Abderrahim Bourkia
Chercheur en Sciences Sociales et journaliste
Abonné·e de Mediapart

5 Billets

0 Édition

Billet de blog 31 juil. 2015

Abderrahim Bourkia
Chercheur en Sciences Sociales et journaliste
Abonné·e de Mediapart

La France, pays de transit ?

Une question que je me pose chaque fois qu’on met les pieds à la frontière : mais combien sont-ils aujourd’hui ? Est-ce que leur nombre a changé depuis la veille ou bien cela fait-il plusieurs jours ? Ces questions restent sans réponse.

Abderrahim Bourkia
Chercheur en Sciences Sociales et journaliste
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Une question que je me pose chaque fois qu’on met les pieds à la frontière : mais combien sont-ils aujourd’hui ? Est-ce que leur nombre a changé depuis la veille ou bien cela fait-il plusieurs jours ? Ces questions restent sans réponse. Les soins proposés par Médecins du Monde me donnent déjà une visibilité et les informations des éléments de la Croix Rouge italienne m’en apportent davantage. L’absence de statistiques exactes sur leur nombre laisse un point d’interrogation. Il semble que nous pouvons tout compter sauf les migrants installés sur le camp à Menton. Il est plus aisé de répondre à deux autres questions : « d’où viennent-ils ? » et « Par où passent-ils ? »

Point de départ

A la frontière franco-italienne, au poste frontière Saint-Ludovic, le camp de fortune installé sur les rochers est toujours à sa place. Par contre, les « locataires » ne sont pas les mêmes. Il y a des nouveaux arrivants et d’autres qui son partis. Beaucoup de ceux que j’ai rencontrés lors de mes deux dernières visites sont partis. Et leur nombre n’est plus le même. Les migrants étaient plus d’une centaine il y a trois semaines. Aujourd’hui, Ils sont presque la moitié.

Les arrivants sont composés principalement de Soudanais ; j’ai pu rencontrer aussi trois Pakistanais, deux Ethiopiens, un Erythréen et un Tchadien.

La propagation des conflits dans leurs pays d’origine au cours de ces dernières années a été un moteur fondamental de leur migration. Parmi les personnes que j’ai pu interroger, plus de la moitié avaient subi un conflit ou des persécutions ethniques et tribales.

 La France, pays de transit

 J’ai demandé des nouvelles de Haytam, Mahmoud et Idriss (Libyen né au Soudan). Les trois ont pu se frayer un chemin vers d’autres contrées européennes. Haytam est en Allemagne. Mahmoud et Idriss sont encore en France. D’après mes échanges avec eux avant leur départ, aucun ne veut rester en France. « La France n’est qu’un pays de passage pour moi », m’a dit Mahmoud. La même affirmation est partagée par les deux autres. Par ailleurs, le départ réussi de l’un des migrants demeure une motivation et un espoir pour les autres encore bloqués au camp, Souvent interpellés et ramenés en Italie. Les migrants m’ont expliqué que l’Angleterre était leur destination finale, pas la France. J’ai essayé de comprendre cet engouement mais je n’ai eu pour réponse que des facteurs attractifs liés à l’imaginaire d’un idéal de vie communautaire possible, selon les propos d’un membre de la famille, d’un ami ou d’un voisin. 

