Faut-il reconnaître le vote blanc ?

Nombre d'internautes se sont exprimés sur le fonctionnement démocratique de la France la question de la reconnaissance du vote blanc. Face à cet afflux de contributions, le collectif 2012 Même pas peur a proposé à une spécialiste de se pencher sur ce thème...

 

 

Docteure en sociologie et directrice de recherches CNRS en science politique au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), Anne Muxel évoque la question du statut du vote blanc et les conséquences de son adoption dans le système démocratique français.

 

Selon la sociologue, la société s'est emparée de la question de la reconnaissance du vote blanc, bien qu'elle ne soit pas au centre des débats publics. Internet recèle d'ailleurs une grande quantité d'informations au nombre desquelles se trouve le site d'un parti politique ainsi qu'une pétition publiée en sa faveur. Pour elle, cette revendication résulte de l'émergence d'une citoyenneté plus critique. « La question du vote blanc n'est pas très éloignée de celle de l'abstention dans le jeu politique, puisqu'au fond c'est à peu près le même message que l'on fait passer : la non-reconnaissance de l'offre politique proposée et le malaise ressenti par rapport à la nécessité d'exprimer un choix. » Bien qu'il puisse constituer un moyen d'endiguer l'abstention à court terme, il pourrait également mettre en péril non seulement la légitimité d'un scrutin, mais plus fondamentalement le système démocratique et le vote lui-même.

 

Reconnaître le vote blanc? Pourquoi pas. Mais les Etats qui s'en feraient les promoteurs devraient toutefois s'assurer qu'il ne conduise pas à des crises successives du système politique. Pour ce faire « Il faudrait assortir la reconnaissance du vote blanc de garanties pour qu'elle ne soit pas un instrument de blocage de la démocratie représentative. »

 

Unique exception en Europe, la Suède a adopté le vote blanc depuis plusieurs années. Assortie d'une obligation de vote, cette mesure n'aurait pas le même impact dans un pays de culture politique plus tumultueuse comme la France. « Si on reconnaissait le droit du vote blanc dans un pays de culture protestataire, les conséquences ne seraient pas du tout les mêmes que dans des démocraties comme celles du Nord de l'Europe, où le consensus est beaucoup plus organisé et où la culture de la protestation est beaucoup plus faible. Déjà en vigueur à Stockholm, le vote obligatoire est également appliqué en Belgique, au Luxembourg et à Malte. Mais sa transposition en France serait sans doute problématique. Pour Anne Muxel, la culture politique hexagonale ne semble pas compatible avec son instauration. « On ne peut pas changer complètement notre rapport au vote, qui trouve ses racines dans la citoyenneté instaurée au siècle des Lumières, pour laquelle tout acte citoyen est libre, consenti et responsable. »

 

Retrouvez l'intégralité de l'interview de la sociologue Anne Muxel sur le site de la campagne.

 

 

 

Le vote blanc


 

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