docteure TEÜPHELLE
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Portfolio 14 juil. 2021

LE PARAVENT - LA PIÈCE

de mauvaises blagues - augmentées de sinistres farces - jeux de con(e)s [en]fermé(e)s dans du mauvais théâtre : des pièces closes - avec plein d'actes, beaucoup de maux, mais sans rien faire ... et c'est jamais terminé

docteure TEÜPHELLE
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

  1. ACTE PREMIER

    Chez le malade - irruption de la maladie

    SCÈNE PREMIÈRE - LE MALADE, LE JOKER

    Le malade a genre 45-50 ans, il est blond tirant sur le roux, au début avec une bedaine et d'énormes lunettes culs de bouteille - il a perdu connaissance au beau milieu du salon et se réveille avec la musique à donf de Dalida - Gigi l'amoroso, qu'il arrête quand il reprend connaissance

    Sa maison est très vivante, il y a du bazar, plein de livres, des journaux, des cartons (divorce récent), bibelots, des bouquins partout en vrac, en piles sur les étagères à moitié remplies et de la musique, beaucoup (des CD partout), des tonnes de DVDs …et il a aussi un chat (noir) qui lui pédalait dessus quand il était par terre dans les choux  - la pièce est assez obscure, les volets baissés avec qu’une ampoule nue de plafonnier et une lampe de chevet d’allumées 

    Pancarte à côté de la sonnette :  FORRÉ, et sur des cartons - c'est son nom (il ne pourra jamais l'épeler en entier)(il a pas de prénom ...)

    Le JOKER, inquiet, accroupi à ses côtés porte un sweat marqué JOKER aux couleurs des LGBT (voir photo à la fin) : J rouge, O orange, K jaune, E vert, R bleu (suivi d'un double point) avec en dessous LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ (en bleu/blanc/rouge, sur 3 lignes), avec une poche kangourou et une capuche (cf. la Mort dans le Septième Sceau, de Bergman) - sinon il est chauve, a une expression impassible/indéchiffrable, et un fond de teint très pâle - ne remontera sa capuche qu'à la toute fin de la pièce (sweat donc noir)

    LE MALADE

    Qui suis-je ?

    Il se relève maladroitement - le chat, qui était sur lui, s'enfuit - et titube dans la pièce, perplexe - on entend en même temps : Gigi, c'est toi là bas dans le noir ? - il essaie d'attraper la télécommande pour couper la musique, avec difficultés : le Joker la lui prend et éteint la chaîne

    JOKER

    T'es naze

    LE MALADE

    Où suis-je ?

    JOKER

    T'es dans la merde

    LE MALADE

    Pourquoi mon bras droit ne marche plus ?

    JOKER

    T'as fait un AVC

    LE MALADE, confus

    Faut que j'appelle le SUMA

    JOKER

    Le SAMU imbécile (d'une traite)

    Le malade prend son téléphone fait maladroitement un numéro à deux chiffres, on entend le répondeur (voix mécanique) : si vous appelez pour avoir le numéro du médecin de garde tapez 0 - si vous appelez pour une urgence tapez 2 - si vous appelez pour un pompier tapez 1 - si vous appelez pour louer un film de cul tapez 4 - si vous appelez pour commander une pizza tapez 5 - pour consulter le solde de votre compte tapez 9 - si vous vous êtes trompé(e) de numéro tapez 3 - pour vous abonner à Canal tapez 8 - si vous ne savez pas pourquoi vous appelez tapez 6 – pour une toute autre raison tapez 7 - si vous appelez d'un poste fixe ça va vous coûter cher aussi - si vous ne voulez plus entendre ce message tapez bémol, après avoir enregistré votre message tapez astéroïde ; le malade reste coi et de toute façon le téléphone raccroche tout seul très vite avec la tonalité occupé même si le joker lui souffle : tape le 2 tape le 2

