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« Le 4 août, les policiers ont commencé par le côté de Barbès auprès des autres tentes. Ils ont essayé de réveiller une autre personne
qui dormait. La personne a demandé d’avoir du temps pour prendre ses affaires. Les policiers se sont énervés et ils ont cassé sa tente. Une femme policière est venue avec d’autres policiers près de ma tente. J’ai voulu m’éloigner un peu. Et ils sont venus vers moi et m’ont dit qu’ils m’avaient déjà vu sur une vidéo prise sur le campement il y a plusieurs jours et dans laquelle on me voit me faire frapper par ces mêmes policiers. A ce moment-là ils m’ont menotté et j’ai essayé de passer mon téléphone à mon ami X. parce que la première fois ils avaient cassé mon téléphone et je ne voulais pas qu’ils le cassent de nouveau.Ensuite ils m’ont mis par terre. Les policiers m’ont emmené dans leur voiture au commissariat. J’ai vu que X était là aussi. Il y avait un
policier barbu qui m’a pris par le visage et a dit à son collègue « c’est lui ? ». L’autre policier a répondu « oui c’est lui ». Le monsieur barbu m’a donné un coup de poing et m’a attrapé par le cou. La policière qui était sur le campement m’a aussi donné des gifles. Moi j’étais inconscient mais X a dit qu’elle m’avait donné une dizaine de gifles. X aussi a été frappé. Moi j’avais fermé mes yeux.Le policier barbu a mis sa chaussure sur mes pieds et m’a encore frappé. J’avais la tête baissée, il m’a donné un coup de pied sur la poitrine et je suis tombé en arrière. Ma tête a cogné la chaise et m’a blessé au front puis je suis tombé par terre et je me suis blessé au nez. J’ai saigné. J’entendais les cris de X . Un policier est arrivé et en regardant mon visage il a dit « ça va ça va c’est pas beaucoup ».
Les policiers ont mis le sceau d’une poubelle sur ma tête et ont commencé à me frapper. Je ne pouvais pas bouger la main ni la jambe.
J’étais par terre. Il y avait du sang par terre et sur la chaise. X m’a dit qu’un policier avait ouvert une bouteille et avait mis de l’eau sur le sang. Il m’a ensuite pris par l’épaule, m’a donné une serpillère et m’a dit « d’abord tu nettoies les chaises et ensuite tu nettoies le sol ». J’ai nettoyé le sol et les chaises. Un policier m’a donné un mouchoir pour me nettoyer le sang que j’avais sur mon visage. Un autre policier a pris la serpillère pleine de sang et d’eau et m’a frappé et a frotté mon visage avec cette serpillère. Il m’a dit « on est la police, ici c’est la France, fais attention sinon je te frappe ». Un policier m’a dit « pendant 1 mois tu restes ici ».[Cette situation a été transmise à Mediapart qui en a fait un article en aout dernier : https://www.mediapart.fr/journal/france/190825/deux-jeunes-afghans-racontent-les-sevices-subis-dans-un-commissariat-parisien]
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« La police a commencé par venir ici sur cette partie-là. On a pris toutes nos affaires comme d'habitude et on est parti. C'était vers 8h30 ou 9h. Après les 3 policiers, c'est les mêmes que d'habitude, sont allés voir la partie des afghans là-bas pour leur demander de partir. Mais eux ils n'ont pas voulu, ils ont commencé à discuter, ça a duré longtemps, donc après ils ont appelé des renforts.
Au moins 5 véhicules en plus sont venus. Ils ont arrêté quelques afghans. Après ils sont repartis donc ont réinstallé les affaires comme d'habitude. Mais cette fois ils sont revenus après vers 11h peut-être et ils ont refusé qu'on récupère les affaires. Ils étaient à nouveau avec le camion poubelle mais ils ont tout détruit, tout pris, lui là mon collègue il est malade il a du mal à marcher et ils n'ont même pas voulu lui laisser un matelas ».
