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Vous n'aurez pas ma haine.

Une qui photographie, une qui écrit. Réunir nos médiums pour communiquer sur notre monde, celui qui nous entoure et celui qui nous meut. Offrir un témoignage de notre temps, ces années 2020. Au service de l’éveil des sens, nous vous proposons quelques récits tirés de la réalité ou imaginaire. Marie & Charlotte
  1. Vous n’aurez pas ma haine Messieurs.
    Messieurs et Mesdemoiselles et Mesdames.
    Car, étonnement, certaines femmes font partie de votre mouvement.
    Mais pourquoi n’en seraient-elles pas ?
    Si l’intelligence, la vraie, devait être une histoire de sexe, ça se saurait.

    Vous n’aurez pas ma haine.
    Vous me tuez. Vous n’aurez pas ma haine.
    Vous poursuivez votre ligne.
    Vous prétendez nous entendre, nous avoir entendu.
    Vous ne m’avez pas entendu. Vous ne nous avez pas entendu.
    Et ça n’est pas parce que vous dites nous avoir entendu, que vous nous avez entendu.
    Il ne vous suffit pas d’affirmer pour que vos paroles soient dénuées d’erreurs.
    Et vous en faites beaucoup, des erreurs. Enormément, ces derniers mois.
    Depuis toujours peut être. C’est outrageusement visible, à la surface ces derniers mois.
    Vous n’êtes pas Dieu, ni Jupiter.
    Cela m’a troublé hier soir : cette grande roue illuminée au milieu des Tuileries qui diffusent dans son centre (j’aurai pu dire coeur, mais c’est bien connu, une roue n’a pas de coeur), qu’aucun ne peut pas ne pas voir, un “JUPITER” qui disparait puis réapparait sans cesse en prenant le temps de se dévoiler, une lettre après l’autre, pour finir par se montrer pleinement, entièrement.

    Vous vous croyez, davantage que vous croyez des millions de français ?

    Les minorités, et je sais ce que sait, sont bien entendu à suivre. Elles peuvent faire grandir parfois. Je vous écoute, je ne peux plus. Je me sens trompée et abusée. Et, ça, vous l’entendrez, ça n’est pas agréable. Je n’aime pas ça.
    Vous le savez au fond de vous que vous n’êtes pas l’humain que vous vous prétendez, que vous avez donné à voir en 2017.
    Vous le savez.
    Une part de vous le sait.
    Vous allez perdre Monsieur Macron.
    Vous avez déjà perdu ma confiance.
    Mettre cet adjectif à la suite du vôtre me fait mal au ventre aujourd’hui.
    Je déteste être trompée.
    Je mets du temps avant d’accorder ma confiance réelle, pleine et véritable à quelqu’un.
    D’autant plus si ce “quelqu’un” a vocation à représenter la France, à décider de la marche à suivre.
    J’ai cru et n’ai pas écouté - et encore moins entendu - ceux qui ne pouvaient accorder leur confiance à un homme qui est et resterait un économiste, avec une vision unique et centrale fondée sur des idées «d’hommes d’affaires».
    Moi, j’ai cru au miracle, j’ai cru que vous pouviez incarner une figure idéale qui exige un parfait équilibre entre le coeur et la raison, avec toujours la priorité absolue donnée au coeur.
    J’ai été aveugle.
    Vous voyez, moi aussi je me suis trompée.
    Tout le monde fait des erreurs.

    La différence de valeur entre les êtres peut se révéler - il me semble - dans les leçons tirées des erreurs. Entre ceux qui savent s’enrichir des enseignements imposés par l’expérience passée, et ceux qui renouvellent - continuent - poursuivent toujours le même chemin et ne font jamais le travail de fond nécessaire à une évolution favorable.
    Aujourd’hui, Monsieur le Président, je vous perçois comme un danger pour la bonne santé des français. Votre politique n’est pas celle qui nous fera grandir.

