Retour sur le terrain avec les migrants à Menton et Vintimille


Description des lieux

A Menton

Un campement de fortune, un amas hétéroclite de tentes, bâches, parasols sur les rochers. Un stand de la Croix Rouge avec des soignants français et italiens. Des denrées alimentaires distribuées : des fruits, de l’eau, des biscuits. Ainsi, que des installations sanitaires improvisées, des douches de fortune (deux points d’eau). Des migrants qui font la sieste à même le sol. Des vêtements qui sèchent sur des rochers. Un journaliste (Le Figaro)  prend des notes sans pouvoir aborder les migrants (la barrière de la langue). Nous avons pu discuter sur le profil et les récits des migrants. J’ai remarqué la présence de deux femmes qui ne viennent pas d’Afrique : (des Tsiganes). Des banderoles (Eat the Rich et des phrases en italien, « We need to pass », « We are not going back »…); des chaussures posées par des particuliers à côté des tentes improvisées.

A Vintimille

Des douches et des WC installés par la Croix Rouge italienne ; des dortoirs à l’entrée des locaux aménagés à proximité de la gare. Un pour les femmes et les familles en étage à côté de celui des hommes, et deux autres pour les hommes à l’entrée ; un réfectoire à l’étage (La Croix Rouge s’occupe de tout) et une interprète arabe qui travaille avec les bénévoles de la Croix Rouge.

Deux journalistes d’un média italien qui filment le lieu sans s’adresser aux migrants (je n’ai pas pu identifier le nom) ; des personnes, trois femmes, qui s’occupent de la désinfestation des lieux (elles portent des uniformes de service de nettoyage). J’ai pris des photos du linge accroché au grillage.

J’ai vu des femmes et des enfants: il y a des femmes enceintes que je n’ai pas pu aborder (les hommes ne veulent pas qu’on aborde leur femme). Et enfin, des policiers à l’entrée du lieu qui ne semblent guère se préoccuper de mon passage ni des va-et-vient des locataires dans les locaux aménagés par la Croix Rouge.

Persécutions et contextes de la guerre

Il s’agit de migrant(e)s âgés de 15 à 42 ans rencontrés dans le cadre des missions de soins de Médecins Du Monde, le mardi 30 juin et le jeudi 2 juillet 2015, ainsi que lors de ma journée passée à Vintimille le mercredi 1er juillet.  Ils sont pour une grande majorité arrivée par l’Italie via les côtes libyennes (Lampedusa, Sicile, d’autres îles italiennes). Mais il se trouve que l’une des femmes que j’ai rencontrées en compagnie de son fils, est passée par Alexandrie.

Les femmes que j’ai pu rencontrer sont hébergées à Vintimille. Fatema 48 ans et son fils Mustafa 15 ans, et Sofia 28 ans.

En majorité, ce sont des Soudanais. Des Erythréens sont également présents mais ils se font passer pour des Soudanais (l’Erythréen n’est pas bien vu au Soudan ou ailleurs. Se faire passer pour un Soudanais est bien vu !!!). D’autres migrants sont présents : en provenance du Tchad, du Niger, d’Ouganda, de Libye, d’Egypte, du Pakistan, d’Afghanistan et du Kazakhstan (Turkestan). Il y a également quelques bengalis et un népalais. Tous évoquent des persécutions et le contexte de la guerre.

Questions sanitaires

A Menton

Le manque d’hygiène et les conditions d’hébergement favorisent l’apparition de problèmes dermatologiques : des parasites et des champignons. Rien de particulier dans de telles conditions. L’un des migrants a trébuché sur les rochers et sa cheville est gonflée, trois autres parlent de mal à la gorge. Une seule personne évoque un sérieux problème de sinusite.

A Vintimille

Il y a apparemment un médecin italien (Croix Rouge) qui vient rendre visite aux migrants présents sur le centre d’accueil. Un égyptien y reste allongé toute la journée. Il ne peut bouger ni sa jambe droite ni son bras. Il a chuté (il ne donne pas trop de détails). Le médecin qui l’a examiné lui a donné des calmants. Et a précisé qu’il n’y avait pas de fracture. Le jeune affirme qu’il n’arrive pas à dormir et ne semble pas être convaincu du diagnostic donné…

Doléances

  • Les migrants demandent à ce que la frontière soit ouverte.
  • Un point internet et un téléphone  A Vintimille et à Menton.
  • Ils précisent avoir besoin d’une carte géographique de la région (pour traverser les frontières terrestres à pied).
  • Ils sont demandeurs d’une assistance administrative, juridique et humaine.
  • L’un des soudanais a reçu de l’argent d’un proche à Vintimille mais il ne peut pas l’avoir. Les représentants de la Croix Rouge italienne lui ont fait comprendre qu’ils ne sont pas là pour et qu’ils ne peuvent rien faire pour lui. Cela ne rentre pas dans le champ d’intervention.

 

Propositions

Que serait-il possible de proposer aux migrants en termes d’aide et d’assistance administrative et juridique concernant la demande d’asile ? Est-il envisageable de penser à l’élaboration d’un guide en langue arabe afin qu’ils connaissent leurs droits ? (un nombre considérable parmi eux sait lire et écrire l’arabe).

Il me semble intéressant de participer à un plaidoyer plus global et national pour la défense des migrants, des réfugiés et des demandeurs d’asile en Europe : un plaidoyer national Médecins du Monde, en lien avec d’autres organismes comme le GISTI, ou des médias comme Mediapart entre autres.

Il y a des refoulements collectifs vers le sol italien. Nombreux sont ceux qui parlent de mauvais traitements de la part des policiers (français et italiens). Ils témoignent aussi de l’obligation de se faire prendre les empreintes sous la contrainte et se plaignent d’être frappés par les agents de police lorsqu’ils y sont soumis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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