    Il recommence - le joker lui crie cette fois-ci de taper le 2 et lui montre deux doigts en forme de V - il le fait, et ça décroche enfin - on entend un message (voix aimable d'aéroport) : veuillez vous munir de votre carte bancaire et de votre code secret, en boucle - la secrétaire à l'autre bout (au SAMU) finit par le prendre, ça fait coin-coin (avec une tonalité très aiguë, " féminine ") quand elle prend la communication en décrochant son combiné - rose bonbon avec des paillettes - elle est permanentée, maquillée jusqu'aux ongles qui crissent sur le combiné, elle met FORRÉ sur haut-parleur ; tou(te)s au SAMU, désœuvré(e)s, au milieu des tasses à cafés, l'écoutent lui répondre en se faisant des gestes de satisfaction, en souriant comme de bonnes blagues et de plus en plus largement (voir la description du local du SAMU dans les commentaires)

    SCÈNE DEUXIÈME - LE MALADE, LE JOKER, LA SECRÉTAIRE DU SAMU, LE RÉGULATEUR, LES AUTRES MÉDECINS

    LE MALADE, essayant de sortir sa carte bleue

    Allô le SAMU ?

    LA SECRÉTAIRE DU SAMU, du tac au tac

    Non c'est le SUMA !

    JOKER, au public

    Je vous l'avais dit

    LE MALADE, sur sa lancée

    Allô le 15 ? (aucune réponse - la secrétaire lève la main à l'intention des autres) Je vous appelle parce que je crois que j'ai perdu connaissance !

    JOKER, inquiet

    Houlala il est trop savant-croyant-perdu, ça va mal [se] passer

    LA SECRÉTAIRE DU SAMU, glaciale

    Monsieur, si vous ne savez pas ce qui vous arrive, nous avons des urgences dont nous nous occupons (rires des médecins)

    JOKER, au public

    Je vous l'avais dit

    LE MALADE, hésitant (après un temps d'arrêt)

    Excusez-moi je crois ...

    LA SECRÉTAIRE DU SAMU, péremptoire

    Monsieur, il faudrait que vous sachiez pourquoi vous nous appelez (s'adressant aux autres à voix plus basse) - tant mieux pour lui s'il croit en quelque chose (en minaudant - rires étouffés des toubib(e)s derrière)

    JOKER

    Je vous l'avais dit - non mais ils se MOQUENT des malades

    LE MALADE, élevant un peu la voix, mi-vexé mi-inquiet

    Je pense que j'ai fait un AVC !

    LA SECRÉTAIRE DU SAMU, mécaniquement sentencieuse

    (sur son écran d'ordi s'affichent le numéro de téléphone 06 66 66 66 66 et le nom du … patient en grand)

