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Au cœur des peuples...sans état

Elles sont kurdes, palestiniennes, ou basques. Ils sont sahraouis, tamouls, tibétains, baloutches... Comme d'autres, tous et toutes ont un point commun: leur nationalité n'est pas reconnue. Quelques soient leurs caractéristiques ethniques ou culturelles, malgré la violence des états qui les dominent parfois, ces peuples continuent de vivre en tant que tel. Regards croisés.
  1. Jaffna, partie tamoule du Sri Lanka.

    Habitante tamoule, près du temple de Nallur Kandaswamy.

    La ville Jaffna, située à l'extrême nord de l'île, était le bastion des Tigres de Libération de l'Eleam Tamoul, une organisation qui luttera pendant des années pour la création d'un État tamoul indépendant.  La ville, qui a payé un lourd tribut durant la guerre civile, subit aujourd'hui une occupation militaire cinghalaise qui veille à ce que le nord de l'île se préserve de toute nouvelle velléité indépendantiste.

  2. Amed / Diyarbakir, Kurdistan sous administration turque.

    Ferrailleur, dans la vielle ville de Sur.

    Diyarbakir, (tête de cuivre en turc) est la capitale des kurdes de Turquie. Située dans le Sud Est du pays, la ville possède un important souk des ferrailleurs. Bordée par le Tigre, Amed occupe une situation stratégique, à une centaine de kilomètres de la frontière syrienne. Si la vie a repris aujourd'hui, une partie de la vieille ville est rasée. On estime qu'environ 30% de vieille ville aurait été détruite et sa population déplacée, suite au conflit qui fit rage entre l’automne 2015 et mars 2016.  Des groupes armés issus du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) s'affrontèrent alors avec les forces armées turques.

  3. Lhassa, Région autonome du Tibet, sous occupation Chinoise.

    Pèlerine, devant le monastère de Drepung.

    Drepung est situé sur la montagne de Gambo Utse, sur les hauteurs de Lhassa. Dans les années 1950, cette cité monastique compta jusqu'à près de 8.000 moines résidents. Aujourd'hui, ils sont moins de 500. Dans les années 2000, le gouvernement chinois y intensifia sa "campagne de rééducation patriotique", exigeant des moines tibétains qu’ils dénoncent le dalaï-lama. Certains d'entre eux furent expulsés du monastère, et emprisonnés, d'autres battus à mort. Près de 5.000 moines en exil ont recréé deux monastères du même nom en Inde, Drepung Loseling, et Drepung Gomang. Aujourd'hui le temple est visité par quelques pèlerins tibétains qui se peuvent se procurer une autorisation, et par des touristes, à grande majorité de nationalité chinoise.

  4. Bethléem, Cisjordanie, Palestine sous occupation israélienne.

    Un palestinien et deux palestiniennes, attendant l'ouverture de la barrière du Checkpoint 300

    Ce checkpoint sépare la ville de Bethléem, contrôlée par l'Autorité Palestinienne et celle de Jérusalem, contrôlé par Israël. Plus de 7000 Palestiniens possédant un permis franchissent chaque matin ce barrage de sécurité,  pour aller travailler en Israël ou dans les colonies. Cette photographie a été prise au lendemain de la célébration juive du Yom-Kippour, et donne suite à une fermeture de tous les points de passage pendant 48 heures. A la réouverture du checkpoint, l'écrasante majorité des palestiniens qui ne disposent pas de permis ne pouvaient toujours pas aller à Jérusalem.

  5. Zahedan, province du Sistan et Baloutchistan, Iran

    Commerçants baloutches, dans la ville de Zahedan

    Zahedan, capitale de la province iranienne du Sistan et Baloutchistan, abrite six cent mille âmes appartenant à une ethnie sunnite méconnue, les Baloutches, minoritaire ethniquement et religieusement. Cette région qui s’étend du sud-est iranien par-delà les frontières pakistanaises et afghanes est la plus pauvre d’Iran, elle est également celle qui a le plus fort taux d’analphabétisme du pays. Les baloutches subissent toujours d’importantes discriminations en matière d’emploi, ainsi il leur est très difficile d’accéder à des postes à responsabilités, et certains métiers leur sont toujours interdits. Il existe également d'importantes communautés Baloutches au Pakistan, et en Afghanistan.

     

     

  6. Camp de réfugiés palestiniens, Sabra et Chatila, Beyrouth, Liban.

    Vendeur de fruits palestinien, au coeur du camp de Chatila.

    Sur ce cliché, toute la complexité politique des camps libanais, avec en fond le portrait de Yasser Arafat, ainsi que celui de Bachar Al-Assad. La première vague de réfugiés palestiniens arrivée en 1948 a été rejoint par plusieurs autres, la dernière en date étant les nombreux réfugiés syriens ayant fui le conflit qui sévit au Levant. A Sabra et Chatila se croisent des membres du Fatah ainsi que des membres du Hamas. Des syriens ayant fui les atrocités du régime d’Al-Assad fils et des chiites pro-Hezbollah. Se croisent également des palestiniens hantés par le souvenir des corps enchevêtrés du massacre de 1982, et des partisans du mouvement Amal. Mouvement qui, non seulement s’inscrivit dans le plan d’éradication de l’OLP au Liban, mais également qui à partir de 1985 assiégea cruellement le camp et ce jusqu’à 1988. Pour la communauté palestinienne qui y vit, la tâche est très compliquée. 75 professions leur sont interdites dans le pays, ce qui les place dans une situation de double apartheid, géographique, et social. Pour ces palestiniens, exercer un métier interdit, c’est l’assurance d’être expulsé du Liban.

