Du 1 avril 2022 au 30 novembre 2022
- Trois‿a, Toulouse- IPN, Toulouse- Blauer Montag, Toulouse- La Cave Poésie, Toulouse- La Maison Salvan, Labège- Lieu-Commun, Toulouse
Programmation détaillée sur www.camisoledefrance.net
En 2022, la République Française louche sur 1962, date de la fin de la guerre d'Algérie. Cet anniversaire coïncide étrangement avec la campagne présidentielle : un précipité de nationalisme où la citoyenneté et l'idéal de peuple souverain s’accordent avec des discours identitaires et un racisme décomplexé. Violences policières, justice d'exception, chasse aux étrangers, aux migrants et aux pauvres, regain des thèmes sécuritaires dans une presse à gros sous : ces quelques ingrédients semblent resurgir des crimes du passé colonial français, dont les méthodes ont été peu à peu recyclées dans la société civile pour structurer la politique, le travail, la police et la presse. Dans ce contexte, les gestes du gouvernement actuel envers l'Algérie se multiplient et se contredisent tant ils sont pris dans des intérêts économiques qui tentent de ménager le nouveau président Abdelmadjid Tebboune en même temps que la société civile du Hirak.
Deux des candidats d'extrême droite qui prétendent diriger le pays ont un lien avec le passé de la guerre d'Algérie. Ils sont aujourd'hui les influenceurs de la campagne présidentielle et leur nationalisme infuse jusqu'à une partie de la gauche. La première a repris le parti de son père, qui a pratiqué la torture lorsqu'il était chef de section du 1er régiment étranger de parachutistes en Algérie. Le second, issu d'une famille juive d'Algérie, défend les bienfaits de la colonisation française, pétri de thèses racistes héritées de la théorie du « primitivisme » fondée par Antoine Porot, Jean Sutter et d'autres au sein de l'École psychiatrique d'Alger dans les années 1930 et postulant une soi-disant différenciation biologique entre « l’indigène nord-africain » et « l’homme occidental évolué ».
CAMISOLE DE FRANCE traduit une situation de repliement suicidaire qui n'est pas le problème de l'Algérie contemporaine mais de l'hexagone aujourd'hui, en prise avec une forme de délire. L'expression « camisole de France » surgit au détour du récent documentaire de Mehdi Lallaoui (Sur les traces de Frantz Fanon, 2021) dans un lapsus d'Alice Cherki, psychiatre, psychanalyste, essayiste, interne auprès de Frantz Fanon à l'hôpital psychiatrique de Blida-Joinville où il prend ses fonctions en 1953. À la vingt-quatrième minute du documentaire, Alice Cherki prononce l'expression « camisole de France » au lieu de « camisole de force » pour rappeler les sévices qu'infligent les psychiatres de « l'école d'Alger » aux patients de l’hôpital.
Ce qui nous mobilise dans la situation actuelle n'est pas une théorie unique contre la colonisation ou le nationalisme, au sein de laquelle nous serions installés et unis. En s'intéressant avant tout à la singularité d'œuvres et à des artistes, des années 1950 à aujourd'hui, d'un côté ou de l'autre de la Méditerranée, d'ici ou d'ailleurs, CAMISOLE DE FRANCE tente de traverser ce moment glauque de glorification du chef d'une Ve République née en pleine guerre d'Algérie. Selon cette perspective, CAMISOLE DE FRANCE rend compte d'une conflictualité à même l'art et rencontre des conflits politiques sous-jacents à la politique coloniale française, en particulier la guerre d'Algérie. Dans une ville comme Toulouse, où les voix bourgeoises et réactionnaires l’emportent, la création contemporaine est réduite à peau de chagrin. Dans ce contexte, une cohorte de lieux déterminés organisent des expositions, des projections et des lectures pour tenter de se défaire de la logique de la violence inhérente à cette camisole de France.
E.C.
Programmation : Étienne Cliquet, Jérôme Dupeyrat, Julie Martin et les lieux associés
Plus d'informations sur www.camisoledefrance.net
Coordination : Trois‿a