    (levant la main) Monsieur, c'est bien pensé d'avoir des idées, mais nous ne savons même pas votre nom ni qui vous êtes ni ce que vous [nous] faites … si vous appelez d'un numéro mobile, pour situer le problème vous devez donner vos nom(s), prénom(s), sexe, origine ethnique, date et âge du capitaine, lieu et pays de naissance, (jetant un œil sur une liste), situation de famille/statut marital/nombre et quantité d'enfants si vous avez, si vous êtes propriétaire d'une adresse physiquement valide et d'une boite avec des mails (survolant sa liste), demeurez-vous chez vous ou créchez-vous chez vos parents, ou confiez-vous vos corps et âme à des personnes de confiance, lesquelles, combien, où, pourquoi ? Vous a-t'on déjà prévenu par exemples que vous êtes fou-aliéné, traité de maniaque-paranoïaque, d'autiste-hystérique, de dépressif-mythomane et/ou de borderline/schizophrène ? (pause après ça, pendant que Forré est interloqué, abasourdi) ... (puis elle continue, sur sa lancée) Avez-vous une ou des activités professionnelles et un ou des avis d'impositions si vous payez, des aptitudes particulières ou spécifiques, des habitudes et une hygiène de vie, un ou des loisirs, fonction du poids/de votre hauteur/de l'IMC ; (lisant la liste) il me faut les détails de vos antécédents familiaux ascendants et descendants ainsi que personnels, l'histoire de la maladie et des troubles allégués, aigus et/ou chroniques, le diagnostic ou les, les traitements suivis ou pas - pourquoi ou pourquoi pas, les effets secondaires reconnus, improvisés ou imaginés - voire imaginaires - vous buvez de l'alcool ou d'autres substances toxiques, du tabac, pourquoi, combien ? Vous avez de la température ou bien de la fièvre, combien/jusqu'où - si vous n'en avez pas il faut nous dire jusqu'où ça descend aussi ; présentez-vous une ou des douleurs, combien de 0 à 10 ; un ou des handicaps et de quoi (ton glacial), au maximum, une ou des invalidités, où et combien ; à tout hasard on vous a donné l'aide médicale gratuite (soupir), la CMU (soupir) ? ... Ou bien (ton plus enjoué, note d'espoir) vous disposez d'une mutuelle, voire, d'une ou de plusieurs assurances-vie et accidents de - dont nous nécessitons les copies des contrats (lisant attentivement sa liste), ainsi que les photocopies de vos coordonnées bancaires assorties de vos trois derniers relevés de chacun de vos comptes - mieux, sur les trois dernières années civiles ... Pour vous prendre éventuellement en charge, nous devons avoir les coordonnées exactes et complètes (insistante) de votre Docteur (se rengorgeant) référent ou référente, ses numéros RPPS et ADELI, savoir si c'est un spécialiste (admirative) … ou rien qu'un, ou qu'une généraliste (méprisante) ... Avez-vous au moins enchaînés tous les dépistages obligatoires, combien, quand ? Les vaccins et rappels obligatoires et facultatifs sont-ils à jour, depuis quand, combien ? Avez-vous transmis à qui de droits vos prélèvements sanguins ou autres, subis des examens, quand, combien, pourquoi, vu(e)s des spécialistes, lesquels ou lesquelles, de quoi, combien ? Avez-vous déjà communiqué avec des guérisseurs ou des guérisseuses, avec ou sans Diplômes, avant ou après ? Êtes-vous passé par des hôpitaux ou des urgences, quand, où, pourquoi, combien ? Vous avez pris des médicaments ou d'autres substances toxiques, pourquoi, pour qui, quand, combien ? Vous présentez des rougeurs, voire des marbrures ou même des plaies-blessures ouvertes, des tumeurs ou des boutons, combien, voire des allergies, à quoi, à qui, de formes et configurations différentes - vous avez des photos, des vidéos ? Vous êtes-vous rendu à l'étranger dans d'autres pays ou ailleurs dans le territoire national, quand, combien, pourquoi ? Vous avez mangé et/ou bu, vomi, quand, combien ? Et pour le dossier il faut (consultant toujours sa liste, elle pointe des lignes à la fin) un extrait de votre casier judiciaire - le n°3 et sinon le n°2 - et si vous êtes un homme, celui de votre grand-père, aryen c'est tout bon, ainsi que votre code génétique complet, étant donné que nous codons les actes … Puisque vous croyez que c'est urgent, puisque personne ne veut vous amener, pouvez-vous vous conduire en personne, avec toutes vos pièces, sans oublier votre carte bleue - sinon, de quelle couleur est votre Carte Vitale, si vous l'avez sous la main, Monsieur Forêt ?

    JOKER

    Verte, la main, quand on la reprend - quel maton baveur !

    LE MALADE, noyé, et affolé

    Mais Madame, mon bras droit ne fonctionne plus bien !

    LA SECRÉTAIRE DU SAMU, imperturbable

    Oui, je suis le bras droit du Docteur (fièrement, avec un sourire aguicheur au médecin régulateur) - Monsieur ne soyez pas agressif je ne fais que mon travail (d'une traite, sèchement)

    JOKER

    De police

    LE MALADE, paniqué, s'écriant en prenant " les cieux " à témoin

    Je suis tombé dans les pommes et maintenant mon bras ne marche plus !

    LA SECRÉTAIRE DU SAMU, vexée

    Je vous passe Le Docteur (appuyant - sèchement) (elle raccroche brusquement-bruyamment son combiné et passe la communication au régulateur, ça fait un coin-coin féminin chez elle - masculin chez le régulateur) - (aux autres derrière, énervée) je suis bonne poire !

