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MISÈRE ET NOSTALGIE...

Mais, où sont passés nos bons vieux « clochards bien de chez nous » ? Qu'est devenue notre « misère bien à nous » ? Et si dans leur malheur, les « migrants » parvenaient à nous rendre plus concernés par le sort des autres, à nous rendre en quelque sorte plus humains ?
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    « Aux armes citoyens ! ». Les « bruits et les odeurs » ont ruisselé des cages d'escaliers de nos immeubles « bien français » pour « envahir » nos rues. Aujourd'hui, le magma de la misère mondialisée coule sous nos pieds. Il s'infiltre dans nos villes et est même déjà dans nos campagnes. Mais, où sont passés nos bons vieux « clochards bien de chez nous » ? Qu'est devenue notre « misère bien à nous » ? Comme « nos clochards » étaient discrets ! Comme il était bon d'être rabroué et même insulté par eux « en français », notre langue commune ! Ils nous faisaient peur quelques fois il est vrai, mais c’était une simple « peur d'un autre, presque semblable à nous » ! Ce n'était pas « la peur de l’étranger », de « l'inconnu » ! 

    Et qu'est-il advenu de nos « sans-papiers » ? Ces  « immigrés irréguliers », qu’on connaissait au moins ! C'était des « étrangers connus ». Comme le texte côtoie la marge sur une seule et même page, ils faisaient partie de notre quotidien. Un « sans-papiers », c'était souvent un « régulier » qui prolongeait son séjour dans la clandestinité après un visa expiré, un droit d'asile refusé ou une autorisation temporaire de résidence arrivée à terme. Un « immigré irrégulier », parce qu'il avait d'abord goûté aux joies de la légalité, était « en marge » mais ne « faisait pas tâche ». Ce n'était pas un « migrant ». Attention ! « Saint-Bernard » ce n'était pas « Calais » ! Tandis que les uns demandaient leur régularisation pour « rester », pour « continuer à s’intégrer », les autres pour la plupart, n’aspiraient initialement  qu'à « passer » leur chemin. Tandis que les uns « désiraient vivre en France », les autres « se résigneraient finalement à demeurer en France » si on le leur permettait, faute de pouvoir accéder à l’Eldorado britannique. 

    « Les migrants », réussissent la performance de nous faire voir la misère longtemps ignorée de « nos clochards », et par dessus tout, ils sont en passe de nous rendre nostalgiques de « nos sans-papiers » d'antan. Mais si ce n'était pas là leurs seuls exploits ? Et si dans leur malheur, les « migrants » parvenaient à nous rendre plus concernés par le sort des autres, à nous rendre en quelque sorte plus humains ? C'est du moins, ce qu'il faut souhaiter pour ne pas envisager le pire...

     

    Adedognin ABIMBOLA 

     

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