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Chaque mer a une autre rive: Générations/1

Voyage photographique dans un pays que j'ai quitté depuis longtemps, à travers ses gens, ses contradictions, ses paysages, son passé et son présent.
  1. L'Italie, comme toute l’Europe, vieillit. En 2018, elle est le deuxième pays le plus vieux au monde, derrière le Japon. Les lois d'austérité promulguées en 2011 ont retardé l'âge de départ à la retraite et réformé la sécurité sociale. Les jeunes ont l’impression que l’accès au monde du travail ainsi qu’aux postes de direction leur est refusé par une masse de personnes âgées qui, volontairement ou non, restent accrochées à leur emploi. D'un autre côté, faire un enfant en Italie est extrêmement compliqué et coûteux. Beaucoup attendent d'avoir une stabilité économique et professionnelle avant de faire des enfants. 

     

  2. En même temps, avorter devient de plus en plus difficile à cause de la possibilité qu'a le personnel médical public de faire objection de conscience. Même les pharmaciens peuvent être objecteurs et refuser de vendre la pilule du lendemain. Les gouvernements successifs, même les plus cléricaux, ont échoué à mettre en place des politiques efficaces pour inverser la courbe de natalité, invariablement en déclin depuis plusieurs décennies et de manière encore plus significative depuis le début de la crise économique[1]. Malgré une baisse durant ces dernières années, le taux de natalité est plus élevé parmi les étrangers installés en Italie[2].

  3. Cependant, la majorité des Italiens semble s'opposer au droit du sol qui donnerait le droit à la nationalité italienne aux enfants nés en Italie de parents étrangers. Une personne née en Italie, de parents étrangers, doit, à ses 18 ans, demander la citoyenneté italienne, même si elle a grandi et été scolarisée dans le pays, alors qu'un Argentin par exemple, qui n’a jamais mis les pieds en Italie mais porte un nom de famille italien, peut l’obtenir de droit. En effet, l'État garantit la nationalité à tous les ressortissants étrangers à condition qu’aucun des ascendants n'ait renoncé à être italien. Aujourd'hui 800.000 mineurs pourraient devenir italiens s'il y avait une réforme en faveur du droit du sol. Dans l'Éducation Nationale, un élève sur huit est né de parents étrangers vivant en Italie et plus de la moitié d'entre eux sont même nés sur le sol italien[3].

     

     

     

     

  4. Le lycée artistique Leon Battista Alberti est réparti sur deux sites différents dans le centre de Florence. L'un d'eux donne sur la piazza Santa Croce tandis que l'autre est situé dans un ancien monastère, via San Gallo, près de Saint-Marc et des fresques de Beato Angelico.

  5. Lors du cours de peinture les élèves élaborent un projet collectif pour l'aménagement artistique d'un espace public. À la fin de cette année ils passeront leur baccalauréat. Dans leurs regards un peu éteints on sent l’incertitude. S’agit-il d’un manque de confiance en l’avenir, dans l’institution scolaire ? Qui sait ? Certains sont très curieux et me posent des questions sur mon travail ou sur l’appareil photo que j’utilise.

  6.  

    [1] www.istat.it/it/popolazione-e-famiglie

    [2] www.istat.it/it/popolazione-e-famiglie

    [3] Étude menée en 2017 par la Fondazione Leone Moressa : http://www.fondazioneleonemoressa.org/category/asilo-accoglienza/

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