    Elle relit sa liste, en colère, la corrige un peu au crayon, et les autres se moquent d'elle derrière son dos

    SCÈNE TROISIÈME - LE MALADE, LE JOKER, LE MÉDECIN, ET LES AUTRES TRAVAILLEUR(SE)S DU SAMU - ET UNE AUTRE URGENCE AU TÉLÉPHONE À LA FIN

    La lumière s'allume sur le médecin régulateur, pieds sur son bureau, stéthoscope autour du cou (il tape sur son bureau avec son  gros marteau de temps en temp, et joue aussi avec l'interrupteur de sa lampe frontale) ; le malade est évidemment toujours sur haut-parleur, tou(te)s écoutent la conversation, et quand il prend la communication - en décrochant le combiné de son très gros téléphone rouge rutilant de forme phallique - ça fait donc un gros coin-coin très mâle (et voir la description du local du SAMU dans les commentaires à suivre)

    LE MÉDECIN, se rengorgeant

    Ici c'est Le Docteur - (rigolard) alors, vous nous racontez être tombé dans les pommes ? (il tape un grand coup avec son gros marteau à réflexes sur son ballon de foot sur son bureau, rires derrière lui)

    JOKER

    C'est un métier où on se fend pas la poire pas tous les jours

    LE MALADE, soulagé

    Ah, Docteur ! Oui, je crois que j'ai perdu connaissance ...

    JOKER

    Et voilà qu'il recommence à être chou !

    LA SECRÉTAIRE DU SAMU, avec un rire étouffé

    S'il croit en Dieu il a pas besoin de nous (les autres ne rient pas ou peu parce qu'elle l'a déjà faite et qu'ils écoutent le toubib, et elle sera encore plus vexée)

    LE MÉDECIN, à nouveau sérieux

    Monsieur, si vous nous appelez vous n'avez pas pu tomber dans les choux

    Fin des rires derrière-atmosphère de suspense, le toubib a fait un signe de la main (il l'a levée un peu en forme de salut - oui, un peu comme un salut hitlérien) aux autres derrière, pour qu'ils écoutent la suite

    JOKER, au public

    Je vous l'avais dit !

    LE MALADE, scié

    Mais ... j'ai un problème avec mon bras droit aussi

                                                                                                        LE MÉDECIN,

    sur le ton de la confidence, avec à nouveau son salut de la main et un coup d’œil en coin vers la secrétaire, son bras droit

    Mais, qui n'en a pas, Cher Monsieur, ah ça, on est si mal servi de ce côté-là ! (il se tourne vers la gauche et vers la droite, mais la secrétaire est derrière lui, écoutant la conversation et de plus en plus vexée) (puis à nouveau " doctoral ") Vous n'avez pas de problème de mémoire, vous vous rappelez être tombé dans les pommes et les choux mais ce n'est pas de la marmelade : cela ne peut donc pas être un AVC !!! (il termine d'un ton triomphal) Il faut arrêter de tout mélanger, quelle déconfiture ! Vous nous faites des farces ...

    JOKER

    C'est le Docteur Dindon qu'il s'appelle, ma parole !

    LE MALADE

    Mais je croyais ... (la secrétaire lève la tête, se gausse plus fort que les autres et gesticule en criant : en Dieu ? en Dieu ? mais personne ne l'écoute plus, elle est rondement outrée)

    LE MÉDECIN, péremptoire

    Ne croyez rien, Cher Monsieur : Nous  sommes là pour vous rassurer, vous pouvez dormir tranquille ! (il est midi, les douze coups sonnent pour la grande oije de la secrétaire, qui se signe) (il s'essuie théâtralement le front pour amuser ses collègues, genre je m'en suis débarrassé)

    JOKER, scandalisé

    Comme eux

    LE MALADE, indécis

    Peut-être que je devrais aller aux urgences, quand même ?

    LE MÉDECIN, sursautant, laissant tomber ses pieds du bureau

    Ah ça non Monsieur, je vous le déconseille fortement ! Vous allez attendre au moins six heures, et ils vont vous renvoyer chez vous ! Vous con-prenez, ils sont déjà surchargés de bouleaux !

    Le malade reste coi, perplexe

    JOKER

    En nez fait l'important est de bien les consprendre !

