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Billet de blog 7 janvier 2026

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Pourquoi j'ai posé l'avion : récit d'une bifurcation nécessaire

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le prestige du cockpit

Pendant quinze ans, j'ai exercé ce que beaucoup considèrent comme le « plus beau métier du monde ». Pilote de ligne, c’était pour moi l’aboutissement d’un rêve d’enfant, une maîtrise technique de chaque instant et un statut social gratifiant. J’ai aimé voler, j’ai aimé la rigueur de ce métier et la beauté des levers de soleil à 30 000 pieds. Mais au fil des années, le paysage sous mes ailes a commencé à raconter une autre histoire que celle de mes instruments de bord.

​La naissance d'une dissonance

La rupture n'est pas venue d'une panne moteur, mais d'une panne de sens. En m'informant via des médias indépendants et des analyses systémiques, j'ai fini par confronter deux réalités inconciliables. D’un côté, mon manuel de vol et la promesse d’une technologie toujours plus performante. De l’autre, la certitude physique que chaque tonne de kérosène brûlée participait activement à l'effondrement des conditions de vie sur Terre.

​J'ai compris que l'aviation "verte" pour tous est un mirage technique destiné à nous faire gagner du temps alors que nous n'en avons plus. J'étais aux commandes d'un système qui, pour maintenir sa vitesse, sacrifiait le futur de mes propres enfants.

​L’atterrissage forcé

Prendre la décision de tout arrêter a été l'acte le plus difficile de ma carrière. Quitter le prestige et le confort n’est pas un sacrifice héroïque, c’est une mesure de sécurité. On ne continue pas un vol quand on sait que la piste d’atterrissage n'existe plus.

​Aujourd'hui, j'ai "atterri" au sens propre. J'ai choisi de vivre à une échelle humaine, dans le Puy-de-Dôme, loin des aéroports internationaux. Mon quotidien est désormais fait d'engagements locaux : soutenir l'agriculture paysanne, utiliser une monnaie locale pour protéger mon territoire de la finance globale, et apprendre à me passer des outils des géants du numérique qui, eux aussi, cherchent à tout piloter à notre place.

​Un message à ceux qui doutent

Si je témoigne aujourd'hui de manière anonyme, ce n'est pas par peur, mais parce que mon nom importe peu. Ce qui compte, c'est le message : la bifurcation est possible. Nous sommes nombreux, ingénieurs, cadres, techniciens, à ressentir ce vertige entre nos convictions et nos métiers.

​Je veux dire à ceux qui se sentent piégés dans des "jobs toxiques" que la sortie de secours existe. Elle demande du courage, elle demande d'accepter une forme de sobriété, mais elle offre une liberté qu'aucun cockpit ne pourra jamais égaler : celle d'être enfin en accord avec soi-même. La véritable aventure de notre siècle ne consiste pas à conquérir le ciel, mais à réapprendre à habiter la Terre.

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