    Je crois profondément en l’humain, en sa capacité à évoluer, à s’adapter, à s’élever, à tomber, à s’effacer, à se montrer. Vous manquez indéniablement d’humilité, de respect, d’empathie. Et il me semble - qu’à votre stade - vous ne pourrez acquérir ces valeurs que dans le chaos. Certaines choses ne s’apprennent qu’aux pires tempêtes.
    Il est parfois impossible de prévenir, seule la recherche de la guérison offre à l’humain le véritable dépassement de lui-même et l’acceptation du changement. Si aucun péril n’est dans la balance, rien ne bouge de manière substantielle.
    Je ne veux plus de la société que vous proposez.
    Et il me semble que je ne suis pas seule.
    Je ne veux plus d’une vie qui tourne uniquement autour de l’argent.
    Ça n’est déjà plus le cas personnellement. J’ai ouvert les yeux et changé de vie il y a 10 ans.
    J’ai ainsi arrêté de me tuer. Je me suis sauvée. Ça m’a demandé énormément d’efforts. Il me serait invivable aujourd’hui de retourner dans cet état d’esprit que vous cherchez à imposer aux français sur la manière de mener et de choisir sa vie.
    Jamais je ne pourrai avoir pour priorité vos priorités.
    L’argent n’est rien et est encore moins un élément de pouvoir.
    Et je ne veux pas d’une société qui donne à l’argent, un bout de papier, le pouvoir sur nos vies.
    Et c’est que vous vendez Monsieur, vous marchez uniquement dans cette étroite vision qui consiste à avoir une vie tournant autour d’un intérêt : l’argent, l’économie, la finance. Ce sont des synonymes dans mon esprit.
    Oui j’en ai un.

    J’ai appris à réfléchir, à m’exprimer, à apprendre, à me taire, à écouter, à entendre, à donner, à penser, à écrire.
    L’humain n’est pas sur Terre pour ne vivre qu’au travers d’un capital à avoir, à détenir, à posséder, à gérer, à transmettre, à développer, à optimiser, à entretenir.
    Un bout de papier n’a pas et ne doit jamais être érigé comme détenteur du devenir d’un être, d’un français. Il m’est insupportable d’entendre que cet élément devrait décider de nos vies, de nos possibilités, de nos actions.
    Je ne veux pas d’une société qui véhicule cet état d’esprit.
    Libre à vous et à tous les économistes et capitalistes du monde de n’avoir que d’amasser de l’argent comme objectif.
    Libre à vous.
    Personne ne vous autorise à imposer cette mode, cette vision, à l’ensemble de l’humanité.
    Et je me fiche que le monde tourne ainsi ou de cette manière depuis des décennies.
    Je m’en fiche.
    Ca n’est pas ce qui est sain pour l’être.
    Il est temps de revenir à la source et de créer de nouvelles fondations. 

    Je n’admets pas que l’Etat français créé des billets pour les donner aux banques.
    Je n’admets pas que l’Etat français créé jour après jour un fossé de plus en plus flagrant entre ceux qui ont faim et ceux qui ont les placards remplis.
    Je n’admets pas que l’Etat français créé une société anxiogène où il devient impossible de joindre les deux bouts.
    Je n’admets pas que l’Etat français créé comme unique pensée viable et valable celle qui consiste à choisir une vie déconnectée de sa sensibilité et orientée vers des métiers qui paient.
    Je m’admets pas que l’Etat français créé une méfiance envers son peuple, ne l’écoute pas, ne l’entends pas, le maltraite, le déloge, l’abandonne.
    Je n’admets pas que l’Etat français ne considère pas son peuple.
    Je n’admets pas que l’Etat français ne soit pas solidaire de la difficulté et du ras le bol évidents et généralisés.
    Entendez que c’est de tout le système capitaliste qu’on ne veut plus.
    Entendez-vous cela ?
    Peu importe qu’il ait pu fonctionner et apporter à notre monde une réponse à un moment de son histoire.

    On ne peut plus s’inscrire dans ce système aujourd’hui, il n’offre aucun avenir radieux.
    Il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de solution économique au mécontentement et au malaise des français. Ouvrez les yeux.
    Regardez.
    Voyez.
    Vous ne pourrez cependant - je le crains - jamais voir, regarder comme je l’entends car vous vous êtes coupé d’une des clés essentielles à cette clairvoyance : votre humanité.
    Les philosophes, les écrivains, les artistes, les enfants sont ceux qui peuvent vous aider, vous guider.
    Mais il faudrait pour cela que vous acceptiez de ne pas savoir.
    Que vous acceptiez de vous remettre en question profondément.
    Vraiment. Pas en surface, comme vous faites depuis quelques semaines ou à chaque petit dérapage.
    Pour vous, il n’y a jamais eu de dérapage.
    C’est là que je m’inquiète sur votre fond.
    Si votre entourage, vos conseillers ne vous faisaient entendre ou voir certaines choses, vous ne vous en seriez jamais rendu compte. Comment, dans ces conditions, les choses peuvent-elles s’inscrire en vous ? Elles ne s’inscrivent pas, vous n’évoluez pas, vous continuez.
    Alors, nous allons aussi continuer Monsieur Macron.

