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Billet de blog 26 oct. 2011

Tunisie: la victoire du parti islamiste Ennahdha et la défaite des modernistes ?

La victoire d'Ennahdha était attendue. Les forces progressistes ont vécu la victoire écrasante d'Ennahdha -laminant au passage la gauche, l'extrême gauche et les indépendants -comme une catastrophe confirmant le clivage entre conservateurs et modernistes et certains sont inquiets et se disent « tout ça pour ça !» en parlant des résultats auxquels a conduit la révolution.

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La victoire d'Ennahdha était attendue. Les forces progressistes ont vécu la victoire écrasante d'Ennahdha -laminant au passage la gauche, l'extrême gauche et les indépendants -comme une catastrophe confirmant le clivage entre conservateurs et modernistes et certains sont inquiets et se disent « tout ça pour ça !» en parlant des résultats auxquels a conduit la révolution.

Il faut vraiment être extrêmement blasé pour bouder son plaisir après les libertés de débats d'idées, l'extrême bonheur de la journée électorale mémorable, une participation au-delà de toute prévision où l'on a vu des électeurs et même des gosses pleurer (c'est véridique!) de ne pas pouvoir voter et la symbolique de l'index gauche teinté d'encre bleue (que des esprits chagrins ont qualifiée de cinéma) signe de communion de 4 Millions de Tunisiens ayant accompli pour beaucoup d'entre eux leur devoir électoral sans contrainte et pour la première fois. Pour paraphraser Med Chawki Abid qui a écrit «la victoire d'Ennahdha c'est aussi la victoire de la démocratie», le Dimanche 23 Octobre ne marque pas la victoire d'Ennahdha mais celle de la démocratie.

La victoire incontestable d'Ennahdha ne représente pas une surprise et était attendue, toutes les projections lui accordant plus de 30 % des sièges bien avant la sanction des urnes, vu l'efficacité de son effort logistique visible, le dévouement de ses membres et l'occupation du terrain notamment au sein des couches sociales défavorisées.

Nier ou ne pas accepter la sanction des urnes n'est pas recevable même si en ce qui me concerne je suis loin d'être un supporter ou adepte de ce parti islamiste. Ceci ne nous empêche pas de relever que si ce parti veut être en situation d'exercer le pouvoir, il aurait gagné en crédibilité si, sur le plan des principes et pour donner des gages de probité (qui représente son fonds de commerce):

  • Il avait obtempéré à la nécessité de décliner ses sources de financement
  • Il n'avait pas fait divers chantages au sein et en dehors de la Haute instance Ben Achour
  • Il avait tenu un discours non ambigu à l'occasion de plusieurs évènements qui ont porté atteinte à la liberté d'expression et de la personne humaine notamment des femmes

- Il a maîtrisé son aile radicale et dénoncé fermement les dépassements de certains nervis parmi ses membres
- Il a pris les devants pour empêcher la transformation des mosquées en espaces de campagne électorale.
- Il a donné l'exemple dans la cessation de la publicité électorale et sanctionné lui-même les dépassements authentifiés avant, pendant et après le scrutin dont le racolage éhonté des électeurs analphabètes qui nous rappelle les méthodes du RCD (1) tant honni.

Ennahdha a largement profité de la faiblesse d'un gouvernement mollasson, d'un appareil sécuritaire défaillant et timoré et de l'inexpérience de l'ISIE (2) que tout le monde doit saluer par ailleurs. Ceci étant, il est fort probable que ces dépassements n'ont pas fortement influencé le résultat du scrutin même s'ils doivent être sanctionnés (Sinon les conducteurs vont être absouts de leurs fautes quand ils brûlent le feu rouge sous prétexte qu'ils n'ont pas provoqué d'accident).

Ce mouvement a joué sur la confusion dans les priorités des attentes quant au contours et contenu de la constitution et en focalisant les débats sur des promesses électorales socio-économiques dont des mesures urgentes qu'ils savent pertinemment ne pas pouvoir tenir, mais qui ont un écho auprès de franges de la population c'est maintenant à la classe politique d'être au rendez-vous de l'histoire pour s'élever à sa hauteur.

Tunis le 26 Octobre 2011


(1) RCD ex parti de Ben Ali Rassemblement Constitutionnel Démocratique
(2) ISIE Instance supérieure Indépendante pour les élections
(3) CPR Congrès pour la République de Dr Moncef Marzouki.
(4) El Aridha Ecchabia dirigée par un Berlusconi tunisien disposant d'une chaine satellitaire émettant de Londres qui est la surprise notable de ce scrutin, ayant fait une campagne populiste à distance·
(5) PDM Pôle Démocratique Moderniste coalition autour du mouvement Ettajdid ex parti communiste Tunisien

Abderrazak LEJRI -membre de la Ligue Tunisienne pour la Citoyenneté.

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