Éloge d’un petit-homme

Article écrit en réaction spontanée aux réactions, diverses et variées, agressives, insultantes, intimidantes et petites suite au départ, légitime, de Adèle Haenel de la salle des césars. Covid-19 ou pas Covid-19, il ne faut pas oublier l'essentiel; vivre-ensemble. Bonne Lecture

Aujourd'hui, l'homme se sent déstabilisé, en insécurité, frileux, abandonné, vulnérable et ne comprend pas le sens de ce qui se passe autour de lui.

Voilà ce qui se passe cher petit-homme, une révolution sans précédent. Une mutation incontrôlable des mœurs, des genres, des couleurs... tu commences à sentir le vent tourner et tu es au bord de l'anévrisme.

Alors, tu t'adonnes à des réactions archaïques et abjectes, tu te laisses submerger par tes émotions, tu essayes de garder l’édifice intact or le mal est fait... la maison homme est d'ores et déjà fissurée, moisie et s'effrite au fur et à mesure que la liberté individuelle avance en souterrain, en façade et désinfecte minutieusement pièce après pièce.

Dans son avancée elle s’enrichit, grandit et s'impulse.

Aujourd'hui petit-homme tu te penses trahi, malmené et fragile. Tu te penses dans l'incapacité de t'exprimer comme avant, au bon vieux temps.

Tu accuses la femme et d'autres genres de te couper l’herbe sous le pied.

Il ne faut pas t'en vouloir cher homme.

Tu n'as jamais été cette entité forte et dominante que tu prétends être, tu as toujours été une petite et fragile créature qui propage la terreur, le totalitarisme, la torture, la misogynie, la pédophilie, l'homophobie et toutes sortes de phobies car tu as été construit exclusivement sur la base d’une histoire enkystée de fausses informations et de fausses suppositions ; tu es plus fort que le sexe opposé, plus sain que l'homosexuel et plus raisonnable que toutes les autres espèces qui ne te ressemblent pas.

Aujourd'hui, tu te laisses emporter, tu cries à l'injustice, tu hurles ta haine, tu gerbes ton inculture, tu frappes de tous cotés pour faire peur, intimider et t'auto-rassurer.

Tu as tout faux cher petit-homme, tu n'as plus le choix. Tu vis peut-être ta seule occasion de sortir de cette fable humaine la tête haute. Tu as cette chance de changer de logiciel car tout est possible; même un Bigard pourra, un jour, raconter une blague hilarante avec poésie et sans aucune misogynie ni sexisme... Oui, tout est possible pour que tu puisses construire un autre monde qui avance à vive allure alors que toi petit-homme, tu stagnes.

Aujourd'hui, tu es le seul chef illusoire. Tu es le président, le premier ministre et le ministre, tu es le chef des opérations, tu es le chef de l'entreprise, tu es le chef des états majors, tu le chef des chefs de tous les chefs... tu es le directeur des sections et des plus hautes instances étatiques et autres, tu es le dieu vivant, tu es le donneur de leçons, tu es le guide, tu es le directeur du théâtre, le directeur de la comédie française, le producteur du cinéma, le directeur des césars, des oscars, de toutes les hautes conneries de l'intelligence des hautes instances. Tu maîtrises, tu décides, tu diriges, tu analyses, proposes, frappes et refrappes, emprisonnes, libères, armes et désarmes, détruis, tu es tout ça à la fois et malgré tout cela, la moindre évolution dont tu n'es pas l'inventeur, tu te sens le plus vulnérable de toutes les espèces, tu contre-attaques, tu hurles avec abjection, haine et stupidité sans verbe.

Tu es la caricature de toi-même aujourd'hui et rassure-toi, le monde bouge vers ta perte totale et définitive, du moins ce que tu représentes et que tu t'acharnes à conserver.

Rassure-toi petit-homme, tes couilles ne seront pas coupées, ta tête ne sera pas tranchée car le monde évolue et a besoin de toi aussi mais pas dans ton état actuel: un serpent sans tête qui tire à bout portant.

Rassure-toi, tu ne peux rien faire face à des femmes qui, depuis la nuit des temps, ont construit une révolution jour après jour, seconde après seconde, une révolution pacifiste, ce qui est tout de même, avoue-le petit-homme, une claque.