 De nombreux migrants dans mon échantillon (14 entretiens semi-directifs enregistrés et 5 entretiens-discussions)   m’ont expliqué que la migration vers l’Europe était synonyme de la seule possibilité de réussite matérielle et financière qui leur échappait chez eux. « On n’a rien au Soudan. Aujourd’hui les cultures aux champs sont maigres. Elles suffisent à peine pour un ou deux mois. On ne peut rien contre la sécheresse. Et si on combine cela avec les guerres tribales qui ne finissent pas, le résultat est qu’on ne peut pas vivre au Soudan. Quel avenir pour nous et nos familles ? Quelles activités pouvons-nous exercer ? Rester là-bas et travailler avec les seigneurs de la guerre ou devenir mercenaire ? Non, je ne veux pas de cette vie», a souligné Hadi. Ce dernier avait été peu avenant lors de ma première visite. D’abord plutôt peu commode, il avait recommandé à ses compatriotes de s’abstenir de me parler. Son acolyte m’avait prié de ne pas faire attention à ce qu’il avait dit. J’ai appris qu’il avait perdu son argent dans des circonstances pas trop claires la veille. Ce même Hadi me salue aujourd’hui et cela m’encourage à lui poser davantage de questions sur son périple avant d’atterrir sur ce camp de fortune. « Du Soudan à la Libye où je suis resté 6 ans avant de prendre le large vers l’Europe », résume-t-il. « La Libye il y a 10 ou 20 ans était l’endroit idéal pour assurer un bon revenu. Au début, c’était le cas, mon frère et avant lui mon père et d’autres membres de ma famille y sont allés pour travailler, faire fortune et rentrer au pays. La Libye était le symbole d’un pays riche et prospère. Quand j’y suis allé pour la première fois, ma famille était contente. Cela représentait de l’argent, des cadeaux et l’occasion de faire des économies. J’ai fait des allers-retours au Soudan. Je servais à quelque chose. Mais tout cela a pris fin après la mort de Kadhafi», poursuit-il. Les récits des autres Soudanais ressemblent d’ailleurs fortement à celui-ci.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Politique économique
Comment la Macronie a tourné le dos à la rationalité économique
Alors qu’en 2017, Emmanuel Macron se présentait comme le champion de « l’évaluation des réformes », il fait fi des évaluations scientifiques négatives sur sa politique économique. Désormais, sa seule boussole est sa politique en faveur du capital.
par Romaric Godin et Mathias Thépot
Journal
Projet de loi immigration : « Nous sommes sur des propositions racistes »
Le projet de loi immigration, porté par Gérald Darmanin, est discuté mardi 6 décembre à l’Assemblée nationale. L’occasion notamment de revenir sur les chiffres de « la délinquance des étrangers » avancés par le chef de l’État et le ministre de l’intérieur. 
par À l’air libre
Journal — Habitat
Faute de logement, des mères restent à l’hôpital avec leurs enfants
À l’hôpital Delafontaine, à Saint-Denis, sept femmes sont accueillies sans raison médicale. En cause : la  saturation de l’hébergement d’urgence. Maïrame, mère d’un bébé de cinq mois, témoigne. 
par Faïza Zerouala
Journal — Travail
Grève chez Sanofi : « Ponctionner les actionnaires pour augmenter les salaires »
Démarré le 14 novembre, le conflit social chez le géant français du médicament touche désormais une quinzaine de sites. Reportage à Montpellier, où les « petits salaires » de l’entreprise sont mobilisés pour une hausse des rémunérations.
par Cécile Hautefeuille

La sélection du Club

Billet d’édition
2. B.B. King et la légende de Lucille
Il suffit d’avoir admiré son jeu tout en finesse et en agressivité contenue, d’avoir vécu l’émotion provenant du vibrato magique de sa guitare, d’avoir profité de sa bonhomie joviale et communicative sur scène, de son humilité, et de sa gentillesse, pour comprendre qu’il n’a pas usurpé le titre de King of the Blues.
par Zantrop
Billet de blog
L'amour trouvera un chemin
Dans la sainte trinité du jazz, et sa confrérie du souffle, on comptait le Père (John Coltrane), le Fils (Pharoah Sanders) et le Saint-Esprit (Albert Ayler). Il est peu dire que le décès de Pharoah Sanders, le 24 septembre dernier, est une grande perte. L'impact de son jeu, du son qu'il a développé, de ses compositions et de sa quête vers la vérité, est immense.
par Arnaud Simetiere
Billet de blog
Playlist - Post-punk et variants
Blue Monday infini et températures froides bien en dessous de celles d'Ibiza en hiver. C'est le moment idéal pour glorifier le dieu post-punk et ses progénitures art rock ou dark wave, fournisseurs d'acouphènes depuis 1979. Avec Suicide, Bauhaus, Protomartyr, Bantam lyons, This heat, Devo, Sonic Youth...
par Le potar
Billet de blog
Anne Sylvestre : manège ré-enchanté
Tournicoti-tournicota ! On savait l'artiste Anne Sylvestre facétieuse, y compris à l'égard de ses jeunes auditeurs, fabulettement grandis au rythme de ses chansons, alors qu'elle ne cessa pas de s'adresser aussi aux adultes irrésolus que nous demeurons. Presque au point de la croire ressuscitée, grâce à l'initiative de la publication d'un ultime mini album.
par Denys Laboutière