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Science-fiction

Quelque part dans le futur. Disons 2019. Ça se passe à la campagne. Mais maintenant on dit territoires ruraux.
  1. Quelque part dans le futur. Disons 2019. Ça se passe à la campagne. Mais maintenant on dit territoires ruraux.

  2. Ces territoires ruraux, donc, se dépeuplent et s'appauvrissent. Les maisons sont à vendre. Oh, pas toutes, non. Pas tout de suite.

  3. Les commerces aussi. À vendre ou à louer, mais les vitrines restent vides. Oh, pas toutes non plus, mais franchement : beaucoup.

  4. Les jeunes regardent demain avec des yeux de citadins et retiennent au moins ceci de leurs leçons qu'il leur faudra partir, être mobiles. En plus d'être flexibles.

  5. Et puis il y a... ce qu'on mange. La nourriture. On commence à craindre pour notre santé.

  6. Et puis les citoyens et le pouvoir commencent à s'affronter. Les pacificateurs sévissent, éborgnent, mutilent. Mais tout ça est assez loin de nous. En métropole. À la ville. Juste un arrière plan, aucune alarme réelle via nos interfaces tactiles.

  7. Nous, ici, à la campagne , on se demande encore ce qui est en train de nous arriver, et comment on va y réagir, maintenir de la vie ici, donner envie de rester chez nous, ou d'y venir. Attractivité, tourisme, marketing territorial, stratégies de développement, projets de territoires et autres territoires de projets : pour nous en sortir, il nous faut innover.

  8. Aux commandes, des élus locaux. Autant dire nos parents, voisins, amis, cousins, et parfois nous-mêmes. Autour de la table dans les salles des Conseils, souvent le même constat, celui de notre difficulté à enrayer cette hémorragie, à guérir, à reprendre de la vigueur. Oh, pas toujours mais franchement : souvent.

  9. Un terrain de jeu, un parmi les autres, auquel on est attentif, de gré ou de force : l'intercommunalité, la Communauté de Communes, l'EPCI. La Com-com. Ce bateau ivre qui vient de subir deux redécoupages successifs, à qui on a transféré des compétences sans les moyens de les exercer, ce nouvel espace de coopération au sein duquel s'organise la concurrence entre les territoires. Un terrain de jeu ou une arène ?

  10. Une règle du jeu, comme une injonction, récurrente, diffuse, globale, intégrée : faire des économies. Et parmi bien d'autres, le poste ressources humaines en fait les frais. Résultat, les compétences administratives des EPCI s'élargissent, alors que leurs compétences professionnelles se réduisent. En d'autres termes, elles n'ont pas les moyens de recruter des agents pour se réorganiser en fonction de leurs nouveaux périmètres géographiques et administratifs. Pas les moyens de rendre les services publics pour lesquels elles existent. Cherchez l'erreur.

  11. Voilà un chapelet de constats négatifs qui pourrait être allongé à souhait si nous ne cherchions à être synthétiques.

  12. Pourtant, sur les territoires, les acteurs restent présents. Ils continuent même à être des sources d’initiatives, des forces de propositions. Des forces vives. Des projets, il n'en manque pas. Et des personnes pour les porter non plus .

  13. Même en situation de fragilisation, les territoires demeurent d'une énergie vitale très forte.

  14. Même vieillissants, nous restons nombreux.

  15. Même en situation de crise nous restons intelligents et créatifs.

  16. Nous avons changé, certes, nous nous sommes un peu résignés, mais franchement : pas tant que ça.

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