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MISÈRE ET EXPLOITATIONS...

Je vous propose avec "Misère et Exploitations", de clôturer le triptyque de mes billets d'humeur sur la misère de ceux qu'il est maintenant convenu d'appeler des "migrants" et qui par ces temps de grand froid, errent et dorment dans nos rues. Les deux premiers volets étaient intitulés "Misère et Indifférences" et "Misère et Nostalgie".
  1.  

    Bientôt arrivera le temps de l'élection présidentielle. Le temps où l'immigration le dispute au chômage et à l'insécurité, au palmarès de ce qu'on nous annonce comme étant « les principales préoccupations des Français ». Le temps des amalgames et de la confusion entretenus par ceux qui ne savent plus comment répondre à l'angoisse des Français. Bientôt, l'émotion s'imposera au détriment de la raison, comme moteur principal pour alimenter le débat politique. Alors, les « migrants », quelle aubaine lorsque viendra ce temps où il faudra bien désigner des bouc-émissaires pour seuls remèdes à tous nos maux ! Il est à redouter que ces élections qui s'annoncent, les mettront plus que  jamais auparavant, en première ligne. À l’angoisse d'une crise qui n'en finit pas de creuser les inégalités, à l'incertitude d'un avenir globalisé promu par une mondialisation à marche forcée et sans l'aval des peuples, viendra s'ajouter la peur de celui qui n'est plus un « immigré irrégulier » mais familier, mais un « migrant », c'est-à-dire un « étranger-inconnu ». 

    Ainsi, après avoir été exploité par les réseaux mafieux qui gèrent son passage, « le migrant » sera bientôt également exploité par une certaine classe politique plus préoccupée de pouvoir que d'avenir. De même que le passeur ne s'interroge pas sur les motivations qui sous tendent les projets de départs de ses « clients », pour certains politiques en campagne, « un migrant restera un migrant », peu importe les motifs économique, politique, sécuritaire ou environnemental, qui l'ont conduit à fuir son pays ! « Tout de même, nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde » ! « Nous avons déjà la nôtre bien française » ! 

    Alors, que faire ? Les expulser tous autant qu'ils sont ? Les trier pour « séparer le bon grain de l’ivraie » ? Garder les « bons » pour expulser les « autres » ? « Rafler » ces derniers puis les « concentrer » dans des « camps » qui fleurent bon un passé pas si lointain, avant leur « reconduite à la frontière » ? Les choses ne seront évidemment pas si simples.

    Et si nous tirions pour une fois les leçons du passé ? Si une fois encore, nous ne tournions pas le dos à la souffrance et à la misère qui nous côtoie ? Si pendant cette période électorale qui va s'ouvrir, nous marquions collectivement un temps de pause pour comprendre, analyser, envisager des solutions empreintes de réalisme, de pragmatisme et d'humanisme, sans émotion et sans passion, pour que demain, confrontés à une situation que nous aurions laissée s'empirer,  nous ne nous demandions pas à regrets : « mais, où sont passés nos migrants d'antan... ? ».

     

    Adedognin ABIMBOLA 

     

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