L'affaire Théo ou les errements du néo-politiquement correct

Les violences faites au jeune Théo d'Aulnay sous Bois (93) ou quelques semaines plus tôt à Adama Traoré ne cessent de questionner. Avons-nous affaire à des agents fous ayant commis isolément l'innommable forfait ou, au contraire, existe-t-il, un certain "communautarisme identitariste" ayant infiltré notre police et motivé par l'envie de casser du jeune, du bougnoule et du bamboula?

L'affaire dite Theo (du nom de ce jeune homme molesté et violé par des policiers) est aujourd'hui le dernier épisode en date du feuilleton mettant en scène ce sempeternel affrontement entre forces de l'ordre et citoyens (jeunes, manifestants, etc).

Elle intervient quelques semaines seulement après le macabre épisode qui a coûté la vie à Adama Traoré au commissariat de Beaumont sur Oise.

Dans les films policiers même les plus réussis, des critiques ou même des spectateurs arrivent à trouver surfaite la caricature pourtant voulue et attendue du gentil flic contre le méchant bandit dont, emporté par le film, on finit par souhaiter la mort.

J'estime qu'il n'est pas inutile de rappeler la mutation des esprits qui s'est progressivement opérée dans la mentalité des français, aidés en cela par une police de plus en plus infiltrée par l'extrême droite.

En effet, une campagne savante enclenchée voici plusieurs années a achevé d’idéaliser les forces de l'ordre qui ont toujours raison quoi qu'ils fassent et à culpabiliser leurs victimes mais aussi ceux qui osent relever les tergiversations et les incohérences qui accompagnent chaque bavure.

Si le très sérieux  JC CAMBADELIS en est arrivé à voir “la patte du FN” dans les manifestations policières d'octobre 2016 c'est que ce qui était un secret de polichinelle n'est plus du tout un secret.

Pour résorber la défiance mutuelle entre les forces de l'ordre et les jeunes, le ministère de l'intérieur doit lever le tabou autour de l'emprise de plus en plus inquiétante des valeurs racistes et xénophobes au sein de la police.

Notre quotidien en France ressemble désormais à un roman policier : le méchant doit mourir et le flic est toujours le gentil.

Est il besoin de rappeler que ce simplisme dans lequel nous baignons est beaucoup moins réaliste que la fiction. Celle-ci, en effet, donne de plus en plus à voir des scénarios où l'attitude

de la police peut être scabreuse voire parfois véreuse, et on s'évertue à nier que cette affiliation contre nature puisse être possible dans la police.

Que les choses soient claires: la police c'est sacré et lui donner les moyens d'exercer son métier est indispensable. La respecter va de soi. Mais il incombe aux pouvoirs publics de veiller à ce que cette noble profession ne soit gangrenée par des infiltrations nuisibles à sa vocation. On ne peut pas dire que ce qui est arrivé à Aulnay ou à Beaumont sur Oise soit de nature à réhabiliter aux yeux des citoyens une profession qui ne cesse de dégringoler dans l'estime des jeunes.

 La classe politique dans son ensemble panique dès qu'il est question du néo-politiquement correct c'est à dire s'en prendre à des minorités en raison de leur religion, de leur appartenance ethnique, de l'endroit où ils vivent ou à des intellectuels en raison de la défense qu'ils peuvent prendre pour ces minorités.

Au nom de ce néo-politiquement correct des actes racistes, xénophobes, violences, homicides ont d'ores et déjà cessé d'émouvoir au sein de la classe politique et des médias dits mainstream, et il n'y a plus  que trop peu de voix audibles pour les dénoncer et encore moins pour les empêcher ou les punir.

Un policier ne s'est-il  pas permis d'affirmer sans vergogne que “bamboula” c'est convenable comme façon de traiter un noir ? Pourquoi ? Parce qu'il savait que l'appui tacite et parfois exprès du néo-politiquement correct lui est garanti.

La preuve que ce néo-politiquement correct vogue à contre courant c'est que pour le peuple cette indifférence sélective aux humiliations des gens en raisons leur catégories sociales ou ethniques indigne, révolte et soude. En effet, quiconque est attentif à l'évolution des mentalités dans notre pays s'aperçoit que l'indifférence des autorités aux injustices faites à certains est inversement proportionnelle à la façon dont la population s'en émeut et progressivement s'en insurge : par le vote, à travers les réseaux sociaux, dans la rue.

Faire France, faire partager à tous la communauté de destin qui fait Nation, contrecarrer les communautarismes tout cela passe inéluctablement  par bannir le néo-politiquement correct de vos prises de décision et de vos prises de position  et d'engager la France à cesser de marcher sur la tête : il faut une contre campagne qui mettrait à l'endroit ce que la campagne du néo-politiquement correct a mis à l'envers : c'est à dire qu'il faut de toute urgence réhabiliter des valeurs fondamentales comme fraternité solidarité défense du plus faible etc autant de valeurs démocratiques que le néo-politiquement correct aura fini d'enterrer si rien n'est fait pour l’en empêcher. Nous pourrions alors en arriver à regretter la monarchie avec son souci du pauvre parfois empreint de sincérité, parfois de condescendance et parfois même d'hypocrisie. Après tout Louis IX ne conseillait-il pas ceci à son fils, le futur Philippe III : “ Si tu devais un jour me succéder au trône, fais en sorte d'être juste et équitable. Et s'il advient qu’il y ait querelle entre un pauvre et un riche, soutiens de préférence le pauvre contre le riche jusqu'à ce que tu saches la vérité, et quand tu la connaîtras, fais justice”.

Notre modèle de démocratie est elle à ce point viciée qu'il est incapable de voir aussi juste qu'un roi médiéval ?

 A Bruno Le Roux, éphémère mais valeureux ministre de l'intérieur, je veux dire : le quinquennat en cours touche à sa fin mais vous avez encore le temps d'agir.

Les Français demandent une enquête indépendante susceptible d'établir le lien supposé entre les police et le FN marginal fût-il ou ou démontrer au contraire que ce lien n'est que fabulation, ce qui ne pourra que rassurer la population.

Le modus operandi de l'agression contre le jeune Théo comporte notamment le viol. Les Français ont le droit d'être informés sur l'origine de cette barbarie.

Lorsque j'ai appris l'histoire de Théo m'est instantanément venue à l'esprit  une histoire survenue 4 ou 5 mois plus tôt. Rappelez-vous de Guillaume VADOT ce professeur de la Sorbonne. Cet homme fut scandalisé par le traitement que des policiers étaient en train d'infliger à une femme noire de 45 ans. Il sort alors son téléphone pour filmer la scène. Mal lui en pris puisque les policiers l'ont pris à partie. Ils le plaquent violemment contre la porte, lui infligent un contrôle d'identité  et le menacent: “On va te violer, ça te plaît, ça ? Je vais te violer et on va voir si après tu filmeras la police".

Il était déjà question de viol. Oui des agents police menaçaient  de violer un citoyen.

L'insupportable double peine qui pourrait être infligée à Théo et à sa famille c'est de ne serait ce que penser que la torture par viol est absente de la panoplie barbare du flic facho. Je ne parle pas de la profession policière qui garde toute mon estime. Je parle de ces fachos qui salissent ladite profession  sachant qu'ils ont derrière eux la caution morale de la néo bien pensance réactionnaire.

Quand on introduit une matraque dans l'anus de son semblable, on cesse d'être flic. On devient autre chose.

 

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