LA VACCINATION GENERALISEE OTAGE DE LA THEORIE DU PASSAGER CLANDESTIN

Toutes les sociétés humaines ont besoin de justifier leur défiance vis-à-vis de leurs gouvernants et de la manifester avec virulence : elles la mettent de plus en plus en scène sur les murs de leurs réseaux sociaux souvent pour démystifier ou critiquer le pouvoir parfois avec violence et outrage, il faut leur trouver des raisons et comprendre ces nouvelles formes de contestations, leur apporter une contradiction avec justesse et élégance. Autrement, ce sont les fondations de la citadelle des valeurs citoyennes, morales et sociales qui s’effondreront.  Cependant, vouloir déconstruire l’État, c’est faire rentrer le loup de l’anarchie dans la bergerie de la société, faire d’elle un passe-muraille vers le monde du désordre que les anarchistes pensent meilleur que celui de l’ordre amélioré. De son côté et en son temps,  Machiavel insistait bien sur le fait que ce n’est pas l’intérêt individuel mais le bien général qui fait la grandeur des cités.

A ce stade, précisons simplement que pour contrer la théorie libérale d’Adam Smith prônant le processus naturel que si chacun recherche son intérêt personnel il concoure à l’intérêt général, Mancur Olson oppose la rationalité collective à la rationalité individuelle. Il modèle le « problème du passager clandestin », une défaillance qui se produit lorsque certains se sacrifient pour faire profiter toute la communauté de leurs accomplissements. Il prend l’exemple des grévistes dans le contexte américain, l’action collective du combat permet aux non-grévistes toujours plus nombreux de profiter du butin et des acquis des combats sociaux.

Par analogie, la vaccination généralisée contre la COVID-19 pourrait échouer face au paradoxe du passager clandestin, le vaccin élevé au rang de bien commun de l’humanité pourrait tout en  étant disponible et équitablement réparti succombé face au choix opportuniste de l’individu « rationnel » de l’immunité collective par substitution. Ainsi, la vaccination de masse échouera et la pandémie ne pourrait être vaincue. Ce n’est pas une illusion mais une option probable  résultant de nos appétits pour de cupides formes de bien-être individuel basé sur le rejet du risque militant.

L’échec de la vaccination mondialisée contre la COVID-19 serait plus généralement le résultat de publications manipulées sur les réseaux sociaux visant des théories de complots comme celles de  réduire la population mondiale ou de contrôler les gestes et mouvements des personnes par le biais  de puces intelligentes. De ce point de vue, l’euphorie de la découverte d’un vaccin s’est obscurcit par le pari majoritaire sur la stratégie du passager clandestin, l’immunité des vaccinés assurera celle des non vaccinés.  

Atteints d’aveuglement et de surdité, certains gouvernants sont aujourd’hui incapables de convaincre leurs populations à se vacciner, ils se dédouanent de leur incapacité en jouant de l’alibi de la fausse démocratie citoyenne pendant que d’autres pays comme Israël vaccinent 150.000 personnes par jour, 1 millions en huit jours et un nouveau président américain et sa vice-présidente qui se vaccinent  face aux caméras du monde entier. Un Etat fort n’est pas toujours synonyme de verticalité, il doit déléguer aux territoires et aux régions certaines prérogatives vitales, la vaccination de masse  et sa logistique en font partie.

Il existe de multiples raisons pour justifier que nous sommes victimes d’actes de terreur commis par un ennemi invisible et vigoureux qui en plus de contaminer et de tuer, plonge nos vies dans de réelles souffrances psychologiques. C’est assurément aussi  le sacrifice des plus belles années de nos jeunes voire de leurs avenirs professionnels, la division de nos sociétés entre humains essentiels et humains non essentiels, le démantèlement de nos économies et l’édification de châteaux de dettes légués aux futures générations.

On aurait bien tort de ne pas  concéder à l’idée que cette humanité est de plus en plus désamarrée de l’intérêt pour le bien collectif, optant pour le bien individuel et faisant l’impasse sur toute options de solidarité collective. Par-delà ces changements, il faut rappeler que trois facteurs distincts mais cumulatifs interdisent aux foules de servir l’intérêt collectif. En premier, plus le groupe est grand plus la part de l’intérêt commun dans ce que reçoit chacun est réduite. En deuxième lieu, plus le groupe est large, plus la part revenant à chaque individu est petite. Troisièmement, plus ce nombre est important plus les coûts de l’organisation sont élevés. L’effort massif nécessite un engagement massif, et comme la propension pour le collectif est un choix et non un devoir tout espoir de voir triompher le collectif sur le singulier n’est désormais que mythe, la globalisation des mœurs a défiguré nos sens, chacun est en priorité otage de son moi supérieur. 

Ironiquement, l’immunité collective face au COVID-19 sera plus longue à atteindre malgré la disponibilité voire  la gratuité du vaccin, les réfractaires, les dubitatifs et les égocentriques useront volontairement et involontairement de la stratégie du passager clandestin et  profiteront de la vaccination des citoyens du monde les plus pauvres, les plus fragiles, les plus âgés et les plus altruistes. Et que face à la majorité silencieuse, la grande cause de la vaccination généralisée succombera devant les défenseurs de la défiance civile et se renforcera  d’une démocratie dans le déni, démocratie qui ignore l’affaiblissement de son pouvoir car dirigée et inégalitaire et  résultant d’une citoyenneté en déconstruction.

Retourner à la vie d’avant, ne pourrait être possible qu’avec la vaccination synonyme d’immunité collective, le vaccin est l’unique remède, il n’est pas pire que le mal provoqué par les peurs et les drames semés par le Coronavirus. 

 

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