  7. Bilbao, Communauté autonome Basque sous administration espagnole.

    Familles de prisonniers politiques défilant dans les rues de Bilbao.

    Tous les ans, au début du mois de janvier, les familles des prisonniers politiques basques défilent dans les rues de Bilbao, sous les applaudissements d'une foule compacte qui se masse dans les artères de la ville. Lors de la dernière décennie, ces manifestations ont rassemblé entre 80.000 et 140.000 personnes (en 2014) au plus fort de la contestation, après que celle-ci soit interdite par l'Audiencia Nacional espagnole. Ce rendez-vous annuel sensibilise la population basque sur la question des droits des prisonniers, et est souvent considéré comme un baromètre dans le processus de paix en cours.

     

  8. Jaffna, partie tamoule du Sri Lanka.

    Jeunes femmes tamoules, célébrant un mariage.

    La question des femmes tamoules est sensible. Elles seraient près de 89.000  anciennes combattantes et veuves à affronter l'exclusion, dans une société où les femmes sans leur mari sont rejetées. Beaucoup de de veuves tamoules craignent aujourd'hui pour leur sécurité. Depuis la fin de la guerre, 400 cas de viols ont été signalés, et cela ne serait vraisemblablement que la partie immergée de l'iceberg. Ces violences sexuelles sont perpétrées principalement de l'armée, qui continue d'occuper le nord de l'île depuis la victoire militaire sur les tigres tamouls.

     

  9. Lhassa, Région autonome du Tibet, sous occupation Chinoise.

    Une écolière fait du coloriage sur un poste de garde de la police chinoise, pendant que ces derniers effectuent leur ronde.

    Le centre ville de Lhassa est un des endroits les plus surveillés au monde. Dans les zones sensibles, c'est à dire autour des monastères, il y a un poste de police à tous les angles des rues, en plus des postes de gardes mobiles. Ces quartiers sont sous vidéo-surveillance constante, et des camions de pompiers sont stationnés dans tous les points stratégiques afin d'éviter toute tentative d'immolation par le feu de moines tibétains. Fréquemment, la police chinoise effectue le tour des édifices religieux dans le sens contraire des aiguilles d'une montre, à contresens de la foule, afin de provoquer les bouddhistes tibétains.

  10. Réfugiés Sahraouis, Bordeaux, France

    Jeunes réfugiés Sahraouis se réchauffant autour d'un thé à la menthe, dans un squat de la ville.

    Ils sont plusieurs centaines, hommes et femmes, à avoir quitté les camps de réfugiés Sahraouis de l'ouest algérien, et à avoir gagné la ville de Bordeaux. Ils sont entassés sur les rives de la Garonne, en attendant d'avoir une réponse favorable à leur demande d'asile. Les bonnes relations entretenues par la France avec le Maroc complique leur situation, les privant de toute reconnaissance du statut de réfugiés politiques. Ne pouvant travailler pendant le délai de traitement de leur demande, ils se retrouvent dans une situation d'attente très inconfortable.

     

  11. Amed / Diyarbakir, Kurdistan sous administration turque.

    Portrait d'un martyr des YPG, exhibé lors des festivités de Newroz en 2017.

    Malgré une fouille conséquente à l'entrée du Newroz Park à l'occasion de la célébration du nouvel an kurde, de nombreux symboles interdits furent exhibés, comme ce portrait d'un martyr des YPG, les "unités de protection du peuple". Ces derniers sont l'émulation syrienne du PKK (parti des travailleurs du Kurdistan), et combattent l'organisation de l'Etat islamique sur le territoire du Rojava syrien où une société paritaire et multi-ethnique est par ailleurs en train d'être construite. 

  12. Porte de Damas, Jérusalem, sous contrôle israélien.

    Jeunes étudiantes palestiniennes, devant la porte de Damas.

    La Porte de Damas (Bab al-Amoud en arabe, la Porte de Naplouse en hébreu) est un lieu hautement stratégique, puisque c'est la porte d'entrée de la vieille ville la plus fréquentée. Elle donne accès sur la partie palestinienne de la ville sainte, annexée et occupée par Israël depuis la guerre des six jours en 1967. A l'intérieur, elle ouvre sur plusieurs souks, qui mènent au Saint-Sépulcre, au mur des Lamentations, ainsi qu'à l'esplanade des mosquées. Dans ce quartier se croisent et cohabitent chrétiens, palestiniens, et juifs ultra-orthodoxes. Cette porte est depuis quelques années le théâtre de nombreuses attaques au couteau sur des militaires israéliens positionnés quotidiennement aux abords de ce lieu..

