L'émeute des Gilets Jaunes sur les Grands Champs

La belle émeute

Depuis une semaine, les tristes ronds-points sont devenus des vivants carrefours. Et ce samedi, ceux des ronds-points  avaient décidé de venir à Paris, là d'où viennent ces réformes, ces lois, ces grandes décisions qui leur tombent dessus depuis des lustres. Et ce fut, sur l'avenue démonstrative déjà décorée pour la fête marchande de Noël, une belle émeute. Au sens premier du terme: un soulèvement populaire, spontané, pas très organisé. Non, ils n'avaient pas soumis leur trajet de manif à la préfecture. Et même plus, ils avaient refusé d'être parqués, eux, les rats des champs, les non-urbains, dans le grand pré du Champ-de-Mars. Ça suffit pour l'herbe verte, ils connaissent.  Pour qui se souvient du ridicule de certaines manifs organisées, tournant en rond dans le périmètre autorisé autour de l'Arsenal, ils ont eu bien raison. Ils voulaient la vraie grande belle avenue de démonstration, les Champs-Elysées. Elle est à eux aussi. Etre vus, entendus. Ils voulaient approcher au plus près des lieux du pouvoir, au plus près de Macron, pour qu'il entende leur colère. Lui dire. Directement. Sans intermédiaires.

Ah! le vide laissé par les intermédiaires, avec qui "on a l'habitude de négocier"! On en a entendu le regret depuis 2 jours. Mais où sont-ils? Où sont les interlocuteurs habituels? Ces mots-là, "habitude de négocier", on a vu ce que cela donnait les 18 derniers mois, pour la réforme de la Loi Travail, et avant Macron, pour la réforme des retraites. Les intermédiaires négocient, paraît-il. Et après ces belles négociations, qui se retrouve Gros-Jean comme devant? Ils le savent maintenant. 

A 9heures, 10 heures du matin, ils étaient déjà là en nombre, prenant la Préfecture par surprise. On a vu les énormes canons à eau les arroser à grands jets. On a vu les grenades lacrymogènes pleuvoir sur ceux qui avançaient, forts de leur décision. Oui, ils ont érigé des barricades avec du mobilier urbain. On aurait préféré qu'ils rebroussent chemin bien gentiment? Qu'ils retournent sur leurs ronds-points? Au Champ-de-Mars? Ils ont tenu des heures, en tentant de barrer la route aux énormes blindés blancs et leurs jets glacés. Barrer la route aux escadrons de robocops munis de leur lanceur de grenades. Et ça a duré. Ils n'ont pas lâché de toute la journée. En dépavant l'avenue. Quel scandale! Scandale?  Quel bon rappel, oui! Les pavés peuvent voler lors des émeutes.

Des pilleurs? Y a-t-il eu réellement pillage de ces commerces de luxe qui ont pignon sur les Champs? Non. Très peu de magasins ont été vandalisés, pillés. Des casseurs? Non, ils n'ont pas mis les Champs-Elysées à sac. Ce n'était pas leur but. Ils ont juste osé prendre l'avenue, et tenté de la garder. Mais tous les journalistes en choeur ne parlent que de dégradations, de violence, celle de quelques pavés et des joyeuses barricades, en oubliant que la vraie violence, c'est la politique qui appauvrit une partie de sa population. 

Et ces micros de journalistes pris d'assaut, pour dire ces mots très simples: " y en a marre de cette politique pour engraisser les riches". "On travaille 40 heures et on n'y arrive plus". "Cette taxe sur les carburants, c'est de la foutaise. Même pas pour l'écologie."

Aucun mort, aucun blessé grave. Mais ils font peur. Il n'y a qu'à voir comment ils se font tout doux, les députés LREM, les ministres, le Macron à Bruxelles. Ils écoutent, disent-ils. Ils ont compris la colère de la France oubliée. Ça va changer. Ils ont la trouille, oui. Dans émeute, il y a meute. En jaune, partout, ils se sont vus nombreux et forts. L'écho aurait-il été le même s'ils étaient restés sagement à tourner sous la Tour Eiffel? 

Suis-je seule à trouver que ce fut une belle journée?  

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