Portfolio

Lac de Tremelin, Brocéliande : l'histoire du contre-projet au stade d'athlétisme

Lac de tremelin, Ille-et-Vilaine : en 2014, une poignée d’élus chercha à imposer un projet de stade olympique avec des pistes de 400 m à quelques dizaines de km de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en lisière de Brocéliande. « Un stade, c’est mieux qu’un champ de patates », entendra-t-on. Nous répliquâmes en images. Portefolio du combat citoyen qui a empêché un fol projet en pleine nature.
  1. Un tract avec l'image du projet : pour que la population nous croit, Sophie Cha et moi-même, qui avons fondé l'association "Rénovation de Trémelin". Car, en effet, soit les gens savaient et soutenaient parfois, soit ignoraient ce qui se préparait : leur stupéfaction a été notre arme et nul doute que la majorité était derrière nous, y compris sur la commune immédiatement concernée.

    Le projet se développait en lisière de la forêt de Brocéliande (qui s'indente dans les pâturages et les cultures loin à partir de son centre). Son fol irréalisme, c'était être à plus de 10 km des collèges et lycées. Quand nous soulignions ce point, les élus répondaient : "les transports, on sait faire". Trois années ont passé depuis l'abandon de l'idée. On a le sentiment qu'aujourd'hui elle ne serait plus possible. Ce qui est certain, c'est que notre action à évité un second Notre-Dame-des-Landes en Bretagne, voire un Sivens. Notre action a été fondée sur la négociation et la persuasion, mais en face nous n'avions pas des enfants de choeur, ou des gens prêts à se ranger au simple bon sens. Voir également ici.

  2. L’idée générale reste que la nature empêche l’emploi. Nous démontrons le contraire. Comme pour tout aménagement public, il débute par un zonage précis. Pour se décliner en actes, la pensée se prépare en amont.

    Au mieux, pense-t-on généralement, on ploiera la nature sous soi, c’est ainsi que naîtront les emplois. Contre nous, les élus indiquaient que nous empêchions le développement de toute la zone. Il fallait que nous partions de la nature du lieu pour le repenser dans son lien avec l’activité de l’homme, mais en ne mettant pas cette activité au centre : au milieu, le lac ; autour, la topographie et les pôles possibles d’activités humaines, entre des espaces protégés intégralement.

    Du point de vue financier, il ne s’agit pas d’une utopie : il y a au départ un dossier d’enquêtes qualitatives sur le « marché », ultime concession à ce point de vue, ainsi qu’une expérience d’un projet similaire, celui de la restauration du Zoo de Vincennes, qui a été un échec riche d’enseignements (https://blogs.mediapart.fr/pierre-bellin/blog/300417/droles-d-affaires-de-la-renovation-du-zoo-de-vincennes-confidences-de-linitiateur). Aujourd’hui, je n’ai pas la cruauté de reprendre le coût cumulatif des investissements de la Communauté de communes sur le site depuis l’origine, sans véritable fil directeur : des parkings dimensionnés pour « un dimanche de quinze août », donc quasi-vides le reste du temps, selon les mots du président du Tribunal administratif de Rennes découvrant lors d’un référé les arguments des deux collectivités locales.

    Des gens qui connaissaient le site dans les années 1960 me disent sa magie disparue et sa beauté resplendissante. Le « symbole qui donne à penser », comme écrit Paul Ricoeur : voilà comment nous avons conçu ce projet bien concret. Une sorte de poétique de l’espace, avec une élève-architecte aujourd’hui devenue peintre, pour donner à débattre.

     

  3. La Bretagne est déficitaire sur le plan énergétique.

    Or, le site de Trémelin dispose en abondance d’eau qui coule (quoique de manière intermittente),  de vent et de soleil. En plus de l’énergie particulière au lieu, avec ses forêts et ses zones lacustres, c’est une énergie électrique potentielle, des « gisements », pour reprendre l’expression. En matière d’énergie photovoltaïque, c’est l’espace qui est le gisement... Nous proposions d’installer sur le plan d’eau des capteurs flottants sur un plan circulaire, et de plus petits capteurs le long de berges : cela existe et se fait. Pour la Bretagne, Trémelin devenait lieu d’innovations.

  4. Nous avions aussi réalisé une carte pour montrer qu’il y a déjà 6 stades dans le Pays de Brocéliande, sans compter le stade d’athlétisme ultra-moderne de Villejean à 20 mn de voiture : la carte que les élus locaux ne voudraient jamais avoir vue ! Une autre idée courrait : le centre géographique du Pays de Brocéliande était à Trémelin. En bleu, nous avons mis le vrai centre géographique, car la géographie n'est pas une fake-news.

