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Manifester comme au théâtre

Comme toute bonne pièce, la manifestation nantaise du samedi 9 avril contre le projet de loi El Khomri s'est jouée en actes bien délimités. Premiers rôles : une police généreuse en provocations, et quelques dizaines de militants autonomes acharnés à transformer tout mouvement social en repoussoir. Conséquence : une répression confinant à l'absurde pour les manifestants restés en première ligne.
  1. Dès le matin, les journaux annoncent la catastrophe à venir. Un impressionnant arsenal répressif est mis en place à proximité de la manifestation pour faire monter la tension. L'hélicoptère survole le cortège.

  2. Des policiers procèdent à une arrestation depuis une rue perpendiculaire. Sans doute mécontent d'être photographié, un policier jette une première grenade assourdissante dans ma direction (visible au bas du dos du policier au dos tourné). Des grenades lacrymogènes sont ensuite tirées sur le cortège en grandes quantités.

  3. Fin de manifestation, l'étau se reserre. Les manifestants sont peu à peu cantonnés sur un petit périmètre à grands renforts de gaz irritants, de grenades assourdissantes et de désencerclement. Pendant ce temps, les groupes favorables à l'affrontement s'en donnent à cœur joie de l'autre côté de la voie de chemin de fer.

  4. Des manifestants pacifistes refusent de partir. Les deux canons à eau de la police sont mobilisés, pendant une heure et demie, exclusivement contre eux. De temps en temps, des provocateurs lancent une bouteille sur les gendarmes, avant de partir en courant sous les hués. La police n'attend que cela pour charger et continuer à avancer.

  5. Un jeune manifestant observe la scène, assis.

  6. Après chaque projectile lancé, et parfois entre deux, les sommations reprennent : "gendarmerie nationale, dispersez-vous, nous allons envoyer les grenades lacrymogènes". Personne ne bouge. Le canon à eau se met en marche, les pacifistes résistent, alors que les provocateurs se cachent loin derrière.

  7. Un jeune refuse de reculer. Il apporte régulièrement une fleur aux gendarmes, qui lui répondent par des jets de gaz piquant dans les yeux. Trop près, le canon à eau ne parvient pas à l'atteindre. Un peu plus tard, le chauffeur finit par arroser l'un de ses collègues par inadvertance. Tout le monde se moque, le gendarme rit jaune. Drôle d'ambiance.

  8. Mélange de défi et de gêne. Les policiers semblent avoir conscience de perdre leur temps. Les manifestants leur crient "cassez-vous et on s'en va". Les ordres ne viennent pas, on s'acharne.

  9. Deux jeunes viennent boire leur bière aux pieds d'un gendarme muni de son masque à gaz. Agacé par l'initiative, celui-ci rejoint l'un de ses collègues à quelques mètres. Vers 17 heures, un canon à eau se retire, suivi peu après du deuxième. Enfin, la plupart des gendarmes mobiles et des CRS partent vers 17h30. A quelques pas, la "nuit debout" commence dans le calme.

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