    LE MÉDECIN, insinuant

    Et d'ailleurs, comment vous allez faire ? Puisque vous ne vous sentez pas bien ?

    LE MALADE, faiblement

    Je peux appeler un taxi ...

    LE MÉDECIN, inspiré, réfléchissant

    Mais, peut-être que vous vomissez un peu, le taxi va vous refuser, au minimum vous übertaxer, allez, il vaut mieux vous reposer (ironique) patiemment chez vous - vous savez, aux urgences, il y a des passages ad nauseam et vous ne resterez pas rassuré ... (ton doucereux)

    Pendant ce temps on voit le malade se décomposer de plus en plus

    JOKER

    C'est ce qui s’appelle avoir de l'empathie

    LE MALADE, faiblement encore

    C'est vrai, j'ai un peu la nausée ...

    JOKER, dégoûté

    Ça c'est bien vrai

    LE MÉDECIN, reprenant espoir

    Peut-être que vous buvez de l'alcool, un peu, Monsieur ?

    JOKER, écœuré

    Et merdre

    LE MALADE

    Euh ... c'est-à-dire que hier soir, oui, j'avoue, j'ai bue une petite bière, c'était samedi

    LE MÉDECIN, " rassurant "

    Ah vous voyez bien, l'alcool !!! Et le dimanche, c'est fait pour se reposer !

    La secrétaire se bidonne derrière, tout le monde la scrute, elle (re)fait un signe de croix

    JOKER, ironique

    Mon dieu ! Mais t'as qu'à croire !

    LE MALADE, faiblement

    Mais, Docteur, vraiment, je ne me sens pas bien ...

    LE MÉDECIN, idem, bonasse, allumant-éteignant sa lampe frontale

    Allons, allons, vous nous faites une petite dépression saisonnière !

    JOKER

    ll va lui faire le coup du stress, aussi !

    LE MALADE

    Non, je vous dis qu'il m'est arrivé quelque chose, je me suis réveillé d'une perte de connaissance et mon bras ne fonctionne plus bien, il est bizarre

    LE MÉDECIN, s'énervant

    Monsieur, vous savez, le stress ...

    JOKER

    Je vous l'avais dit

    LE MÉDECIN, confident

    ... Peut vous jouer des tours, vous savez (appuyant)

    JOKER

    Y a pas que le stress

    LE MALADE, désespéré

    Mais qu'est-ce que je vais faire moi, maintenant ?

    LE MÉDECIN, triomphant

    Mais vous pouvez toujours appeler votre médecin traitant demain, Monsieur

    JOKER

    Et l'Empereur de Chine, aussi ! (à ce moment, il ‘y a un coin-coin qui résonne par erreur, le régulateur s'étant appuyé d'un coude nonchalant sur son téléphone en prononçant sa réplique)

    LE MALADE, désespéré, pour lui-même

    Je pensais que vous vous occupiez des urgences, moi !

    JOKER

    Bien vu, coco

    LE MÉDECIN, coléreux-rique, criant presque

    Dites, Monsieur, c'est à nous de juger ce qui est urgent, Monsieur !

    JOKER

    Va te faire éduquer, hé !

    LE MALADE, toujours pour lui-même

    Qui suis-je ? Qu'est-ce que je peux faire ?

    JOKER

    Mon pauvre coco, là, t'es un faire-valoir pour ces vauriens, tu vaux rien

    LE MÉDECIN, énervé

    Dites, Monsieur, vous nous appelez, vous êtes un peu alcoolisé, vous ne savez pas très bien ce qui vous arrive, nous avons du bouleau !

    Le malade reste coi

    JOKER, désolé

    Et c'est pour cela Cher Monsieur que ta sœur est muette ...

    Pendant ce temps bien sûr on voit le malade se décomposer toujours plus ; le joker va chercher une barque derrière le local du SAMU

    LE MÉDECIN, reprenant - en allumant/éteignant sa lampe frontale

    Vous allez vous reposer ... 

    JOKER, ironique

    ... Comme eux ...