  5. Voici ci-dessus la carte qu’il a fallu montrer pour faire comprendre à la population que l’on pouvait mettre un stade avec des pistes de 400 m à Montfort-sur-Meu, capitale de la Communauté de communes. Et que nous avons reprise sur nos milliers de tracts. Si tant est que cette idée est la meilleure : on voit en effet qu’il existe déjà deux pistes d’athlétisme de 200 m à Monfort, et qu’il faut réunir encore deux autres stades côte-à-côte pour faire ces fameux couloirs de 400 m. Finalement, c'est là où les élus implanteront leur stade olympique (sachant qu'il existe en plus un stade olympique international à Villejean, à l'ouest de Rennes, à 20 mn de voiture) : pour un coût de 4 millions, encore plus élevé qu'à Trémelin, et ce dans une ville en quasi-faillite aux Municipales de 2014.

  6. Plan global du projet de refondation du site de Trémelin : zone de permaculture là où on voulait mettre un stade olympique (organisée selon la symbolique du Triskel, qui est là aussi un "symbole qui donne à penser") ; verger conservatoire pour les arbres fruitiers locaux oubliés ; théâtre de plein air pour des festival de printemps et d’été ; zone de création architecturale pour de petits gîtes intégrés dans la nature ; forêt sauvage de protection totale ; « Maison de l’arbre et de la haie » pour promouvoir les produits de la haie, la replantation des haies et la recréation d’un bocage le long d’un réseaux de chemins de randonnées. Telles étaient et sont les propositions.

    Nous avons intitulé cette carte Prends le temps de voir.

  7. Nous avons proposé un nouveau liseré de sentiers de randonnée, partant du lac : là où les sentiers vont et viennent, on récrée des haies traditionnelles.

    Il faut le savoir et ne pas prendre position, du moins je le crois, mais cette idée est choquante pour certaines agricultures locales, qui voudraient ouvrir de plus en plus d’openfields. Remettre en vie une haie, c’est un temps de latence avant rendement ; couper un champ d’une haie, c’est une complication immédiate pour les machines, plus grosses et supposant plus d’amortissement. Nous avons intitulé cette carte Prends le temps de marcher. Quelques années après, je l’intitulerai : Ne cumules plus et prends le temps de marcher.

  8. Nous avons proposé un théâtre devant le lac, en gradins suivant les courbes de niveau, pour des événements exceptionnels : de la musique celtique, un concert de Chopin, du rock, une tragédie antique, que sais-je ?  La population nouvelle fréquentant le lieu appuierait la fréquentation du restaurant et des gîtes : car aujourd’hui les chiffres indiquent que ces activités survivent à grand peine, ou à force de subventions. Je souligne que dans les alentours, des gîtes ne demandent qu’à accueillir un surcroît de tourisme.

    D'autres dessins et peintures du site du lac de Trémelin sont visibles sur le site de mon élève (https://marinecaro.com/2016/02/10/dessins-croquis/).

  9. Nous avons proposé une « Maison de l’arbre et de la haie » qui s’appuierait sur le « Centre d’art contemporain » actuel, où l'on peut voir beaucoup d'expositions véritablement très créatives mais dont la fréquentation pourrait être développée : son nom est « l’Aparté ». Ainsi pourrait-on faire plusieurs « apartés »... Associe sans raser est le nom de cette vue. La « Maison de l’Arbre et de la haie » augmente la fréquentation de l’Aparté.

    Une partie de la toiture est végétalisée pour limiter l’impact constructif. L’image pourrait aussi s'intituler : Deviens respectueux. Il est certain que l’impact sur la fréquentation du site grâce à ce projet serait important. « Deviens respectueux » s’adresse tant aux institutions qu’aux visiteurs, qu'à ceux qui tentent d'imaginer un monde viable pour demain (et donc à nous-mêmes).

  10. La nuit, les installations photovoltaïques flottant sur le lac s’éclairent faiblement, avec des lueurs un peu mouvantes. La grande installation photovoltaïque, circulaire et flottante, avec son léger bleu semble comme un vaisseau prêt à s’envoler vers les étoiles... Au théâtre de verdure, des concerts magiques s’organisent. On vient jusque de Rennes, Saint-Malo et Vannes découvrir une programmation à la hauteur de la sensibilité et de l'intelligence des habitants de ces lieux. Tout s'envole lyriquement, comme un oracle, faisant signe sans que l'on sache exactement de quoi.

    Bien sûr, les forces poétives et créatives ont un tempo plus doux, tandis que la politique semble le court terme. Mais ce tempo lent l'emporte toujours. Quant au tempo du très long terme, à qui ou à quoi appartient-il ? Nul doute que c'est à l'art de s'accorder.

  11. Quantre années plus tard, les élus ont leur stade : à Montfort-sur-Meu dans la ville qui accueille la Communauté de communes. Nous avons fait gagner la logique économique et environnementale par échec et mat... mais pour un côut... comprenant la fusion de deux stades déjà existants, plus la piste de 400 m, à quelques centaines de mètres d'une piste de 200 m. Désormais, le pays de Brocéliande dans son ensemble comptera 5 pistes d'athlétisme de 400 m, tandis qu'à Rennes, à 20 mn de voiture, à Villejean, le stade ultra-moderne accueille en plus de sa piste de 400 m couverte, une piste extérieure. Voir également ici.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.