commun


    Visionscarto - Aires d’accueil : https://visionscarto.net/aires-d-accueil-les-donnees

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.