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Billet de blog 21 janvier 2026

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Finale de la CAN Maroc–Sénégal : Quand le football trahit ses valeurs.

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La Coupe d’Afrique des Nations : Bien plus qu’une compétition sportive.

Au-delà du football, la CAN est un moment de découverte d’autres pays africains et cultures. J’ai par exemple, découvert lors de la CAN 2023 la côte d’ivoire et sa culture, ses traditions, ses villes. Elle est aussi un miroir des sociétés africaines, un espace de fierté collective, de communion populaire et de transmission de valeurs.

Lorsque la finale opposant le Maroc au Sénégal a été suivie par des millions de téléspectateurs à travers le monde, l’attente était immense. On espérait un grand moment de football, de célébration du talent africain, de leçon de fair-play et de fraternité. Ces attentes l’étaient d’autant plus que ces deux peuples, de par leurs histoires et leur rapprochement politique depuis l’indépendance, les symbolisent particulièrement.

Pourtant, au lieu d’un spectacle porteur d’espoir et d’exemplarité, cette finale a laissé un goût amer. Pour beaucoup d’observateurs, elle restera comme un match catastrophique d’un point de vue éducatif, un contre-exemple pour les enfants et les jeunes qui regardaient, parfois en famille, croyant assister à une fête sportive.

Depuis toujours, le sport est présenté comme une école de la vie. Le football, en particulier, est censé enseigner le respect des règles, l’acceptation de la défaite, l’esprit d’équipe, la solidarité et la fraternité. Sur les terrains de quartier comme dans les plus grands stades, les entraîneurs répètent aux jeunes que le talent ne vaut rien sans discipline et sans respect de l’adversaire.

Les grandes compétitions internationales ont, à ce titre, une responsabilité immense. Les joueurs professionnels sont des modèles, parfois malgré eux. Leurs gestes, leurs paroles, leurs attitudes, sont observés, imités et commentés. Quand un enfant voit son idole se comporter avec dignité, il apprend que la grandeur ne se mesure pas seulement aux buts marqués, mais aussi à l’attitude.

Une finale marquée par la tension et la violence

Lors de cette finale Maroc–Sénégal, la tension a rapidement pris le pas sur le jeu. Au lieu d’une confrontation sportive intense mais loyale, le public a été confronté à des scènes de violence, de provocations et d’excès verbaux. Les contacts rugueux ont souvent dépassé le cadre de l’engagement physique normal du football.

Cela a commencé avant le match où nous assistons à des déclarations de l’entraineur Sénégalais critiquant l’organisation et la sécurité des joueurs, ou encore l’accueil dans un hôtel inconfortable alors que la majorité des journalistes et observateurs soulignent l’irréprochabilité de l’organisation de cette CAN.

Ces mêmes personnes soulignent l’organisation exemplaire du Maroc reconnue comme la meilleure depuis la création de la compétition, tant au niveau des infrastructures, que des terrains aux normes internationales, des hôtels de grande qualité mondiale, de la sécurité dite irréprochable ou de l’accueil reconnu chaleureux.

Les déclarations du staff sénégalais, Les disputes répétées avec l’arbitre, les simulations, les gestes d’énervement et parfois même les affrontements entre joueurs ont donné une image dégradée du sport. À l’écran, ce ne sont plus les belles actions collectives qui retenaient l’attention, mais les polémiques et les altercations. L’apothéose fût lorsque l’entraineur demanda à son équipe de quitter le terrain et d’abandonner le match.

Pour les enfants assis devant la télévision, le message envoyé était troublant : gagner semble justifier tous les moyens, même au prix du mensonge, de la tricherie ou de la violence.

L’un des aspects les plus préoccupants de ce match fût la banalisation de la violence par l’énervement des entraineurs pourtant censés calmer et coacher les équipes. Autant de comportements devenus tristement habituels, mais qui, dans une finale aussi médiatisée, prennent une dimension encore plus grave.

Comment expliquer à un enfant qu’il faut dire la vérité et respecter les règles, lorsque ceux qu’il admire semblent tirer avantage du mensonge ? Comment enseigner l’honnêteté à l’école ou à la maison, quand le spectacle sportif mondial donne l’impression que la ruse et la tromperie sont des stratégies normales, voir admirables ?

Ce décalage entre le discours éducatif et la réalité observée sur le terrain crée une confusion morale dangereuse.

Une occasion de renforcer les jugements

La CAN est aussi une vitrine pour le football africain. Elle est regardée bien au-delà du continent, par des millions de téléspectateurs curieux de découvrir le talent, la passion et la richesse culturelle de l’Afrique.

Une finale dominée par la violence et les polémiques renforce malheureusement des stéréotypes négatifs. Au lieu de montrer une Afrique unie, compétitive et respectueuse, on expose des images de chaos et de manque de maîtrise. Cela est injuste pour l’immense majorité des joueurs, entraîneurs et supporters qui vivent le football avec passion mais aussi avec respect.

Il serait trop simple de désigner un seul coupable. Les joueurs ont une responsabilité évidente : ils doivent se rappeler qu’ils sont des exemples. Les arbitres, de leur côté, doivent faire respecter les règles avec fermeté et impartialité, afin d’éviter que la violence et la contestation ne s’installent.

Les instances dirigeantes du football africain ont également un rôle clé. Elles doivent promouvoir une culture du fair-play, sanctionner sévèrement les comportements antisportifs et investir dans l’éducation éthique des joueurs dès les plus jeunes catégories.

Le football africain ne manque ni de talent ni de passion ; il a surtout besoin d’un cadre moral clair et assumé.

Une noblesse à retrouver

La question centrale demeure : quel exemple donnons-nous à nos enfants ? Lorsqu’ils voient des joueurs refuser la main tendue de l’adversaire, contester agressivement chaque décision ou simuler pour obtenir un avantage, quel message retiennent-ils ?

Le sport devrait être un langage universel de respect et de fraternité. Il devrait apprendre à gagner avec humilité et à perdre avec dignité. Une finale de la CAN devrait être une leçon de grandeur, pas un manuel de mauvaises pratiques.

Pour conclure, cette finale Maroc–Sénégal, suivie par le monde entier, aurait pu être un moment historique de célébration du football africain. Elle restera pour beaucoup comme une occasion manquée, voire comme un avertissement.

Il est urgent de réaffirmer que le sport n’est pas seulement une question de trophées, mais aussi de valeurs. Respect, solidarité, fraternité et honnêteté ne doivent pas être de simples slogans, mais des principes visibles sur le terrain.

Si nous voulons que nos enfants grandissent en aimant le sport pour ce qu’il a de plus noble, alors nous devons exiger de ceux qui le pratiquent au plus haut niveau qu’ils soient à la hauteur de leur immense responsabilité.

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