La nuit des débats, dirent-ils...

A la veille des premières chaleurs d'avril, la fameuse Nuit des débats inaugurée par un cabinet de la maire dit PS de Paris semble peu correspondre aux attentes des franciliens. Sa définition du terme "débat" aurait pu en laisser coi plus d'un; et pourtant, la place de la République est noire de monde et l'on y campe.

   De Saint-Eustache à République...

   Du mot débats, tout de suite, on pense discussions, mi-véhémence, mi-honnêteté, rires étouffés ou enfumés, des gens du genre joviale, ceux carrément tristounets avec le pessimisme aux mollets. Dire débat et déjà on anticipe les relents marxistes de certains - flyers rouges Je lutte des classes - , puis les trouvailles réactionnaires des autres, convertis ou reconvertis à une Droite qu'ils disent soft. Une nuit prévue par un cabinet de l'Hôtel de ville pour que des débats fleurissent, que demande le peuple ? Peut-être de ne pas être pris pour un imbécile heureux. Si l'initiative est à saluer, je rejoins fondamentalement l'intervention du groupement Nuits debouts qui a perturbé ledit débat "Que peut encore la politique", à l'Eglise Saint-Eustache dans le 1er à Paris.

   Oui, Mediapart et la Revue du crieur ont bien fait de rebondir sur l'initiative de la mairie de Paris, à savoir prévoir une Nuit pour organiser des débats au coeur de sièges d'association, mairies et cafés de la capitale. Mais pourquoi avoir organisé un débat uniquement entre professionels? Des débats furent certes prévus de 19 heures 30 à 1 heure 30 du matin dans la fameuse église saint-Eustache, mais pourquoi diantre avoir une estrade, des micros-cravates et des professionels sous le feu des projecteurs? Bien, Madame Hidalgo l'invitée d'honneur de ce débat : "Que peut encore la politique". Je pense que nous en avons justement soupé d'assister à une énième séance plénière d'Homme politique au carré, mèches arrondies et maquillage célé aux cils. Ce que l'on attendait c'était justement de prendre, choper, creuser la parole, une parole que nous digérons depuis bien trop longtemps. La parole, vous savez ce sixième sens trop souvent ignoré, la voix qui permet à l'ouïe de fonctionner.

   Certes, les logorrhés d'Edwy Plenel sont toujours agréables à écouter, mais enfin, le peuple aurait voulu participer. Merci donc aux entrepreneurs de République qui ont investi les locaux de la sainte, fraîche et aux échos incessants - et contre performants puisqu'ils rendent l'écoute in-com-pré-hen-sible et entièrement messianique - de l'église Saint-Eustache. Ce sont des citoyens qui depuis trois jours investissent la place de la République à Paris pour manifester leur colère et leur indignation quant au passage de la Loi travail de Madame El-Komri, l'actuelle ministre du travail. Ces jeunes gens ont donc rompu - à raison - la discussion animée par le cofondateur de Mediapart Edwy Plenel ainsi qu'un journaliste à ce média, Joseph Confavreux. Depuis le début, 19h30, ledit débat se nécrosait dans une nécrophilie politique : "changeons les pouvoirs du Parlement sans forcément passer par une VI ème République mais quand même, changeons les choses!", "soutiendrai-je Hollande en 2017? A voir, je verrai...". Et les citoyens en état végétatif de spectateurs. Devant la télévision ç'aurait été pareil. Et la parole, alors ? Et le débat, surtout ?

   La nuit venant et le débat se rompant de plus en plus, ceux qui depuis deux nuits de suite triment place de la République et reçoivent l'ordre au petit matin de se disperser par les CRS municipaux, se sont déplacés à l'Eglise Saint-Eustache. Petite banderole "La République c'est public" - certainement usée par la pluie battant le pavé parisien sans discontinué depuis deux jours et deux nuits - ils ont imposé leur parole et ont libéré nos oreilles. Ceux qui ont la ville au corps depuis le 31 mars sont venus poser des questions - ou demander des réponses, c'est selon - à la maire socialiste de Paris, Madame Hidalgo, l'Andalouse revendiquée.

L'anamorphose des marabouts en rêveurs

   De suite l'assistance s'est levée. De "spectateurs" le public s'est métamorphosé en corps organique vivant de la société. De suite, les petites chaises de ceux qui croient et pratiquent leur catéchisme chaque dimanche n'était plus du tout appropriées. On s'est levé alors, on a voulu savoir ce qu'il se passait, pourquoi ledit débat était interrompu. Avec joie on a entendu des revendications concrètes, des appels aux réponses claires : "Mais où vont les réfugiés quand ils arrivent à Paris?" Aucune, aucune réponse de Madame Hidalgo, maire PS de Paris la capitale de France pays des droits de l'homme. Une poisseuse atmosphère. Le mot débat ne voulait plus rien dire, plus de cigarette, plus de marxistes affabulés ni de gauchos réactionnaires. Débat ? Non, rien.

   De la Nuit des débats il ne reste qu'un soupçon de bonne idée et beaucoup d'espoir de rejoindre vite, très vite - à pied, taxi, métro, moto - la place de la République. Lieu chéri où l'on aime se retrouver, jeunes vieux tantes et anciens amants. Depuis 2015 République rappelle Terrorisme, mais ce soir, cette nuit du 33 mars diluvienne, elle semblait avant tout être le point de ralliement de ceux qui Rêve général. On se sert jus bio et rap moderne, on foule au pied d'une statue bleuie par la nuit et on attend le matin clément, chaud et lourd du dimanche 3 avril. On se découvre d'un, deux, trois ou quatre fils et on file aux cours de socios, aux discours Lordoniens et aux journaux de la Parisienne libérée.

   De la Nuit des débats, on a filé en douce et avec conviction à République. Le 33 mars il pleuvait la nuit, le 34 l'après-midi on approche des 20 degrés 8. La République s'étalera, jusqu'à Châtelet, l'Hôtel puis Matignon. Pourquoi penser qu'une seule Nuit des - ledits -débats nous suffira ? Regardez-nous plus attentivement, il nous en faut mille et une de Nuits, et debouts.

 

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