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TOUR DE FRANCE : LA FOLLE JOURNÉE DU MINISTRE AU MONT-VENTOUX

Invité à suivre l’étape mythique du Mont-Ventoux dans la voiture du directeur de la Grande Boucle, le ministre parviendra-t-il à sauver son fauteuil ? Une fiction politique à ne surtout pas prendre au sérieux.
  1.  L’idylle entre la petite reine et la littérature remonte aux origines du vélo. L’Odyssée des champions est intimement lié au talent stylistique de ceux qui chantèrent leurs louanges. Maurice Leblanc, Alfred Jarry, Albert Londres, Roger Vaillant, Antoine Blondin, Dino Buzzati, Gabriel García Márquez… Éminent est le gruppetto d’écrivains inspiré par les exploits des coureurs. En Homère des temps modernes, ils ont senti combien la dramaturgie des compétitions cyclistes filait la métaphore de la condition humaine et des rapports sociaux. 

     À l’apparition du direct télévisé, la source littéraire s’est toutefois tarie. En ce domaine, rares sont désormais les tentatives visant à s’affranchir de l’hégémonie de l’image. Aussi est-il curieux de découvrir, en cette rentrée littéraire coïncidant avec le Tour de France, un roman dont un bon tiers a pour cadre l’étape mythique du Mont-Ventoux. 

     L’intrigue se noue autour du 14 juillet sous une température caniculaire. Il y a là un trio insolite composé d’un ministre sur la sellette, d’une journaliste prête à tout et d’un stagiaire ambitieux. Les trois se trouvent plongés au coeur d’un imbroglio politico-médiatique que seules pourraient dénouer les circonstances de la course. Chacun a rallié le sommet par un moyen à sa mesure : l’un a pris place dans la voiture écarlate du directeur du Tour; l’autre est à bord d’un camping-car; et le troisième ira à pied par un sentier balisé. Sous ce triple points de vue vont s’enchaîner les péripéties d’une étape dont l’issue conditionnera le sort des personnages. 

     Sur la toile de fond de la Grande Boucle alternent les scènes bucoliques et cocasses, poignantes et dramatiques. Tour à tour, le lecteur assiste au dépôt des objets de la liturgie au pied de la stèle de Tom Simpson, à la découverte du Mont-Ventoux telle la ruine exorbitante d’un dolmen cosmologique, aux peuples attablés qui fraternisent et ripaillent, au calvaire des coureurs sous leur casque strié en noyau de pêche, au coup de force d’un baraqué tentant de stopper net l'échappée victorieuse… 

     Ce court récit narre par le menu la quête ascensionnelle de trois individus pour qui la rencontre avec le Mont-Ventoux agira comme un révélateur. Sur chacun d’eux plane l’ombre émouvante d’un des premiers conquérants du haut-lieu, Pétrarque en 1336, suivi en esprit par Roland Barthes, à qui appartient le plus beau mot qui fut peut-être dit sur le sujet et que l'on aurait bien vu en exergue de ce bouquin : « Ulysse avait atteint plusieurs fois les portes de la Terre. Le Tour, lui aussi, frôle en plusieurs points le monde inhumain : sur le Ventoux, on a déjà quitté la planète Terre, on voisine là avec des astres inconnus. » 

     Mais ce récit est aussi une oeuvre de politique-fiction qui dresse par petites touches, sur le mode satirique, un réquisitoire contre le mépris dans lequel les dirigeants de notre pays tiennent les questions sociales. On y retrouvera sans peine les protagonistes d’une actualité bégayante. Entres autres le président du Groupe Peugnault qui n’a pas trouvé mieux qu’une veille de Fête nationale pour annoncer la fermeture de son usine historique. Et un ministre du travail dont l’incurie, pointée du doigt par la presse, l’incite à échafauder une parade digne d’un vaudeville. 

    Entre ironie douce-amère et candides attendrissements, ce conte moderne offre une version décapée du triomphe de la société du spectacle sur le théâtre politique. En trois jours et trois tableaux, le triangle à la française revisité va mettre à jour les ressorts d’une mystification qui s’opère sous le regard croisé des protagonistes du café du commerce et des ouvriers sacrifiés. 

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