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Billet de blog 9 juin 2022

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Nupes : La désorganisation du désespoir ?

La dynamique d’union électorale à laquelle nous assistons, et l’engouement qu’elle suscite, semblent s’inscrire dans la continuité d'un self-defense populaire, qui désorganise durablement la mécanique du désespoir. Une vertu collective, pour trouver la France dans laquelle nous voulons vivre.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La période que nous traversons semble réveiller les raisons d’agir et d’espérer. Il y a 3 mois, beaucoup pariaient sur une quasi-disparition de la gauche à l’Assemblée Nationale. Aujourd’hui, à 3 jours du 1er tour des élections législatives, la perspective d’une majorité pour la Nouvelle Union Populaire, rebaptisée NUPES, est réelle. Leçon : La déploration sert toujours l’ordre établi, et le refus de l’une et de l’autre, en politique, vont ensemble. 

On a bien vu l’effroi qui a saisi une certaine partie du champ politique quand la perspective d’une alliance des forces de gauche a pris corps, dès le lendemain du 1er tour des présidentielles. Des personnages aussi divers (si l'on peut dire) que François Hollande, Richard Ferrand, Manuel Valls ou Jordan Bardella ont donné leur avis déploré sur la dynamique en cours. La machine à désespérer tentait dans un dernier effort de se remettre en marche, en vain.  

La vérité, c’est que ces prises de position ont renforcé l’enthousiasme populaire pour le rassemblement. La force du moment que nous vivons est qu’elle démontre une réflexivité au sein de la société mobilisée que le champ politique établi avait sous-estimée : non seulement la parole de ces personnes, d'emblée, n’est pas perçue comme légitime, mais dans un mouvement inverse elle légitime ce qu’elle entend délégitimer. Si François Hollande et Manuel Valls disent que ce rassemblement n’est pas la gauche, alors c’est qu’il doit véritablement l’être ! 

 La machine à désespérer apparaît comme désorganisée !

Ces dernières semaines, c'est "l'anti-déploration" qui est à l’œuvre : c’est pour cela que le fond de l’air est joyeux, sans que nous sachions vraiment pourquoi et surtout sans savoir où cela nous mènera. Les accords ont certes suscité quelques tensions, des parachutages et donc des frustrations, bien compréhensibles et légitimes. En effet, les territoires populaires où Jean-Luc Mélenchon a "cartonné" ont leurs singularités, leurs histoires, et ne sont pas des déserts politiques. L'engagement y est quotidien car vital. De cette nécessité est née une expérience qui devra se déployer dans le champ électoral. 

Dans le même temps, on a constaté dans la dynamique de ces accords une certaine résilience collective, quasi immédiate et unanime, qui peut surprendre lorsqu’on connaît les logiques routinières du champ politique. Ici encore, la machine à désespérer apparaît comme désorganisée : les arguments des gauches irréconciliables, les guerres d’égos, des obstacles insurmontables à la coopération, ne freinent pas le mouvement. L’inefficacité de telles sentences aujourd’hui les destitue de leur apparente objectivité d’hier.  
 
Il était ainsi un pseudo « sens commun » auquel nous nous étions habitués : une sorte de refrain ressassé, renvoyant à une idée un peu curieuse de la politique, entre recherche de pureté ontologique et certitude que la gauche telle que nous la connaissions avait disparu. Ce sens commun est en réalité « plein de politique », pour reprendre l’expression de Pierre Bourdieu, produisant et reproduisant des croyances constamment traduites à l’état pratique : ce sens commun était devenu une doxa de l’impuissance. C’est logiquement qu’il a été récupéré par la droite et l’extrême-droite, qui se permettent aujourd’hui de donner leur avis sur ce que devrait être la gauche, à la façon dont des hommes, sexistes le plus souvent, expliquent aux femmes ce qu'est le bon féminisme.  

« Ya pas le choix, faut voter pour le peuple »

Mais voilà que ce sens commun vole en éclats, sous l’influence d’une expérience populaire qui porte un usage pragmatique de la politique : « Ya pas le choix, faut voter pour le peuple », affirmait le rappeur Rohff dans une publication sans équivoque sur les réseaux sociaux à quelques jours du 1er tour de la présidentielle. La dynamique d’union électorale à laquelle nous assistons, et l’engouement qu’elle suscite, semblent s’inscrire dans la continuité d'un self-defense populaire, qui désorganise durablement la mécanique du désespoir. Une vertu collective, pour trouver la France dans laquelle nous voulons vivre.

Ulysse Rabaté  
Auteur de Politique Beurk Beurk. Les quartiers populaires et la gauche : conflits, esquives, transmissions (2021) 
Abdel Yassine 
Chef de file du groupe d'action de l' Union populaire de Fleury Mérogis
 

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