Portfolio

Fast Hôtel Muret, l'hôtel de la honte

Raïfa, enceinte de 9 mois est à terme, prête à accoucher d'un jour à l'autre. Elle a été mise à la rue avec son mari et ses enfants. Ils regagnent Toulouse et passent la première nuit à dormir sur le trottoir entre des buissons. Raïfa sera hospitalisée dès le lendemain à cause de contractions. Elle a également ce qu'on appelle "une grossesse à risque".
  1. Raïfa : Je ne pense pas que ce soit le 115 qui a voulu me mettre dehors. Ce n'est pas le patron, c'est la dame de la réception de l'hôtel qui a fait ça. Elle met dehors les gens qui ont beaucoup d'enfants.

    "A Toulouse le 13 septembre 2021.

    Fin de prise en charge hôtelière.

    Madame, Monsieur,

    Suite à de multiples incidents rendant votre accueil au sein du dispositif hôtelier totalement inadapté, après avoir consulté les services de l'Etat qui finance la mise à l'abri hôtelière dans le département de la Haute-Garonne, nous vous informons de notre décision de mettre fin à votre prise en charge à l'hôtel Fast Hôtel Muret. Nous vous prions de bien vouloir quitter l'établissement le 14/09/2021 à midi au plus tard.

    Vous pouvez contacter le 115 afin de convenir d'un rdv avec nos services si vous souhaitez un complément d'information. La présence d'enfants au sein de votre ménage peut aussi vous amener à vous rapprocher des services du Conseil Départemental de la Haute-Garonne.

    Je vous prie d'agréer l'expression de mes salutations distinguées".

    J'ai reçu ce courrier le jour de l'expulsion, le 14 septembre. Comment je fais ? On n'a même pas le temps de se retourner.
    Le lendemain on va à Toulouse. Nous nous installons à proximité de l'hôpital Purpan car j'ai des problèmes avec ma grossesse.
    Le bébé a des problèmes de cœur et fort risque de Trisomie 21.

  2. Hôtel : Ça fait 2 ans et demi que nous sommes à Toulouse. Au début nous avons fait une demande d'asile et étions hébergés en CADA. Notre demande a été rejetée et on a dû quitter le CADA. Ensuite nous avons été hébergés à l'hôtel à Muret.

    Nous n'avons jamais fait de problème. Mais il est vrai que l'hôtel est très mal conditionné. Il y a plein de bêtes, des cafards, des punaises de lit. Les toilettes ne fonctionnent pas correctement. Avec mes enfants, nous dormions à mi-temps dans la caravane tellement c'était immonde.

    Les enfants n'ont pas le droit de jouer à l’extérieur de l'hotel. Dès que les enfants sortent de la chambre, la dame s'en prend à eux. Quand je sors avec la table pour que l'on puisse tous manger dehors, cette dame nous "moleste". Je ne peux pas laisser mes enfants enfermés toute la journée dans les chambres.

    Ce matin-là, la dame est venue et nous a dit que nous devions partir. J'ai appelé le 115 et ils n'étaient pas au courant que nous devions quitter les lieux. Depuis hier, je n'arrête pas de les appeler mais c'est très difficile de les avoir.

    Je ne parle pas que pour moi, mais je pense que cet hôtel n'est pas fait pour que des gens vivent ici.

  3. 115

    Premier appel : Toutes les lignes sont occupées...

    Deuxième appel : Bonjour, vous êtes au 115 Haute-Garonne, le numéro d'urgence sociale pour les personnes sans abri… Merci de patienter quelques instant… (message en boucle qui ne donnera pas suite).

    Troisième appel : Enfin une voix "humaine".

    • Bonjour, vous êtes au 115 Haute-Garonne…
    • Bonjour, je suis Raïfa XXX.
    • Ne quittez pas.
      Pour le moment nous n'avons pas de solution pour vous et votre famille.
    • Je suis à la rue avec mes enfants. Je suis enceinte à terme.
    • Bon, si nous avons une solution, on vous appelle.
    • C'est ce que vous m'avez dit hier.
    • Vous étiez hébergés en hôtel…
    • Oui mais la dame de la réception nous moleste quoi qu'on fasse.
    • En tout cas je note votre appel pour aujourd'hui.
    • ok
  4. Nous avons quitté la Serbie car nous subissions le racket de la mafia.  Là-bas ils rackettent les gens qui sont pauvres. Kidnappent les enfants pour les faire travailler dans la rue, etc…

  5. Une autre famille témoigne :

    L'année dernière, j'étais au Fast Hôtel. J'étais enceinte.
    Il y avait un homme là-bas aussi, sans femme. Cet homme, à plusieurs reprises, a essayé de toucher à ma fille. J'en ai parlé à la dame de la réception. A chaque fois elle disait que ce n'était pas grave. Un jour, ma fille à voulu aller prendre une douche, mais elle est allée dans une autre chambre parce que la douche ne fonctionnait pas chez nous. Comme tout est vétuste, ma fille a claqué la porte pour qu'elle se ferme correctement. Là, le monsieur c'est énervé et il est arrivé avec une bouteille d'essence. Il en a mis dans toute la chambre. Il a mis un coup à mon mari et a mis un coup de poing dans mon ventre. Mon mari m'a défendue. Le type est allé se plaindre à la réceptionniste et nous nous sommes fait exclure de l'hôtel. La réceptionniste n'a pas voulu qu'on récupère nos affaires, elle les a jetées dehors. Encore une fois, ce n'est pas le directeur de l'hôtel. Lui il s'en fiche, seul l'argent l'intéresse. Lui il roule en Porsche et l'hôtel c'est une vraie merde. Celle qui nous fait vivre un enfer, c'est la réceptionniste.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.