L’arbre au cœur de l’élevage —Les chèvres sont des cueilleuses nées

Les chèvres sont des cueilleuses nées

Lorsqu’on se lance dans l’élevage de chèvres en agriculture biologique, on apprend bien vite l’importance d’avoir de vastes prairies pour subvenir aux besoins alimentaires des chèvres grâce à l’herbe qui y pousse. Pourtant, les chèvres les plus chanceuses sont celles qui bénéficient de parcours en sous-bois et en forêt. Mais pourquoi donc ? Dans une région comme la nôtre, l’Île-de-France, l’élevage a déserté les lieux depuis plus d’un demi-siècle pour laisser de la place aux grandes cultures céréalières intensives et industrialisées. Pour laisser toute marge de manœuvre aux tracteurs, haies végétales et bosquets ont été arrachés. Les bocages ont progressivement disparu. Dans les prairies, les clôtures électriques ont remplacé les plessages. On avait soudain oublié la fonction des arbres et des haies.

Aujourd’hui, le discours a un peu évolué, et quelques céréaliers téméraires osent la grande aventure de l’agroforesterie. En Île-de-France et dans d’autres régions de France, les pouvoirs publics, ceux-là mêmes qui avaient subventionné l’arrachage des haies et des arbres pendant la première moitié du XXe siècle, encouragent à nouveau les plantations et les aménagements arborés des prairies. Mais alors, quel est ce lien si particulier qui unit le ruminant à l’arbre ? Pourquoi replanter des arbres dans sa ferme et sur ses prairies ?

 

  • D’abord au nom du bien-être animal et du confort du troupeau. D’instinct, la chèvre, grande grimpeuse devant l’Éternel, cherche à manger ce qu’il y a au-dessus de sa tête et non pas au sol. En pâturant des parcours en sous-bois ou des haies végétales souvent très diversifiés, ses besoins alimentaires sont bien mieux couverts (apports énergétiques et fibreux idéaux pour un ruminant). Quand un parcours d’herbe contient un maximum de 2 à 3 espèces dominantes (trèfles, ray gras…), les arbres offrent une multitude de nutriments. Et puis, les chèvres n’aiment ni les grandes chaleurs, ni les grands froids, ni la pluie, ni le soleil qui cogne. Elle apprécie de se dégourdir les pattes à l’ombre et sous la fraîcheur des arbres, autant qu’elle aime se mettre à l’abri sous de grands feuillages dès les premières gouttes de pluie ressenties.
  • Pour l’éleveur, un parcours arboré est un atout non négligeable. Les arbres fourragers contribuent à l’autonomie fourragère de sa ferme et lui assurent une meilleure résilience face au changement climatique : même en cas de sécheresse, les arbres ont encore des feuilles bien vertes qui servent d’alimentation aux chèvres.
  • Les haies bocagères et les arbustes sont les lieux de vie privilégiés de nombreuses espèces sauvages qui y trouvent un abri, une source de nourriture et un lieu de reproduction (insectes, oiseaux…). Ce sont des refuges pour la biodiversité.
  • Plus particulièrement sur les terrains pentus, les grands végétaux renforcent et nourrissent le sol. Par leur système racinaire, ils préviennent l’érosion des sols. Sur des sols drainants, les racines retiennent les eaux pluviales. Un champ en monoculture sera complétement balayé par des pluies torrentielles, mais pas une parcelle de type bocage.
  • Enfin, les plantations d’arbres et arbustes fruitiers, en plus de régaler les chèvres, permettront à l’éleveur de diversifier ses revenus en développant la vente de fruits et de produits artisanaux. Ce sont ses Amapiens qui vont être contents !

Après plusieurs décennies d’errance, nous mesurons enfin aujourd’hui toute l’importance des arbres et des haies dans nos fermes. Pour des animaux et des éleveurs heureux, on ne peut rêver mieux.

 

Abdennour Hammad et Isabelle Thiers

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