LES GILETS JAUNES , DEFENSEURS DE L'HUMANITE?

Le rapport 2018 de l’ONG OXFAM sur la répartition des richesses est accablant tant il pointe la faillite des nations et dénonce les dégâts humains et sociaux opérés par les injustices sociales, fiscales et par les inégalités de capital. 26 milliardaires  détiennent autant d’argent que 50% de la population mondiale. Dans ce cercle vicieux, la richesse des plus riches s’accroît par jour de 2.5 milliards et la pauvreté des plus pauvres de 11%

Inexorables, la transformation digitale, la servuction, la robotisation et  la décomposition en marche de l’Etat nation, ensemble elles rendent l’exclusion stimulante et l’élite politique planétaire complice ou forcée de l’être. Et en même temps, les oligarques des establishments permettent  aux riches  de tous pays  de privatiser la pauvreté pour en extraire les dividendes de la précarité programmée. La dérive virale du libre-échange promu par Friedrich Hayek versus le juste- échange défendu par Pierre Sraffa. Ce bras de fer coût/production et salaire/profit opposent désormais et de plus en plus régimes politiques, rue et « Social Media Activits ».

Si la révolution française de 1789 a marqué l’histoire de l’occident, cette révolution populaire a été précédée par une déclaration historique de Louis XVI : «  en forçant le pauvre à entretenir seul les routes, en l’obligeant à donner son temps et son travail sans salaire, on lui enlève l’unique ressource qu’il ait contre la misère pour le faire travailler au profit des riches ». Le parallèle avec  Emmanuel Macron est saisissant, souvent désigné par les gilets jaunes comme le Président des très riches, le porte-parole des actionnaires et le façonneur des institutions pour servir les intérêts des lobbies, Emmanuel Macron décrié et paraissant comme l’ennemi juré d’un peuple besogneux en désobéissance.

Le soulèvement des gilets jaunes s’il n’annonce pas un acte II de la révolution française, tout bien pesé, il est sur les traces d’un certain Robespierre, ses partisans  pensent que le gouvernement viole les droits du peuple et que  l'insurrection est le plus sacré et le plus indispensable des devoirs. Ce mouvement qui fait bégayer conseillers et communicants du macronisme amorce une guerre inévitable entre deux modèles de société, celui de Davos, de la prospérité par l’accumulation de dividendes  et celui de de Porto Allègre du juste partage de la valeur ajoutée entre travail et capital. Ce courant  est inspiré des thèses néo structuralistes importées d’Amérique Latine, elles  défendent la souveraineté, l’avantage comparatif choisit et pour qui  le droit au travail n’est pas une utopie.  

Plus loin encore, les français baptisés gaulois réfractaires au changement par le Président de la République essayent à travers les gilets jaunes héros d’un  nouveau Germinal  de combattre le capitalisme nomade et la mondialisation humiliante. L’idée révolutionnaire des gilets jaunes n’est pas de défaire l’Etat mais de faire sortir la France et peut être  le monde d’une addition de sociétés algorithmiques pour édifier  des sociétés solidaires imbriquées et économiquement et fiscalement souveraines.   

Pourquoi les gilets jaunes non violents sont des défenseurs de l’humanité ? Parce que la France est une terre de solidarité, de liberté et de fraternité. Parce que la justice sociale est dans les gènes du peuple de France. Parce qu’ils dénoncent la fracture sociale et territoriale. Parce qu’ils criminalisent les inégalités des chances face à l’école, face au travail et face à l’accès à la prospérité. Parce qu’ils sont les porte-voix des sans voix de ce monde. Parce qu’ils  exigent sans dualité des  justices fiscale et sociale non pas en réinstaurant seulement l’impôt sur la fortune mais surtout en imposant les GAFA, les transactions financières qui représentent  5800 milliards de dollars par jour et qui pèsent annuellement plus de 100 fois le PIB mondial. Parce qu’ils  sont en quête de la modernité dans l’équité. Parce qu’ils pointent du doigt la vraie régression économique inévitable devenue sous la pression des puissants le symbole du divorce entre les facteurs capital et travail. Parce qu’ils sont convaincus que l’obsolescence programmé de l’emploi  et la cause de l’impossible réconciliation entre  les très facilement riches et les très assignés à vivre pauvres. Parce que les gilets jaunes s’inscrivent dans une vraie lutte des classes qui criminalise l’hégémonie néolibérale mondialisée, hégémonie qui dilue peu à peu les souverainetés étatiques. Parce que chiffres à l’appui, ces indignés nous éclairent sur  les écarts scandaleux de revenus entre un patron et un salarié, plus 256 fois aux Etats Unis, un gilet jaune devra travailler 180 ans pour gagner le salaire annuel d’un Carlos Gosn. Parce que 1/3 du PIB est versée aux rentiers actionnaires, 1/3 aux prélèvements obligatoires et au financement des intérêts de la dette et seulement 1/3 pour la consommation et l’épargne des ménage, une misère, de fait ingérable ! Parce que le pouvoir d’achat devra relever aujourd’hui de la finance car l’industrie a été vicieusement démembrée par le concours de castes intronisées par les marchés financiers afin de promouvoir le low cost, le chômage de masse,  les délocalisations et d’une finance cynique qui use de l’alchimie pour transformer le plomb en or.

La verticalité de l’exercice du pouvoir, le mépris des supposés sans destins, les petites phrases cinglantes et  l’exclusion sans merci des corps intermédiaires de la république, outils et arsenal dont Emmanuel Macron à fait la marque de fabrique de son quinquennat. Tous agrégés, ils ont été le catalyseur qui a conduit au renversement des barrières et à la convergence des luttes pour dénoncer quarante ans de fractures sociale, fiscale et territoriale. Nombreux sont les exemples de peuples qui sont illusionnés  par des politiciens de carrière souvent marchands de rêves dont l’essentiel de leur fonction est de miroiter le réformisme pour façonner leurs citoyens et servir les intérêts des minorités nanties et ceux des bailleurs de fonds. Crucifiant les  petits commerces pour favoriser les hypermarchés robotisés sans caissiers ni vendeurs aux mains d’actionnaires anonymes et cupides. Mettant à sac les PME-PMI à travers l’avantage absolu arbitré par les faibles coûts de le Chine et de certains émergents. L’insurrection des gilets gens est le préalable d’une révolte des nations  cherchant à  reconquérir la souveraineté économique, culturelle et sociale des peuples.

Il est grand temps de  réformer de manière inclusive et non extractive et de repenser la mondialisation que ni les gilets jaunes de France ni les armés d’indignés de la planète  ne chercherons à la combattre si elle est capable de se réinventer pour universaliser la prospérité, éradiquer le sous-développement et mutualiser le bien commun.     

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