VOUS AVEZ DIT "VIOLENCES"?

Le gouvernement voudrait à toute force voir l'opinion et l'opposition condamner ces violences. Quelles violences? Contre quoi? Et n'ont-elles pas été le point où la peur a fait reculer Macron?

Images en boucle en direct samedi, puis depuis 4 jours, de places enfumées, de pavés qui volent, de voitures en feu, de vitrines brisées dans le très chic quartier de l'Etoile à Paris. Oui, ça a chauffé. Ces "violences" ont bien eu lieu. Peut-être même ont-elles été attendues par un dispositif policier déployé là où il ne fallait pas (sur des Champs Elysées qui resteront quasi déserts, et immobiles autour des "lieux de pouvoir"), et pas là où cela aurait empêché ces faits (autour de l'Arc de Triomphe). Il y eut une foule de manifestants empêchés de manifester et gazés comme jamais dès le matin. Plus tard, les gens furent repoussés, toujours aussi arrosés de gaz, dans les avenues qui partent de l'Etoile. Et bloqués là. Toute la journée. Que croyez-vous qu'il arriva? Affrontements, pavés, vitrines, voitures brûlées. Puis pillage des magasins éventrés. Envolés les blousons à 600 euros, les écrans des vitrines de téléphonies. Et dans la foulée, oui, le super marché, le caviste, et même la pharmacie. Et il y eut aussi, saccage ciblé, les vitrines des agences bancaires. 

Des violences essentiellement contre des biens. Pas contre des personnes. Je répète: il n'y a pas eu, de la part des manifestants, des violences dirigées contre des habitants de ces quartiers. Ni même spécialement contre les policiers ou CRS, sinon pour répliquer aux gazages ou aux blocages. On a vu même des Gilets Jaunes raccompagner un policier dans ses rangs, après qu'il soit, lors d'une mauvaise manoeuvre, resté esseulé parmi des manifestants. Oui, il reçut quelques coups. De rage. En réponse à la charge. Mais on n'en voulait pas à sa personne. Les violences de la part des policiers furent bien plus ciblées. (ne parlons pas de la mort, que je veux croire accidentelle, mais bien réelle, de cette dame de 80 ans à Marseille qui reçut une grenade lacrymogène en pleine face, mort scandaleusement tue dans les media). 

La vérité est que les rues de ce beau quartier ont été saccagées. Et ce fait, ce fait seul, aurait dû, selon le gouvernement faire se retourner l'opinion contre le mouvement des GJ. Mais c'est raté :72% de soutien aux Gilets Jaunes encore le lendemain. Les violences sont là, brutes, effrayantes. C'est ce fait qui a engendré le mouvement de recul du gouvernement, recul qui annonce la reddition. "Ce n'est plus possible. Il faut qu'ils lâchent du lest, maintenant", disait, avec son accent précieux, une habitante du 16ème. Les gueux sont là! C'est quand ils font peur qu'on va s'occuper d'eux. Et seulement là. 

Parce que personne n'ignorait leurs difficultés. Les mines faussement repentantes des petits soldats de la macronie qui viennent parler sur leurs écrans de leur "prise de conscience" soudaine des difficultés des gens sont pathétiques. Ils s'en foutaient bien, lorsqu'ils refusaient d'augmenter, comme le proposait Ruffin, les salaires des AVS (aides de vie scolaire). Qu'ils acceptaient la baisse de toutes les  retraites au-dessus de 1200 euros. Refusaient une augmentation du SMIC. Tant que la base restait muette, ils avançaient en rang derrière leur libéral patron. 

Alors, pourquoi faudrait-il à tout prix condamner ce bris de quelques vitrines et ces feux de bagnoles? Ce verre cassé et ces flammes ont rempli leur mission: effrayer. 

Samedi prochain, il faut souhaiter de tout coeur que ces violences aux biens, que Macron juge "inacceptables", "honteuses",  ne soient pas le départ à un déchaînement de la seule violence redoutable, celle aux personnes. La police est armée de grenades explosives, dangereuses. Rémi Fraisse en fut la victime. Pas de mort pour quelques vitrines!

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