Coronavirus: les effets en cascade

Et si c'était ce virus qui allait tout changer?

On assiste, impuissant, sur la carte interactive publiée par l'université Johns-Hopkins, à l'élargissement des taches rouges. D'abord en Chine, puis débordant sur l'Asie, et insidieusement, ça et là, des points rouges fleurissent en Europe, en Amérique que Nord, en Australie. Le tableau présente aussi des courbes, d'abord à croissance exponentielle en Chine, qui semblent s'infléchir depuis quelques jours, alors que les cas hors de Chine se démultiplient.

De Wuhan, sont sorties les images de la quarantaine: les rues vides d'abord, mais on prend ça bien, comme le montrait cette danse de balcon à balcon, sur une musique à fond la caisse résonnant dans les cours. Puis plus inquiétantes, on vit  des sacs en plastique remplis de nourriture déposés devant des portes scotchées, des lits à touche-touche montés dans des gymnases, les housses orange contenant les cadavres jetés les uns sur les autres à même le plancher d'une camionnette.  On assiste à ce qu'on ne pensait voir jamais: Wuhan et les alentours, 57 millions d'habitants, écartés du reste des vivants, comme les lépreux d'un autre âge. Et inexorablement les taches rouges de s'étendre.

Puis on voit les conséquences économiques: les usines chinoises ne reprennent pas, ou si peu, en tout cas tournent au ralenti. Et en cascade, pénurie de pièces détachées dans toutes les usines du monde. La croissance mondiale va être freinée, moins combien? 0,1? Plus? Moins? L'Italie est atteinte et les bourses dévissent: -5,4 à Milan, -3,94 au CAC40 hier.

Ce que les cris des scientifiques n'avaient pu obtenir,  comme les mises en garde pragmatiques d'un Jancovici, les danses de transe de l'elfe Aurélien Barrau, les alertes christiques de Pablo Servignes, ce que nous lance à chaque fois qu'elle parle le corps tourmenté de la jeune Greta Thunberg, toutes ces exhortations à ralentir qui restaient vaines, avalées, entendues, mais non retenues, ce petit virus va peut-être réussir à l'enclencher. Par lui, il devient évident qu'il ne faut plus voyager comme des malades, envoyer nos objets se faire construire à des milliers de kilomètres, que les médicaments doivent être fabriqués sur place. C'est toute la mondialisation, qui faisait marcher le monde à sa perte, qui est mise en échec par ce virus.

Quelles en seront les conséquences? Economiques, la chute de la croissance. La chute des émissions de CO2. On s'en réjouit. Mais à quel rythme? Et les conséquences humaines? Selon les prévisions alarmistes mais fondées de certains virologues, le covid19 pourrait toucher 60% de la population mondiale avant qu'on ne trouve un vaccin. Quel système de santé résistera? Les hôpitaux débordés de France, pourtant la 7ème puissance mondiale, ne semblent pas prêts. Qu'en sera-t-il des autres? La pneumopathie que le virus déclenche est létale entre 2 et 3%. Mais cela serait bien entendu beaucoup plus dans les pays qui n'ont pas les moyens de mettre sous assistance respiratoire les 15% de malades qui en auront besoin. Va-t-il alors s'ensuivre une baisse significative de l'humanité? De combien? 

Les personnes fragiles et les gens âgées seront touchées plus gravement que les autres. Les enfants et les jeunes semblent s'en sortir beaucoup mieux. Comment allons-nous accepter cette sélection "naturelle" impitoyable? (D'ailleurs, me taraude depuis quelque temps cette question: Qu'avons-nous fait des 20 années de vie supplémentaire que nous avons gagnées depuis 50 ans? Quid des richesses qui dorment dans les EHPADS, voix non écoutées, mémoires perdues, sagesses non transmises?) 

Cette bestiole va nous questionner, à toute vitesse, sur notre humanité. 

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