SOS hôpital public

Les Economistes atterrés organisent une conférence-débat intitulée "Où va l'hôpital?" . Soumis à une politique de management calquée sur le secteur privé, l'hôpital public connaît une situation de marasme intolérable pour les personnels et surtout les patients. Bilan, perspectives et sorties de secours.
  • Date Du 10 avril 2018 Au 10 avril 2018
  • Lieu Université de la Sorbonne, Amphithéâtre Turgot 17, rue de la Sorbonne Paris 5ème.
  • Réservation, inscription Accès libre et gratuit dans la limite des places disponibles
  • Information Horaire : 19 heures 45 à 21 heures 45.

 

Depuis le début des années 1990, le secteur public hospitalier fait l'objet de profondes réformes qui ont concerné aussi bien l'exercice de la tutelle (création des Agences régionales de l'hospitalisation en 1996, puis des Agences régionales de la santé en 2009) que son organisation interne (nouvelle gouvernance, création de pôles …). Leur objectif est notamment d’introduire, au sein de l'hôpital public, les techniques organisationnelles et managériales issues du Nouveau management public (New public management). La principale réforme a porté en 2003 sur le mode de financement de l’hôpital à travers la mise en place d’une tarification à l'activité (T2A). Ce nouveau mode de tarification a pour objectif de simuler des mécanismes de prix au sein du secteur public. Ce faisant, la T2A est supposée inciter les hôpitaux à fournir des soins à moindre coût, par l’introduction d’un mécanisme de concurrence en comparant (yardstick competition) les établissements.

Les diverses expériences étrangères (Grande-Bretagne, Pays-Bas, Italie) ont mis en évidence les risques associés à ce mode de rémunération et notamment les effets possibles sur les patients. Le premier risque identifié est celui de la sélection des patients. L'hôpital a intérêt à garder les malades ayant un coût faible (les bons) et à se séparer des malades coûteux (les mauvais). Le deuxième effet pervers est la baisse de la qualité des soins en raison de la sortie prématurée des malades dans la mesure où le prix est déconnecté de la durée d'hospitalisation. Enfin, le dernier effet pervers est le recentrage de l'activité des établissements autour des spécialités financièrement intéressantes (comme la chirurgie orthopédique) et la suppression des activités non rentables (urgences, médecine interne).

Du point de vue de l’organisation interne des hôpitaux, ce nouveau mode de financement a abouti à une rationalisation forte de l’activité par la mise en œuvre de techniques de management directement inspirées du secteur privé et un accroissement de la productivité. Ce qui a débouché non seulement sur la rationalisation des flux de patients et la standardisation des procédures de soins, mais aussi sur la mise en place de nouveaux indicateurs de performances pour mesurer le travail et évaluer les personnels. Ces changements dégradent fortement tant les conditions d’accueil des patients que les conditions de travail des soignants.

L’objectif de ce débat est d’abord de comprendre comment les différentes réformes mises en œuvre depuis le début des années 1990 ont conduit à cette situation intolérable à la fois pour les usagers et les personnels. Il faudra ensuite se demander quelles sont les issues possibles pour l’hôpital.

Le débat sera animé par Fabienne Orsi, économiste, chercheuse à l’IRD.

Avec :
- Frédéric Pierru, chercheur en sciences sociales et politiques au CNRS ;
- Jean-Paul Domin, économiste, université de Reims, membre des Economistes atterrés ;
- Nicole Smolski, ancienne présidente du Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARE), anesthésiste à Lyon ;
- Jean-Pierre Ribat, médecin généraliste, médecin urgentiste à l’hôpital de Mantes-la-Jolie.

(source : les Economistes atterrés)

 

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