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A quoi rêvent les jeunes qui se manifestent contre la loi travail ?

Quelle place pour le rêve dans la colère exprimée dans les rues dernièrement ? Les rues et places rennaises sont témoins d’une mobilisation construite par une jeunesse, depuis les mouvements contre le projet de loi El Khomri. Un tiraillement de plus en plus vif entre des réalités et des aspirations ultimes : la lutte devient nécessaire. Rencontres à la Maison du peuple occupée à Rennes, le 11 mai.
  1. « Je rêve d'une société plus juste, plus de justice dans la société. Un système équitable sans discrimination avec une économie plus juste et où tu ne serais pas rabaissé par une grosse entreprise, où tu travaillerais pour ton plaisir. Une fois que la société va mieux, une fois que les gens autour de toi vont mieux, tu ne peux qu'aller mieux, je pense » Inès, 22 ans

  2. « Je rêve d’aller sur Mars, ça me triperait, histoire de voir à quel point le monde est différent, la gravité y est différente, l’air est différent, tout ça tout ça. L’ouverture aussi. Il y ferait hyper froid et on se ferait un peu chier à mon avis… Ce serait pour l’exploit et le rêve de gamin ! » Arthur, 25 ans

  3. « Je ne rêve pas beaucoup et je ne me rappelle pas de mes rêves, en général. Mais sinon... des licornes qui se font porter par des papillons ! Mon rêve le plus fun, c'est avec un arc-en-ciel, une licorne en plein milieu qui se fait porter par des papillons parce qu'elle n'arrive pas à voler ! Je pense que c'est en relation avec la liberté parce que je n'ai pas assez de liberté ! Les papillons sont multicolores comme l'arc-en-ciel ! » Raphaël, 25 ans

  4. « Je rêve d'un monde meilleur où on serait tout le temps un peu comme ici (ndlr. Maison du peuple occupée). Des gens qui parlent, où on se dit bonjour comme tu viens d'arriver vers moi, genre "salut, ça va ?" et voilà. Où on arrête de se snober dans la rue, où on arrête de regarder comment l'autre est sapé ; si il est plus ou moins riche que moi, si il a plus ou moins la classe que moi ; si c'est plus ou moins une fille parfaite que moi. Juste à un moment donné, un monde comme ça où on discute, où on redevient humain et un peu moins des objets de la société : des petits pions péteux les uns envers les autres et un peu plus des gens "humains". Des gens qui rigolent et qui ont envie de partager des choses, des connaissances et des envies, des projets aussi. Y a plein de projets ici, qui sont en train de se monter et je pense que c'est ce à quoi on rêve tous ici » M.-J. 21 ans

  5. « Je rêve d’un monde où on est égalitaire, où on n’est pas obligé… Un monde égalitaire, ça résume pas mal les choses, ça englobe beaucoup de choses dedans. C’est quelque chose d’assez commun. C’est un monde où on n’est pas obligé de travailler pour survivre et qu’on puisse vivre même naturellement. Qu’on ne soit pas obligé d’avoir ces notions de revenus qui vont avec le système, qu’on ne soit pas tenue et maintenue et obligé de faire par ces conditions de travail.Toujours travailler plus pour juste survivre, en fait, pour des conditions où tu travailles dur, juste pour vivre en fait et pas pour bien vivre, pour vivre correctement, juste pour survivre. Voilà. Pouvoir vivre tranquillement en fait. Etre libre » Thomas, 24 ans

  6. « Mon rêve à moi, dans l’immédiat, ce serait de me faire publier car j’écris des nouvelles illustrées auxquelles je tiens beaucoup. Pour l’instant, j’en ai deux qui sont écrites. Je compte en faire un recueil de quatre. Ça me prend beaucoup de temps, forcément, une trentaine de pages soit une quinzaine d’illustrations à chaque fois : des illustrations en pleine page d’un côté et le texte de l’autre. J’aimerais bien que ce soit publié car j’y tiens. C’est très dystopique, dans le climat ambiant, ça correspond bien. Ce sont des tranches de vie de personnes fictives, dans un univers où il n’y aurait plus de lois. J’ai essayé d’imaginer un univers qui ressemble à un univers à la Sin City, où il n’y a plus aucune loi, plus aucune police, il n’y a plus de poursuite. J’écris à la première personne, donc c’est comme si on les suivait en direct, en quelques sortes. C’est pas mal trash, il faut l’avouer ! C’est très personnel, mais c’est pour moi, une façon d’extérioriser un peu la colère. Donc, ça ne raconte pas vraiment, ça se passe dans le même univers mais ça raconte à chaque fois des personnages différents. J’ai quatre personnages. La première, c’est une tueuse à gage. Le deuxième c’est un schizophrène qui est complètement perdu dans un monde qui s’effondre. Lui avait déjà du mal à s’intégrer, enfin à avoir une structure dans un monde relativement structuré et alors qu’il n’y a plus aucune structure, il est absolument perdu. Le troisième, c’est beaucoup plus innocent, du coup ça met une rupture assez intéressante. C’est un enfant qui en se promenant dans la rue, rencontre un cadavre, est complètement émerveillé. Il ne comprend pas le concept de mort. Il voit juste un corps qui ne bouge plus. Il essaye d’assimiler ce concept. Le quatrième, il est en écriture donc pour l’instant je ne peux pas en dire plus. Je ne sais pas encore où ça va aller » Maxens, 26 ans

