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Portfolio 15 avr. 2019

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Chaque mer a une autre rive - Générations/2: Le Nouvel An chinois à Prato

Voyage photographique en Italie, à travers ses gens, ses contradictions, ses paysages, son passé et son présent.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

  1. Michele Gurrieri. Prato, Nouvel An chinois

    La ville de Prato, en Toscane, accueille la deuxième plus grande communauté chinoise d'Italie, avec quelques 10.000 personnes (en 2015) originaires essentiellement des régions du Zhejiang et du Fujian au sud de Shanghai. Ce n'est pas, dans l’absolu, la communauté la plus importante d’Italie, mais elle l'est par rapport à la taille de la ville. Sur les 250.000 habitants 10% sont des étrangers dont environ la moitié sont chinois. Ici, dans les écoles publiques, un élève sur quatre est étranger.

  2. Michele Gurrieri. Prato, Nouvel An chinois

    Le Nouvel An chinois se passe dans la nouvelle zone industrielle, créée à la fin des années quatre-vingt par un consortium d'entrepreneurs de la ville, où se sont installées des centaines d'entreprises de prêt-à-porter. Un groupe de jeunes, d'origines chinoise et italienne, court en portant un long dragon en papier, traversant les nuages de fumée de centaines de pétards qui explosent devant les entrées des entrepôts en préfabriqué. Ils vont d'un hangar à l'autre pour bénir les lieux, apportant chance et richesse aux entreprises de vêtements qui n’ont pas manqué d’installer un petit étal rempli d'offrandes aux dieux.

  3. Michele Gurrieri. Prato, Nouvel An chinois

    La communauté chinoise fait désormais partie intégrante du reste de la ville. Il y a encore une quinzaine d'années, Prato était une zone industrielle d'une très grande importance pour l'Italie et l'Europe, capitale du recyclage des textiles usagés. Les loques ou chiffons, achetés à bas prix, arrivaient des quatre coins du globe et des experts trieurs les choisissaient pour les filer, les teindre et les convertir en nouveaux textiles, créant ainsi une laine d'excellente qualité à des prix compétitifs. Pendant les Trente Glorieuses, la ville de Prato a littéralement décuplé le volume de ses activités industrielles et vu le nombre de ses habitants doubler. Ces mutations n'ont pas eu lieu grâce à une concentration des activités par quelques gros industriels, mais ont pu voir le jour grâce à un réseau de petites entreprises, parfois minuscules, souvent familiales, qui ont développé un tissu de compétences diversifiées et extrêmement dynamiques. À partir des années soixante, de nouveaux quartiers se sont développés extra-muros, de manière chaotique, afin d’accueillir le flux ininterrompu de travailleurs originaires d'Italie méridionale. Ville dynamique et infatigable, elle fut dans ces années-là l'une des plus riches d'Italie, parmi les plus importantes en terme de chiffre d’affaires et de production. Une ville où l'on pouvait faire rapidement fortune grâce à son ingéniosité, à la chance et à une interprétation assez laxiste des règlements fiscaux et des normes de sécurité au travail. Parmi les nombreuses compétences textiles développées à Prato durant cette période où les grandes maisons de mode italiennes et européennes s'intéressaient de près aux inventions créées dans le district industriel toscan, seules les niches des tissus de luxe ont survécu aux crises successives des années quatre-vingt. Le reste s’est effondré, créant ainsi une nouvelle part de marché, rapidement conquise par les Chinois et diversifiant la production : le prêt-à-porter, c’est à dire la confection d’habits à bas prix avec des tissus importés de Chine. Cette stratégie s’est révélée payante lorsque la filière historique du textile de Prato a commencé à décliner, pour presque disparaître dans les années deux mille. Les conséquences de la crise mondiale de 2008 ont aggravé celle du textile avec les fermetures en cascade de centaines d’entreprises italiennes. Le dynamisme des entrepreneurs chinois, grâce aux mêmes ingrédients qui firent le succès de Prato des années cinquante aux années quatre-vingt, ingéniosité, stakhanovisme et désinvolture quant à l’observation des règles, permit à cette partie de la ville de prospérer, entraînant incompréhension et rage de la part de la population locale.

  4. Michele Gurrieri. Prato, Nouvel An chinois

    En 2009, la ville rompt avec son passé politique en élisant pour maire un entrepreneur de centre-droit alors que l’après-guerre avait vu Prato gouvernée par le parti communiste puis le centre-gauche. Durant l’administration de Roberto Cenni, de 2009 à 2014, une vaste campagne de contrôles fiscaux et sécuritaires fut menée vis-à-vis des entreprises chinoises, campagne que certains qualifiaient de guerre ouverte aux Chinois. Il s'agissait de contrôles très médiatisés mais souvent inutiles puisque les entreprises chinoises fermées pour irrégularités revoyaient le jour rapidement avec de nouveaux propriétaires. La communauté chinoise de Prato s’est toujours caractérisée par une très grande mobilité de la part de ses entreprises ainsi que de sa population.

  5. Michele Gurrieri. Nouvel An chinois

    Malgré ces controverses, cette communauté semble aujourd’hui s'être installée durablement dans le tissu social de la ville. L'heure semble être à la réconciliation, à la cohabitation pacifique, à l'intégration culturelle, favorisées peut-être par une même éthique du travail, un dévouement à la tâche, un juste enrichissement grâce à des capacités d'entrepreneur, sans oublier le fait que les activités des Chinois ont permis à l'industrie locale de continuer à exister. 

  6. Michele Gurrieri. Nouvel An chinois

    Les citoyens chinois sont en majorité des jeunes en-dessous de trente ans et, malgré une partie non-négligeable d'économie parallèle, les recettes fiscales générées par leurs entreprises sont très importantes et contribuent à couvrir la sécurité sociale de la population italienne, qui vieillit et, comme expliqué plus haut, ne se renouvelle pas.

  7. Michele Gurrieri. Nouvel An chinois

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