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« Ils [les policiers] ont pris toutes nos affaires, nos tentes, nos chaussures, nos sacs, on n’a plus rien. J’ai pas d’argent, pas de maisons, pas à manger, pourquoi ils ont fait ça ? Je me suis engueulé avec un policier quand je lui ai demandé, ils ont voulu m’attraper mais je me suis enfui. Maintenant j’ai peur de retourner sur le campement, ils m’ont fait comprendre qu’ils reviendraient pour moi. J’en ai trop marre de la France, je veux plus rester ici ».
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« Ce matin de nouveau, la police est venue réveiller les personnes venues s'abriter sous la ligne 2 du métro faute de places d'hébergement disponibles, et leur demander de quitter les lieux.
Partir, mais pour aller où ? »
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"J’ai pour habitude de dormir dans une vieille voiture. Il y a des policiers qui passent tous les jours dans le quartier et qui m'appellent “toxico”, ils m’ont déjà vu dormir dedans plusieurs fois.Je n’ai pas d’autre endroit où dormir, moi je vis dehors. Un jour l’un d’entre eux est venu, m’a réveillé et il m’a dit “ok toxico, sors de la voiture”. Il m’a attrapé et il m’a vidé toute sa bombe de poivre dans l’oreille, sur le côté du visage. En entier.
J’avais la tête qui brûlait et je ressentais une douleur si forte... Quand on te le fait de loin le lacrymo ça va, ça te pique un peu les yeux et tu tousses, mais à bout portant comme ça, ça brûle de manière atroce.
Il faut absolument que tu regardes la photo qui circule de mon visage à ce moment-là et tu comprendras ! Pourquoi un être humain ferait ça à un autre être humain ? Pourquoi !? Maintenant je suis en colère contre la police, contre les associations, contre tout le monde ! Lui il m’a blessé, maintenant les gens viennent me photographier et me mettre leur caméra en plein visage donc je me cache.
Ce policier je le revois tous les jours. Dès fois il vient me provoquer ou se moque encore de moi, surtout quand il est avec ses collègues. Mais des fois j’ai l’impression de lire du regret dans ses yeux. Je n’arriverais jamais à comprendre comment il a pu me faire ça. Je n’ai jamais rien fait de mal à personne, ni contre la loi. Alors certes je suis un migrant et un toxico. Ma vie est très dure en ce moment. Mais est-ce que c’est une raison pour me paralyser et me faire autant de mal ? J’ai tellement de colère en moi."
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« J’ai été reconnu comme réfugié en novembre 2024. Une fois que j’ai eu mon statut de réfugié on m’a proposé Orléans, Toulouse, Rouen, Marseille. Au début je devais être transféré à Rouen mais finalement j’ai été transféré dans un centre d’hébergement provisoire à Orléans où j’ai passé 15 jours. J’ai rencontré qu'une seule personne, je sais pas si c’est un travailleur social ou pas. Je l’ai vue deux fois.
J’ai été finalement transféré à Chartres. Le 115 est venu me récupérer à la gare et m’a amené dans un hôtel. Au total je suis resté 2 semaines après quoi le propriétaire de l’hôtel m’a signifié que la proposition était arrivée à terme, j’ai dû appeler le 115 à nouveau. J’ai passé une nuit en foyer puis je suis retournée à Paris le 27 février avant de retourner à Orléans. J’appelais tous les jours le 115 mais je n’arrivais pas à trouver de la place alors la nuit je dormais à la rue. Puis j’ai reçu un autre message de l’OFII comme quoi on m’avait trouvé une formation à Paris. L’OFII m’a dit que mon dossier se trouvait à Paris et que je devais donc faire ma formation là-bas, mais qu’ils n’étaient pas en situation de m’aider à trouver un logement. J’ai préféré rester à Paris car il y avait des associations qui pouvaient m’aider pour la nourriture et je connaissais un pont où je pouvais dormir. Tout au long de la formation je suis resté à la rue ».
Portfolio 25 janvier 2026
Retour sur la première semaine de l’opération « Dans ta rue » saison 2 !
Pour la deuxième année consécutive, en partenariat avec Mediapart, le CAD lance une opération de sensibilisation sur la situation des personnes à la rue, qui se retrouvent confrontées à un continuum de violences institutionnelles et policières : il est encore temps de participer et de contribuer à une levée de fonds inter-associative pour l’achat de tentes.
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