  7. « J’ai un idéal que partagent beaucoup de gens après comment on le met en place... Je pense qu’ici on est plutôt dans l’autogestion, dans l’arrêt du capitalisme, juste changer la société de façon très très profonde. Ça libère les gens toutes les formes d’oppression seraient mises à balle, pas seulement au niveau de la police mais toutes celles qui existent : le sexisme, le racisme… Ce genre de choses-là. Juste réorganiser les gens en fait, que les gens se remettent à parler, à habiter leur quartier, à habiter leur campagne, s’approprient leurs outils de travail et ne travaillent pas pour des corporations ou des actionnaires, mais travaillent pour eux-mêmes, pour alimenter l’autogestion. Pour moi, ce serait de vivre à la campagne, d’avoir un petit jardin, un potager, quelques biquettes, quelques poules, enfin voilà. Etre avec mes ami-e-s en lieu collectif et se soutenir et s’organiser à plusieurs, c’est ça un peu près » Camille, 26 ans

  8. « J’ai plein de rêves ! J’en aurais peut-être deux : un court et un plus long. Le premier ce serait de réussir ma vie, d’être heureux et de rendre les gens heureux autour de moi, que je connais et que je peux côtoyer. Sinon, autrement, pour moi plus personnellement, c’est réussir dans ma vie, réussir dans le dessin, pouvoir publier de choses et pouvoir m’exprimer librement, donner un peu la vision du monde que j’ai et de la montrer aux gens. Pour moi, globalement, d’une, ça me permet de m’exprimer, donc c’est une sorte de vecteur de soulagement, d’une certaine manière. Le partager parce que c’est une vision des choses que j’ai et que j’ai envie de partager. Montrer ma vision des choses, pour moi, c’est important et c’est ce que fais n’importe quel artiste depuis le début. J’aime bien la création, c’est surtout ça. Le côté créatif pour créer quelque chose de rien, juste de ma tête et de mes mains. Cela se rapproche un peu aussi de l’artisanat, d’une certaine manière. J’aime bien ce côté-là, rapprocher la technique à l’intellectuel, raconter des histoires aussi, ça a toujours été mon credo quand j’étais petit. J’ai toujours écouté des histoires, lu des histoires, vu des histoires, voilà. Je pense que la lutte, elle est tout le temps là. N’importe quel artiste qui montrera sa vision du monde, ce sera toujours une lutte, parce que cette vision des choses permettra aux gens d’ouvrir les yeux sur certaines choses qui ne verront peut-être pas par eux-mêmes. Alors moi, c’est vrai, je suis peut-être dans un côté un peu plus poétique, c’est une confrontation des mondes adultes et enfants. Ça a été quelque chose qui m’a toujours étonné, de confronter ces deux idées. C’est très très proche, il n’y a pas vraiment de barrière entre les deux, à part peut-être la violence et les choses comme ça. En dehors de ça, j’ai pu lire des choses très adultes quand j’étais petit et qui m’ont énormément formé dans ma vision des choses, ça me parait important de pouvoir faire ce genre de choses » Clément, 26 ans

  9. « Je rêve d'un meilleur avenir que ce qui nous attend. Je pense que si je vois que ça va pas, partir à l'étranger, plutôt. Pour un monde meilleur, il faudrait que les riches soient moins riches et que les pauvres soient moins pauvres. Au final, les pauvres se tapent sur la gueule. Le mec qui t'agresse pour te prendre ton portable dans la rue, par exemple. Je rêve d'être heureux dans ma vie et dans ce que je fais, me lever le matin en me disant que j'aime ma vie, ne pas tirer la gueule en allant au boulot, quoi. En aidant les autres, dans le social, plus » Camille, 19 ans

  10. « Je rêve de réussir ma vie. Avoir un job, une famille ! Réaliser mes rêves, réussir ma vie ! Etre heureux ? Non, je ne pense pas, en soit, quand les gens connaissent le bonheur, ils ne savent ce que c’est le bonheur. Voilà. Je dirais, que les gens soient moins cons et que du coup, il y ait la paix dans le monde, que les gens réagissent à la famine et à la pauvreté. Voilà. Qu’on arrête d’être individualiste et de penser que l’argent, faut en avoir plein pour être heureux et plein sans que les autres en ont ! » Ségolène, 23 ans

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