les deux feux de Dubaï

Hier, peu avant le passage à l'année nouvelle, l'une des tours géantes de Dubaï prenait feu.

 

Les caméras des télés du monde entier étaient déjà en place, braquées sur ce qui devait être le plus grandiose feu d'artifice pour le passage à l'année nouvelle. Les myriades de fusées, tirées des gigantesques tours, dont la plus haute et très connue Burj Kalifah. La foule commençait à affluer, et les riches touristes étaient bien à leur place, aux restaurants avec vue panoramique sur la scène où devait avoir lieu le très prisé spectacle.

A quelques quarts d'heure du commencement de ce grandiose spectacle, l'une des tours les plus proches du Burj Kalifah s'enflamme. Les télévisions transmettent ces images incroyables: un gratte-ciel en feu, dans une ville prête pour la fête justement autour de ces tours géantes, où la puissance de l'argent est parvenue à construire un monde très artificiel, très technique, très haut, très lumineux. 

Que croyez-vous qu'il arriva? RIEN. La tour brûla, heureusement sans faire de victimes, nous dit-on. Et le gigantesque spectacle pyrotechnique eut bien lieu, tous les yeux, les téléphones portables, les caméras du monde entier filmant, comme à Sydney, comme à Pékin, le tellement superbe spectacle du passage complètement artificiel d'une année à l'autre. A quelques encablures, la tour brûlait toujours, mais les autorités avaient préféré ne rien changer au programme des réjouissances. Et, selon les témoins sur place, tout le monde préférait se réjouir, et détournait les yeux de ce feu intrus qui s'était invité. Nulle question n'apparut hier: pourquoi ce feu? origine? maintenance de la sécurité dans ces grandes tours? Hier, la fête était là, obligatoire pour les riches touristes. BFMTV montrait, avec un comique obscène involontaire, les deux feux, simultanément sur le même écran : on aurait pu penser qu'il s'agissait d'un regard critique du metteur en scène, confrontant la catastrophe et la débauche des plaisirs  pour les yeux. Mais non : la mécanique de vision de BFMTV ne s'embarrasse pas de ce genre de question, c'est son pilotage automatique fondé sur une bouillie indifférenciée d'images qui ne valent que comme images, de rien.  

La fête obligatoire eut bien lieu. Le plus grand feu d'artifice au monde a déployé ses fastes, avec son double.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.