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Baisse de la capacité d’accueil des hôpitaux : De la colère dans le cathéter

Nos hôpitaux sont noyés par une seconde vague. La faute à nos mauvais comportements ou à une politique sanitaire défaillante? Une évidence s’affiche : la capacité à recevoir des patients atteints du Covid-19 met en lumière les fragilités de nos systèmes hospitaliers. Et la sonnette d’alarme est tirée depuis 10 ans.
  1. La pandémie de COVID-19 exerce une pression sans précédent dans l'Union Européenne (voir : Évolution du covid-19 en Europe sur European DataLab). Dans ce contexte, le nombre de médecins et de soignants disponibles et la capacité d’accueil des hôpitaux sont des éléments clés dans le traitement des personnes contaminées. Or, il faut relire l’histoire des politiques de santé pour comprendre. Depuis 2013 déjà, Le Conseil de l’Europe dénonce l’aggravation des inégalités d’accès aux soins en Europe et les conséquences catastrophiques des coupes budgétaires sur la santé. Préparé par un médecin et sénateur français, le Dr Jean-Louis Lorrain, et une sage-femme et sénatrice suisse, Liliane Maury Pasquier, le rapport adopté à Strasbourg par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe souligne les effets dramatiques et délétères des politiques d’austérité sur la santé des Européens et sur l’organisation même des systèmes de santé.

    Une diminution des lits dans 24 pays sur 29

    Le nombre de lits disponibles pour soin curatif pour 100.000 habitants permet de mesurer la capacité d’accueil des hôpitaux. Or, l’état des lieux est affligeant. Parmi toutes les économies réalisées dans les soins de santé, les hôpitaux ont payé un très lourd tribut. Les courbes sont décroissantes et sombres : outre le nombre d’institutions hospitalières qui ont fermé leurs portes, le nombre de lits s’est fortement réduit entre 2007 et 2017.

    Les pays de l’Europe de l’Ouest composent en grande partie le groupe des États avec les plus faibles capacités d’accueil. La France appartient à ce groupe avec 309 lits disponibles pour 100.000 habitants. La Suède, le Royaume-Uni et l’Espagne comptent les plus faibles capacités d’accueil en Europe avec moins de 250 lits.

    Cette diminution des capacités d’accueil concerne 24 pays sur 29. Seuls cinq pays ont connu une augmentation du nombre de lits pour soin curatif : la Pologne, l’Irlande, la Bulgarie, Malte et la Roumanie. En France, le nombre de lits pour soin curatif pour 100.000 habitants a baissé de 13,7 % et en Belgique, de 10,9%, alors que la population augmente dans le même temps de 10% (chiffres OCDE).

    L’ambulatoire : un virage non maitrisé

    L’ambulatoire est le tournant qui va de pair dans les réformes hospitalières menées depuis des années et qui permet aussi de comprendre la pénurie de moyens que la pandémie actuelle révèle. « Ambulatoire » est le terme utilisé par le monde médical pour désigner la prise en charge des patients à la journée. Techniquement, il y a bien hospitalisation, mais le patient arrive le matin et repart le soir. Il ne dort pas à l’hôpital. C’est donc extrêmement rentable au niveau du « turn-over » des malades. Toutefois, si l’ambulatoire est un atout pour les établissements en quête d’efficience médico-économique, il n’est pas normal que la qualité des soins soit perçue comme un « surcoût ». Et force est de constater, avec ce virus qui nous frappe de plein fouet, que la prise en charge ambulatoire n’est pas adaptée à tous les cas. Le virage vers l'ambulatoire fait donc actuellement aussi partie des nombreux dérapages non contrôlés dans nos politiques de santé.

    Soignants : une profession dévalorisée et épuisée

    Depuis des années, les conditions de travail des soignants se sont également graduellement dégradées. L’accroissement des tâches à réaliser au cours des heures de travail, notamment administratives et  qui ne relèvent pas directement du soin, s’est fait, au prix d’une certaine déshumanisation du métier. Horaires irréguliers, effectifs réduits, épuisement, rigueur budgétaire, pressions et manque de disponibilité de la hiérarchie, manque de temps pour les malades et insécurité tant des patients que pour le personnel font craindre le pire pour la suite.

    Le mythe de l'infirmière souriante et investie dans l'écoute se fissure jusqu'à exploser, comme le nombre de cas de dépressions, ce qui fait du métier la branche la plus touchée des activités de la santé en termes de burn-out. Concernant plus particulièrement le risque de basculement dans l’épuisement, 45 % du personnel infirmier cite au moins l’un des symptômes-type. Dépersonnalisés dans leur mission première, un nombre croissant d’entre eux quitte la profession en cours de carrière. La problématique est particulièrement aigue dans le contexte des soins intensifs et palliatifs. Un mal-être qui n'est pas sans conséquences sur la qualité des soins. Le risque d’erreurs médicamenteuses ou lors d’un acte technique est augmenté, corolaire d’une fatigue chronique. C’est ce que l’on appelle, de façon voilée,  des « événements indésirables liés aux soins ».

    Personne ne devrait mourir par défaut de soins

    L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) établit pourtant que « la possession du meilleur état de santé qu’il est capable d’atteindre constitue l’un des droits fondamentaux de tout être humain ». Le droit à la santé comprend l’accès, en temps utile, à des soins de santé acceptables, d’une qualité satisfaisante et d’un coût abordable. Près de 70 ans après l’adoption de la Constitution de l’Organisation mondiale de la Santé, en pleine pandémie mondiale, ces mots résonnent avec plus de force et de pertinence que jamais. Il est temps de s’apercevoir que la santé doit échapper à la loi du marché. Le service hospitalier n’est pas un service hôtelier. Un hôpital saturé n’est plus un hôpital. Personne ne devrait mourir en 2020 du seul fait qu’il ne peut pas accéder aux services de santé dont il a besoin.

    « Le manque de soins fait plus souffrir que le manque de science » (Benjamin Franklin)

     Source : www. www.european-datalab.com

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