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Mise au point photographique de Médecins du Monde

Un voyage dans l’univers de la misère, sous toutes ses formes. Sans pathos. Avec beaucoup de dignité, de pudeur et d’empathie. Ces hommes et ces femmes ne sont pas des numéros, pas des fantômes à côté desquels on passe. Ils ont une histoire, des visages et des voix. Exposition Mise au poing, portée par Médecins du Monde pour fêter ses 30 ans d’action, à découvrir à Paris jusqu’au 18 mars 2017.
  1. Impossible de résumer 30 ans d'histoire d'actions sociales en faveur des plus démunis de ce monde. Projeter les archives de l'ONG Médecins du monde, née en 1986, n'aurait pas été suffisant. Et replonger dans le passé ne dit rien du présent. Alors les commissaires de l’exposition Mise au poing, visible jusqu’au 18 mars à l’espace parisien Topographie de l’art, ont réalisé des commandes à six photographes pour documenter des situations actuelles de misère. « Parce que la lutte contre la pauvreté est un combat permanent », résume simplement la co-commissaire Fany Dupechez, mandatée par l’ONG. Médecins du Monde fait ainsi une mise au point : non, la misère n'a pas disparu, regardons-la en face.

    Claudine Doury, qui fait partie des six photographes retenus, a suivi dans son quotidien Sara, Roumaine de onze ans, dont la famille a trouvé abri dans un entrepôt de Seine-Saint-Denis. Sensible à la question du passage entre enfance et adolescence, Claudine Doury a documenté la vie de Sara au quotidien, entre les besognes domestiques et les jeux avec ses amies. Elle a capté à la fois l’inquiétude et l’insouciance d’une fille que tout pousse à devenir adulte trop tôt.

  2. « Les travaux réalisés procèdent toujours du documentaire, mais plusieurs sensibilités s’expriment, analyse la co-commissaire Fany Dupechez. L’exposition n’a pas lieu dans une galerie, ce n’est pas une représentation pour une galerie, pas de l’art pour l’art. » Il n'y a pas de vente de tirages.

    Habitué du noir et blanc, le photographe espagnol Alberto Garcia-Alix signe des portraits intenses et frontaux, dont celui de Pierre.

  3. Denis Rouvre a lui aussi choisi les portraits serrés et implacables, qui soulignent l’impact parfois physique des situations de détresse et de pauvreté (des cicatrices, des visages marqués,…). Les formats géants de ces photographies sont surmontés de haut-parleurs, qui diffusent l’un après l’autre des extraits des témoignages recueillis. Les personnes qu’il a captées ont décidé de leur posture devant l’objectif, certains lui tournent le dos, d’autres lui font face avec force. Les scénographes ont créé comme un huis-clos, en regroupant les travaux de Denis Rouvre dans une même pièce ; il s’en dégage une puissance et une forte émotion.

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    Mise au poing, exposition à découvrir jusqu’au 18 mars 2017 à l’espace Topographie de l’art, 15 rue de Thorigny, Paris 3e (métro St-Sébastien Froissart).

    Photographies de Claudine Doury, Alberto Garcia-Alix, Cédric Gerbehaye, Valérie Jouve, Denis Rouvre et Henk Wildschut.

    Textes (puissants et lumineux) de Camille Laurens, Laurent Mauvignier et Jean-Luc Nancy.

    Le catalogue d’exposition, au prix de 10 €, permet de soutenir Médecins du monde (une partie - non encore définie - lui sera reversée).

     

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