Dans un avenir indiscernable…
Là où le feu du ciel a oublié la terre, un deuxième soleil s’est levé. Alors les montagnes ont tremblé, la terre a grondé et s’est agitée, terrifiée comme un animal pris au piège. Les fleuves ont remonté leur lit qui s’est asséché, les océans se sont contractés en masses liquides énormes pour déferler ensuite et engloutir les plaines, venir lécher les roches immenses, se réfugier dans les vallées, grimper les sommets qui ont craqué, se sont fendus.
Des terres que les hommes n’avaient jamais contemplées ont été mises à nu émergeant des eaux qui ont fui. Le feu du ciel lui-même s’est déplacé, le monde vacille.
Une vague invisible et rampante s’est propagée lentement. Les terres les plus proches du nouveau soleil se sont immédiatement dépeuplées. La vie a brûlé, incandescente, la cendre a étalé son épais tapis gris et ardent.
La vague invisible a continué son chemin, inexorable, les chairs s’enflammaient soudain. Elle s’est insinuée dans les grottes, dans les vallées, dans les forêts où les grands arbres s’effondraient sur eux-mêmes.
Le dernier homme a contemplé l’horizon vert flamboyant, d’un dernier regard avant que ses yeux se liquéfient.
La conscience du monde venait de s’éteindre définitivement.
Après des siècles de spasmes et de contractions, la terre avait expulsé de ses entrailles les déchets radioactifs que des hommes avaient sournoisement enfouis, dans leur inconscience tragique.
Le règne du chaos était revenu.