Alors que toi petit-homme, tu n'as juré que par la bagarre, à jouer à la guéguerre, la violence et la domination.

Aujourd'hui tout t’échappe mais il te reste une seule solution. Lève-toi et casse-toi quand tu te sens étouffé par la liberté des autres. Va prendre l'air, ne parle pas, enferme-toi aux toilettes et respire un bon coup et tu verras tout ira bien après.

Si tu es dans la rue et que tu te sens opprimé car tu ne peux plus t'adonner à des pratiques de drague archaïque et dominatrices, trouve-toi le premier bang ou assieds-toi à même le trottoir, prends ta tête entre tes mains, respire profondément et dis-toi que plus rien ne sera comme avant et c'est tant mieux.

Dorénavant, tu as besoin d'une formation, d’une autre éducation et cela prendra le temps que ça prendra, peu importe, comparé à des siècles d'injustice, d'ignorance dont tu es le produit type. Alors forme-toi, lis, sors de chez toi, de ton confort, balance ton petit-homme orgueilleux et réveille le bon qui est en toi car aussi étrange que cela puisse paraître, tu as en toi un petit être bon et qui est en total désaccord avec ce que le monde a fait de toi.

Ton problème est ta misogynie, ton ignorance, ta frustration, ton incohérence, tes pulsions non-identifiées comme tel, ton comportement comme celui d’un enfant qui hurle parce qu'on lui a interdit de manger du chocolat après s'être brossé les dents... Aujourd'hui, il s'agit du corps de la femme qui t'est proscrit hors consentement donc tais-toi à jamais et le jour où tu reprendras parole, excuse-toi d'abord puis forme-toi sur l'égalité, par exemple, puis sur la façon d'exprimer tes désaccords.

Ne te laisse plus emporter par les wagons de l'ancien monde. Notre monde est tout nouveau et je me réjouis d'assister à cette transformation aussi brillante qu'une étoile dans le ciel. Notre époque est braillante de brillance n'en déplaise qu'à toi petit-homme qui nous impose une austérité sans nom, une détresse permanente, une vision défaitiste. Tu veux nous garder faibles avec des œillères et la bouche cousue.

Tu es construit de violence, de guerre, de fascisme, de racisme, de domination, d'humiliation, de mépris, de bagarre permanente... mais rassure-toi, petit-homme, tout peut changer si tu y mets du tien et que tu cesses de croire à une fable ancestrale que tu es l'homme et que tu es le fort.

Le temps est en train de t'user et de te montrer que les histoires qui t'ont bordées et brodées ne sont que des histoires dont tu es le héros unique.

Aujourd'hui s'écrit une autre histoire dont ton rôle est de te contenter d'être sur le même pied d'égalité que les autres protagonistes quels que soient leurs genres, leurs sexualités, leurs identités, leurs couleurs, leurs appartenances religieuses ou leurs croyances...

Aujourd'hui tu as le choix, celui de ne pas avoir le choix car il n'y a plus de plan B. Il y a un seul plan, celui de la détermination de changer le tout, de bousculer les nuages et de semer la zizanie là où la testostérone fait ravage. Tu n'as plus de possibilités si ce n'est le possible, c'est à dire tais-toi et rame jusqu'à au bord de la raison, de la clairvoyance et de la volonté de s’unir.

Je suis homme donc je suis. Cela dit, tu n'es rien si ce n'est que cette petite chose dont le capital émotionnel se résume à une pensée phallique, fascinée par elle-même et fascisante.

Tu n'es rien aujourd'hui si ce n'est cette paire de testicules qui te rend fragile et incapable d’admettre que tu peux être un homme sur une autre base, celle du vivre ensemble et rien d'autre.

Tu ne représentes plus rien aujourd'hui si ce n'est une petite créature hantée par la peur de ne plus dresser, de ne plus tenir le coup.

Je nous souhaite de vivre une révolution lumineuse dans un monde éclatant d'une clarté demeure encore floue.

Un jour nous deviendrons hommes-grands-heureux-sans-comparaison.

CNAC

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