     

  13. Zahedan, province du Sistan et Baloutchistan, Iran

    Commerçant baloutche d'origine afghane, vivant en Iran.

    Les zones tribales iraniennes, situées au croisement des frontières iraniennes, pakistanaises, et afghanes, ont vu ces dernières décennies un afflux important d'afghans fuyant la guerre civile, dont une majorité de baloutches qui partagent un mode de vie assez similaire à celui de leurs congénères iraniens. Aujourd'hui, les vannes semblent s'être refermées, et beaucoup d'afghans craignent de se rendre en en Iran. Selon le quotidien afghan "8H du matin", des cartes de séjour ne seraient désormais délivrées qu'aux migrants afghans qui accepteraient de partir combattre en Syrie aux côtés des troupes de Bachar el-Assad.

  14. Amman, Jordanie

    Commerçant palestinien installé à Amman

    La Jordanie a accueilli deux vagues de réfugiés palestiniens. La première en 1948, à la création d’Israël et la seconde en 1967 qui coïncide avec la guerre des six jours et l'occupation de la Cisjordanie par Israël. Aujourd'hui, la population palestinienne est majoritaire en Jordanie, puisqu'elle représente plus de 60% de la population totale, transformant les Transjordaniens (habitants d'origine jordanienne) en minorité dans leur propre pays.

  15. Istanbul, Turquie

    Un café kurde, près de l'avenue Istiklal à Istanbul.

    Les Kurdes sont près de trois millions à vivre sur les rives du Bosphore — ce qui en fait la plus grande concentration de Kurdes dans une même ville. Et même si des quartiers sont à dominance kurde, tels que Tarlabasi ou Çukur, ils ne peuvent être considérés sérieusement comme des « quartiers kurdes ». Les regroupements de population à Istanbul sont infra-ethniques et n’ont pas comme dénominateur commun l’appartenance à une entité définie, mais plutôt une implantation historique. Cette répartition anarchique au cœur d’une ville bouillonnante aux multiples facettes est en réalité une donnée fondamentale pour comprendre les enjeux politiques qui y sont en cours.Les gouvernements turcs n’ont cessé, ces dernières années, de « dé-communautariser » la population kurde afin d’annihiler toute tentative de regroupement — et de visibilité.

     

  16. Bilbao, Communauté autonome Basque sous administration espagnole.

    Familles des prisonniers, défilant en tête de cortège dans les rues de Bilbao

    La question des quelques 300 prisonniers basques est un frein majeur au processus de paix en cours: ils restent dispersés aux quatre coins de France et d'Espagne, parfois à plus d'un millier de kilomètres de leur domicile, ce qui va totalement à l’encontre du Pacte International relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC art. 10.1). Leur rapatriement est une revendication à laquelle s'ajoute celle de la libération des prisonniers gravement malades. En effet, ceux-ci sont maintenus en prison, ce qui est contraire aux législations nationales françaises et espagnoles qui prévoient que la détention d’une personne souffrant d’une maladie grave et incurable doit être suspendue.

  17. Camp de réfugiés d'Aida, entre Bethléem et Beit Jala, Cisjordanie. Palestine sous occupation israélienne.

    Jeune garçon jouant à cache-cache contre un mur sur lequel est peint le portrait de Carlo Giulani, mort lors des manifestations anti-G8, à Gènes en 2001.

    Le camp d’Aida, construit à la hâte en 1948, fait partie des zones qui, selon les accords d’Oslo, sont sous la gouvernance de l’Autorité palestinienne. Malgré cela, l’armée israélienne continue d’y pénétrer à sa guise, prétextant un sacro-saint droit à la sécurité nationale de l’état d’Israël. Ce camp, où vivent un peu plus de 6000 personnes, fait aujourd’hui face au mur de séparation. De l’autre côté, pas de colonie, ni d’accès aux zones habitées sous contrôle israélien; ce sont des terres agricoles, qui ont été purement et simplement confisquées. Creusé à l’intérieur même de ce mur, un portail bleu assez colossal. C’est par celui-ci que pénètre régulièrement Tsahal, qui surveille de très près Aida, comme les autres camps palestiniens.

  18. Trincolamlee, nord-est du Sri-Lanka, ville à majorité tamoule.

    Commerçant tamoul, vivant et travaillant à une centaine de mètres de la plage.

    La ville de Trincomalee semble évoluer dans un drame permanent. Ville à majorité tamoule, elle a été asphyxiée pendant des années de guerre civile, avant d'être submergée par le tsunami de 2004. Tout le front de mer de la ville a été frappé de plein fouet. Depuis la fin de la guerre civile, la ville se reconstruit et tente de montrer un nouveau visage, un visage touristique. Suite au tsunami, le gouvernement a établi une zone "tampon" qui interdit toute construction à moins de cent mètres de la mer; cependant tout le long du littoral, de grands complexes hôteliers sont construits, ou en construction. Les expropriations vont désormais bon train, un nouveau drame pour une communauté tamoule déjà bien démunie.

     

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