Discriminations à l'encontre des personnes LGBT en Afrique: un héritage colonial?

Rencontre – débat avec Patrick Awondo, anthropologue, dans le cadre du cycle « Perspectives antiracistes & postcoloniales » (3e édition). // Vendredi 3 avril à 19h30, à la Maison des Passages.

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En Afrique, les sujets faisant référence à la sexualité sont presque tabous. Le sexe se pratique plus qu’il ne se dit. Avec l’arrivée des colons, certaines pratiques considérées comme étant normales seraient devenues des pratiques sexuelles « impudiques et contre nature »*.

L’homosexualité est aujourd’hui condamnée dans trente-six États en Afrique ou elle est considérée comme un crime, une pratique « contre nature », et souffre d’un déni social. La conception contemporaine du sexe et du genre dans les sociétés post-coloniales africaines est-elle une conséquence de la pensée coloniale qui a érigé l’hétérosexualité en norme dominante, en pénalisant les relations entre personnes du même sexe au nom de la « décence » ou de la religion ?

Les lois pénalisant l'homosexualité sont souvent l'héritage de la colonisation et les gouvernements post-coloniaux se sont appuyés sur cet héritage pour consolider la criminalisation de l’homosexualité sur le continent.

*Loi de base No 65-60 du 21 juillet 1965 portant Code pénal du Sénégal amendé le 29 janvier 1999.
La plupart des lois en vigueur en Afrique subsaharienne sont des lois coloniales qui ont été imposées au temps des colonies, et qui n’ont pas été abrogées aux indépendances.
Ainsi, une trentaine de pays disposent de législations interdisant ou réprimant l’homosexualité, parfois de la peine de mort.
- les sections 162 à 165 du Code pénal kényan
- les sections 153 et 156 qui concernent la « moralité publique » est utilisée pour punir les relations homosexuelles
- l’article 145 du code pénal Ougandais
- l’article 308 du code pénal Mauritanien
- l’article 148, du code pénal Soudanais qui prévoit la peine capitale
- les articles 214 et 217 du code pénal nigérian.

PATRICK AWONDO, anthropologue et enseignant à l’Université Yaoundé I et post-doctorant au sein de l’IFE, à l’ENS de Lyon (bourse post-doctorale Sidaction), où il étudie la prise en charge de la co-infection (VIH-tuberculose) dans les prisons du Burkina Faso et au Cameroun. Dans le cadre de son doctorat, Patrick Awondo a étudié les formes de mobilisations politiques des homosexuels en temps de sida au Cameroun et la construction du sujet dans le contexte migratoire France-Cameroun.

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