ils sont où les artistes ?

ILS SONT FRAIS NOS ARTISTES !

ILS SONT FRAIS NOS ARTISTES !

 

Ah ! c’est qu’elle est belle la position de l’artiste !

Ah ! y sont beaux, en nœuds papillon et en robes longues, à déverser sur la place publique leurs petites affaires de coucheries !

Ah ! y sont beaux, la main sur le cœur dans tous leurs foutus théâtres de France, à nous farcir de viande pas fraîche leur rôle d’interprète en tous genre.

Ah ! y sont beaux à sauver le monde avec leur Mozart, leur Molière, leur emplumage de cinéma d’auteur populaire à tiroir caisse.

C’est que ça va tous se dépêcher de mettre leur téléphone à jour - leur pacemaker à vie - et pis accepter tout encore, tout comme des chiens pour retrouver leur liberté surveillée, un bracelet à la cheville, dans le crâne, partout !

Et nous ( parce qu’y en a aussi, faut pas croire), qui nous battons vraiment, bêche en terre, cœur sur la main, poème au lèvre ! eh ben nous on est éteint sur place, privé d’espace à parole, ligotés par les frérots, les petites fiertés qu’on rien à faire chez les sauvages courageux poètes ! comme si on avait besoin de ça, tiens ! Au lieu d’avoir des gugusses assumés qui portent la parole de tout le monde, d’avoir des biens courageux qui élèvent la voix, le cœur, la raison, la pensée, tout, eh ben, croyez-moi si vous voulez, y se dépêchent d’aller cogner de la casserole à leurs fenêtres en attendant bien sagement d’aller dégourdir dans la cour de la sûreté leur cervelle de lâche, bien contents de retrouver leur liberté de chimpanzés de Vincennes, leur rôle d’interprète du monde, de défenseur des femmes, et de tout ce qui passera sous la main de trucs faciles et pas chers (ah ! je les entends déjà, scandalisés par mon déversoir !).

Mais quand y s’agit de mettre l’âme en première ligne dans le cambouis de la dictature refoulée, là y’a plus personne.

Plus de petit cul en robe longue, de dents blanches à nœud papillon.

Ça préfère manger dans la main du cogneur comme un chien déjà trop gras.  

Ça pleure Avignon et ça vote Macron « parc-que-le-fascisme-ne-passera-pas-par-moi ».

Ça trafficotte de la pensée molle et du courage de basse-cour.

Ça sait même plus ce que c’est qu’un artiste. Même un tout petit comme moi.

Ça sait même plus ce que c’est qu’un poète. On préfère le ranger chez les aigris, les ratés. Bien commode…

Peut-être bien même que ça sait même plus ce que c’est que la vie !

En prenant la posture de l’artiste, ça en a pris la place !

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