    LE MÉDECIN, méprisant

    ... Et si demain vous vous sentez encore " bizarre " (ton moqueur), vous irez voir votre médecin - quelqu'un peut vous y emmener, non ? (insinuant) Demain c'est lundi, et sinon vous aurez bien de la famille, des amis et des amies ... (ironique) ... Qui pourront vous aider, non ?

    JOKER

    Il veut des noms ?

    LE MALADE, perplexe, confus

    Euh ... Oui, demain j'appelle le Docteur ... Au revoir, Docteur - enfin, adieu (s'embrouillant, soucieux) (la secrétaire est ravie : à-Dieu)... Bon courage, travaillez bien, bon week-end, tout ça

    JOKER, chantonnant, ironique

    ... Bonne nuit les petit(e)s ...

    Le médecin raccroche très satisfait, avec encore un coin-coin très mâle, les autres le félicitent bruyamment - le malade reste hésitant, le téléphone à la main avec la tonalité raccroché ; le joker passe en barque, qu'il est allée sortir de derrière le local du SAMU, en ramant devant la scène et en chantant à tue-tête(s) → il était un petit navi-reu il était un petit navireu qui n'avait ja - ja - ja-mais navigué, sur fond de sonneries téléphoniques - il y a un autre appel d'une autre urgence qui résonne longtemps dans le local 

    Dans le local du SAMU on voit les toubib(e)s boire du café-gâteaux et même canettes avec la secrétaire, façon " on sabre le champagne " - ils/elles se portent des toasts sans s'inquiéter des sonneries successives

    Le malade se relève maladroitement, titube, perd l'équilibre, essaye son bras de multiples fois, le secoue

    Le joker qui est passé devant le local du SAMU dans sa barque, le récupère dedans et l'emmène pour le déposer sur son lit - tout à la fin de la scène, quand le joker va ranger sa barque derrière et repasse devant le local du SAMU, la secrétaire décrochera enfin le téléphone pour récupérer l'autre appel, avec son coin-coin suraigu - elle décroche la bouche pleine de gâteau, une tasse de café à la main

    L'AUTRE URGENCE, paniquée

    Allô, le SAMU ?

    LA SECRÉTAIRE, glaciale 

                                                         Non, c'est l'ASSUM                                                      

                                                                JOKER, rangeant sa barque et la tançant, en colère

    Parce que t'assumes quelque chose, toi ? Et les autres guignols derrière, vous vous amusez bien ?

    La suite de la conversation téléphonique est inaudible, émaillée de coins-coins de différentes tonalités ; le joker rejoint le malade assis sur son lit, désespéré, essayant et secouant son bras et lui met une main sur l'épaule gauche

    SCÈNE QUATRIÈME : LE MALADE, LE JOKER, PUIS LA SECRÉTAIRE DU DOCTEUR CLIENTÈLUS CAPTIVUS au téléphone, et UNE PATIENTE DE CAPTIVUS qui passe au cabinet (médical)

    LE MALADE, assis sur son lit, effondré, regardant le Joker, suppliant

    Mais, bon dieu, qu'est-ce qui m'arrive ? Et qu'est-ce que je vais faire maintenant ?

    JOKER, dubitatif, hochant la tête

    … À ta place j'irais quand même aux urgences - mais bon, moi j'ai la santé !

    Chanson like a rolling stone sur le malade se levant difficilement, perdant l'équilibre, titubant, essayant son bras, se rasseyant etc. Il a des nausées, il se précipite maladroitement (se rattrape aux murs etc.) aux WC souvent - bref on voit bien le calvaire qu'il endure, soutenu par le JOKER inquiet

    On passe du dimanche au lundi - horloge qui tourne ... On peut mettre le requiem de Fauré quand il se couchera pour [essayer de] dormir, veillé par le JOKER

    Et plusieurs fois dans la nuit noire il se réveillera et on l'entendra se demander qui suis-je ? et le JOKER lui répondre avec compassion je suis ici

    (suite(s) dans les prochains PORTFOLIOS)

  2. ... c'est le logo sur le sweat NOIR (avec capuche) donc du JOKER 😀 avec en dessous LIBERTÉ en bleu, ÉGALITÉ en blanc et FRATERNITÉ en rouge, donc sur 3 lignes

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