Mascarade du Grand débat des idées

Hier soir, et une partie de la nuit, on a assisté à une grande mascarade. En pleine crise sociale, 64 bons petits soldats, après avoir servilement remercié de l'invitation, récitaient un long laïus soigneusement préparé et en général soporifique devant Sa Majesté en verve. Qui les a tous saoulés, roulés dans la farine. Ils désertèrent peu à peu, le laissant quasi seul, toujours aussi en forme.

Le premier des Gilets Jaunes rencontré dans la rue s'exprime bien plus clairement, bien plus vivant. Ils se sont honteusement prêté au jeu qui ne mettait en valeur que celui qui les avait conviés. Qui s'est emparé de la parole, soit disant pour leur répondre, avec une joie visible, remonté à bloc, infatigable, enrobant tout son discourt dans une toute-puissance délirante ("Face à cela, qu'est-ce que JE fais?" Je Je Je toujours Je, aucun sens du partage du pouvoir, d'être au service d'un peuple). Utilisant des arguments fallacieux (pas de taxe sur le patrimoine possible, même les plus pauvres se sentiraient lésés, qui tiennent tant à léguer leur maison à leurs enfants). Pas la moindre anicroche dans cette longue cérémonie. Mêmes les questions un peu dérangeantes étaient tellement enrobées de circonvolutions qu'elles ne piquaient plus.

Après minuit, ils décrochaient tous. Le fou rire me vint en voyant ceux coincés derrière le président, dans le champ des caméras, luttant contre l'endormissement, alors que les autres se défilaient un à un, subrepticement. 

Honte à ceux qui se prêtèrent sans protester à cette servile comédie, dans les temps révolutionnaires que nous vivons. 

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