    Bien que j’aimerai tellement investir mon énergie et mon audace à d’autres loisirs.
    L’urgence de la situation, le cumul de tout ce qui se passe - s’est passé, la coupe devient pleine pour moi également et j’entre dans le bras de force, le combat, le jeu.

    Vous vous prenez beaucoup trop au sérieux.
    Personne ne détient la vérité, car il y a autant d’humains que de vérités.
    Votre vérité n’est pas la mienne et je refuse que vous m’imposiez la vôtre.
    Croyez-vous que l’on perd tout ce que l’on a par “mauvaise gestion”, “connerie”, “imbécilité” ? Tant que vous penserez qu’il y a une hiérarchie entre les êtres, vous n’avancerez pas. Et tant que vous êtes Président, si vous n’avancez, les français n’avancent pas. S’ils parviennent à avancer au quotidien dans leur microcosme, en une décision - une parole, vous anéantissez leurs efforts accomplis chaque nouvelle journée.
    La société, notre monde ne pourra pas avancer de cette manière.
    Tant que la corruption d’Etat à tous niveaux existera.
    Je sais bien qu’en France nous mettons toujours des décennies à comprendre la nécessité et l’opportunité de changements profonds.
    Inutile de ralentir ce mouvement naturel ayant à sa barre des années de pratiques, de traditions, de corpus, de lobbys.
    Je refuse de vivre dans un Etat où il est autorisé “la main-mise” de laboratoires, de sociétés, de groupements.

    Le pouvoir appartient à celui qui prétend avoir le pouvoir.

    Je veux d’une société qui démonte un par un tous ces maillons de chaînes corrompus depuis des décennies,
    Je veux d’une société qui offre à ses habitants les meilleures garanties de solidarité - égalité - liberté, Je veux d’une société qui donne à ses citoyens la possibilité de participer aux votes régionaux,
    Je veux d’une société qui donne à ses citoyens la possibilité d’organiser un référendum sur toute question de gestion générale du pays,
    Je veux d’une société qui entend l’humain, les disparités qui existent, les impossibilités qui perdurent et deviennent ingérables, qui décide en harmonie et concertation,
    Je veux d’une société qui donne la priorité aux échanges avec les français face aux échanges internationaux,
    Je veux d’une société qui est ouverte sur le monde, regarde, observe,
    Je veux d’une société qui reconnait ses failles et accepte d’apprendre et d’évoluer au fur et à mesure des expériences et équations à résoudre,
    Je veux d’une société qui répartit les richesses et imposent cette répartition,
    Je veux d’une société qui fixe un minimum et un maximum de revenus,
    Je veux d’une société qui encourage ses citoyens à oeuvrer à l’épanouissement de leur existence,
    Je veux d’une société qui offre une éducation universelle, concrète, adaptée, à échelle humaine,
    Je veux d’une société qui offre une éducation à l’être, individuel et collectif,
    Je veux d’une société qui offre une véritable considération de tous ces citoyens,
    Je veux d’une société qui offre une justice efficace, ferme, constante, indépendante,
    Je veux d’une société qui donne place égale aux matières dites premières, secondaires, tertiaires,
    Je veux d’une société qui offre du rêve, qui offre un secours face à l’effroyable vérité de toute existence et apprend à l’être à gérer au mieux ce passage terrestre en fonction de ses propres aspirations,

    Je veux d’une société qui a pour fondations : l’amour, le plaisir, le jeu, la légèreté, la tolérance, la singularité, la différence, la culture, la connaissance, la curiosité, la philosophie, le sport, la nature, l’art, l’inventivité, la langue française, la collectivité,

    Je veux d’une société qui donne à chaque individu la possibilité de vivre ce qu’il désire au plus profond de lui,

    Je veux d’une société qui bouscule les traditions et offre une organisation adaptée au moment présent.

     

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