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Balade et compagnie

Des années qu'on le connaît Bernard, c'est quelqu'un, comme on dit. Un de ceux qui œuvre patiemment, toute leur vie, un de ceux qui doutent, cherchent beaucoup aussi. Un parmi tant et tant d'autres. Mais un qui compte dans et pour le paysage de l'Economie Sociale et Solidaire de la Dordogne. Un qui, surtout, compte pour nous.
  1. Juin 2020. Saint-Léon-Sur-Vézère. Dordogne.
    Nous sommes sur la Côte de Jor plus exactement. C’est là qu’habite Bernard Bianchi, il est comme un parrain, présent et encourageant, pour nous et pour bon nombre d’entrepreneurs de l’Économie Sociale et Solidaire. Aujourd’hui, jeune retraité, nous le retrouvons pour parler de lui le temps d’un après-midi. Une conversation à bâtons rompus pour le rencontrer, un peu autrement.

  2. On lui a demandé de nous ouvrir l’envers de son décor, ses coulisses ; les alentours, les petites routes, les coins où il aime à flâner. Ça se passe entre forêts et prairies, entre trajets dans son auto et balade dans les herbes hautes. C’est l’occasion pour nous de découvrir des paysages et des panoramas à couper le souffle.

  3. Le propos nous amène de Marseille à Aix-en-Provence et de Perpignan à Saint-Léon-Sur-Vézère. Nous faisons des bonds dans le temps sans trop nous soucier des anachronismes, alors, pêle-mêle nous parlons de la création d’associations d’aide et d’entre-aide, dont celle d’Iriscop devenue par la suite une Coopérative d’Activité et d’Emploi, de trois années de vie en communauté dans un mas en Provence, d’hélicoptères Tigre et de la programmation de leurs simulateurs de vol, de quatre années de délégation syndicale à Force Ouvrière, d’un papa lui-même syndicaliste sur le port de Marseille, des hivers à skier dans les Alpes grâce au C.E. de ce fameux papa, de la naissance d’un petit garçon prénommé Sami, de soirées en discothèque à photographier les noctambules et les fêtards, d’un nombre incroyable de disques vinyles – vendus alors que les temps étaient un peu durs – à faire pâlir les plus férus des collectionneurs, d’un soutien inconditionnel à sa famille et de sa présence auprès de sa maman à la fin de sa vie, d’un licenciement économique négocié et salvateur, d’années de chômage et de petits boulots, de nombreux copains après une enfance plutôt solitaire et puis surtout, de sa rencontre avec le bouddhisme.

  4. Il nous fait part de cette composante fondamentale de sa vie au cours de la balade qui nous conduit sur pas moins de neuf lieux sacrés qui émaillent la Côte de Jor.

  5. Ce sont les années passées à Airbus Hélicoptères entre gestion et syndicalisme, qui l’amenèrent au bouddhisme. Marqué d’une envie folle de changer les choses, de bien faire pour que tout aille au mieux, mais aussi frustré, agacé, il finît par comprendre que cette colère à peine maîtrisée lui venait d’un biais tout personnel : il voulait que ça se passe comme lui, pensait que ce devait être.

  6. Il parvint à comprendre que ça ne pouvait pas durer, alors, un jour, un peu comme ça, il entra dans une antenne de Dhagpo basée à Perpignan, avec au fond de lui comme une idée un peu diffuse ; changer, se transformer. Et puis, ce fut la Dordogne.

  7. Tout un univers se révèle à son arrivée à Dhagpo en 2001, il y vit, y travaille, il y reste quatre années. Depuis le bouddhisme se déploie dans son existence au jour le jour.

  8. On se laisse embarquer, parfois même dériver – non sans plaisir – dans l’histoire de Dhagpo et du bouddhisme. D’anecdotes en épisodes légendaires, il nous explique comment tout a commencé, ici, sur la Côte de Jor en 1975 par le don d’une dizaine de fermes à différents grands maîtres Bouddhistes par le milliardaire anglais Bernard Benson. Il nous parle de l’immense ferme en ruines et à retaper, d’un Baba, incontournable figure liée à Dhagpo, il y a œuvré depuis les premiers jours, des premiers enseignements donnés sous une tente, du rêve d’un Karmapa d’un grand champ sacré, de moulins à prières, de mantras, de tours de stupas et de rituels sacrés.


    Rituel du soir © Correspondances_2020

  9. La balade se poursuit, on marche, les yeux étonnés et éblouis par ce qu’il nous montre. On n’en revient pas des constructions qu’on rencontre, des plus petites au plus imposantes, des plus rudimentaires aux plus sophistiquées, elles sont toutes les témoins de la ferveur de tous ceux qui passent dans et par ces lieux.

  10. Bernard, il vit tout simplement au milieu de tout ça. De lieu en lieu, la conversation se déroule, et on s’attarde sur la notion de solidarité, il en parle souvent, depuis DHANA, l’association d’aide à la personne jusqu’à Iriscop en passant par le syndicalisme, ses activités et ses projets sont tous basés sur une motivation : aider les autres. Il dit que la solidarité, elle est dans ses gênes.


    Dans la dernière phase de cette vie, avant la retraite, je voulais aider les autres à révéler et faire vivre leur projet, c’est comme ça qu’Iriscop c’est devenu concret, c’était un moyen de faire vivre tout ça.

  11. Il nous parle de liens, d’interdépendances, et même de coopération, de son envie de rendre ces concepts réels et concrets, de les mettre au premier plan, de les faire se confronter à l’épineux problème que peut constituer, pour tout un chacun, la nature humaine et ses inhérentes difficultés relationnelles.

  12. À ce désir de solidarité vient s’articuler l’envie de plus d’autonomie vis-à-vis des lobbies artisans du monde capitaliste et néo-libéral, notamment en matière d’alimentation, avec pour intention de reprendre la main sur ce qu’on mange, de chercher à maîtriser ce que nous mettons dans notre assiette, parce que c’est une base de notre quotidien et parce que, comme le dit Henry Kissinger « si vous contrôlez la nourriture, vous contrôlez la population ». Voilà pourquoi les projets d’autonomie alimentaire retiennent aujourd’hui son intérêt, il aurait envie de voir des territoires s’organiser et devenir autonomes, les voir s’émanciper des géants mondiaux qui par leur monopole sur les semences et les traitements phytosanitaires finissent par nous contrôler.

  13. Et tout ça ne pourrait se rendre possible qu’avec des collectifs d’acteurs de ces territoires, solidaires et coopérants. La boucle est bouclée.

  14. Ce sera peut-être pour une autre vie. En attendant, nous prenons la mesure de la présence, ici et maintenant de Bernard.

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