Quand l’africanité refait la mondialité

Civilisation de l’oralité et berceau de l’humanité, l’Afrique entre dans une phase dialectique porteuse du changement pour le monde entier. La créolisation du monde est en marche et l’apport africain dans ce processus mondial ne cesse de s'agrandir.

 

Civilisation de l’oralité et berceau de l’humanité, l’Afrique entre dans une phase dialectique porteuse du changement pour le monde entier. La créolisation du monde est en marche et l’apport africain dans ce processus ne cesse de s’agrandir. Le monde en Afrique et l’Afrique dans le monde ainsi que les flux diasporiques, anciens et nouveaux, vont rendre la mondialisation beaucoup plus décentralisée, plurielle et mosaïque.

L’Afrique continentale doit assumer une grande ambition à la hauteur des enjeux résultant des révolutions culturelles, économiques et démographiques en gestation. Un habitant sur deux du globe sera « africain » d’ici 2100. Ou presque. Un continent qui regorge de ressources naturelles mais aussi de compétences humaines. La place de l’Union africaine se consolide avec une dynamique d’intégration qui s’accélère (CEDEAO, SADC…).

 

L’essor inévitable

 

L’influence du monde occidental recule à la faveur de nouveaux acteurs du Sud : la Chine, l’Inde, le Japon, la Turquie, les pays du Golfe, la Russie, l’Iran…etc. Ce qui donne une marge de manœuvre plus importante aux africains dans les processus de négociation Nord-Sud. L’Afrique a aussi ses propres locomotives d’émergence : Afrique du Sud, Rwanda, Kenya, Maroc, Ghana, Ethiopie, Egypte, Sénégal, Algérie, Nigéria, Cote d’Ivoire…et ses cinq blocs d’intégration régionale. Avec une sixième région composée de sa diaspora très dynamique.

La visibilité de l’Afrique sera de plus en plus forte et diffuse. Obama à la Maison Blanche (2008-2016), Alain Mabanckou au Collège de France (2016), Tunisie et son Nobel de la paix (2015), Burkina Faso et son printemps démocratique (2014), Libéria et l’espoir Weah (2017). Après le phénomène de Nelson Mandela, l’Afrique continue à inspirer et à ressusciter l’espoir pour un avenir meilleur pour l’ensemble de l’humanité. Malgré les défis majeurs auxquels les Africains sont confrontés dans le court et moyen terme, les discours sceptiques sur le continent noir doivent être nuancés, voire réfutés à la lumière d’une dynamique peut-être lente, mais inéluctable. Celle qu’est l’Afrique de demain. Bref, le monde de demain.

 

Le sens recherché

 

Un monde où la place du rêve serait plus grande ? Un monde où Léon l’Africain peut revisiter Tombouctou sans avoir besoin de demander un visa ? Une Afrique où l’Egypte antique de Cheikh Anta Diop épouse enfin celle voulue par le Martiniquais Frantz Fanon ? Où le passé réinventé par les héros de la négritude s’ouvre au projet et au futur imaginé par les africanistes de la postcolonie (humanisme universel). Un monde où les damnés de la terre deviennent maîtres de leur propre destin ? Un monde où les descendants de l’Afrique, éparpillés aux quatre coins du monde, peuvent écrire fièrement et lucidement leurs cahiers des retours aux pays natals. Des Afriques où Césaire et Glissant font, chacun selon sa manière, l'éloge du « Tout-Monde ». Rendent hommage aux mille et une langues, croyances, couleurs, saveurs et philosophies du vivre-ensemble.

Une « Afrique-Monde » où l’Abyssinie et l’Arabie s’entendent sur la diversité et l’importance de toutes leurs origines : judaïsme, christianisme, islam, animisme…etc. Une Afrique-Monde faite des regards et des apports des malais, des antillais, des beurs, des métis, des pieds-noirs, des pieds-rouges, des afro-américains, des bantous, des arabes, des zoulous, des huguenots, des berbères…des humains tout court ! Attachés à une certaine idée de l’Afrique dans le monde. Une certaine idée de l'Afrique historique, hospitalière et hostile à toutes formes de frontière. 

 

Mohamed-Abdellahi ABBE

 

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